Bruxelles, 18/04/2006 (Agence Europe) - Lors de l'audition de Jürgen Starck, candidat à la succession d'Otmar Issing comme membre du Directoire de la Banque centrale européenne (BCE) à partir de juin prochain, certains députés de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen ont fait part mardi de leurs frustrations quant au choix entériné par les ministres des Finances des 25 et par la BCE (EUROPE n° 9133 et 9143) ainsi que pour le rôle limité du Parlement. Sans émettre de réelles réserves sur les compétences de l'actuel vice-président de la Bundesbank en matière de politique monétaire, les parlementaires ont surtout regretté que ce remaniement entraîne à nouveau le remplacement d'un des six membres du Directoire par un compatriote issu d'une des plus grandes économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie, Espagne). En effet, en 2004, l'Espagnol José Manuel Gonzalez Paramo avait remplacé Eugénio Domingo et en 2005 l'Italien Lorenzo Bini-Smaghi avait succédé à Tommaso Padoa-Schioppa. Les groupes politiques de la commission parlementaire se réunissaient mardi soir à l'issue de l'audition pour délibérer d'une résolution commune approuvant selon toute vraisemblance le choix de M. Starck, qui était de toute façon le seul candidat en lice.
Résumant ses propres réponses au questionnaire adressé par les parlementaires, M. Starck a souhaité mardi les rassurer sur sa conviction européenne, rappeler sa pensée économique et faire connaître sa personnalité. M. Starck a d'emblée rappelé la « lourde responsabilité à l'égard de la monnaie européenne et des citoyens européens » qu'incombe à la BCE, ce qui est « d'autant plus vrai à une époque où l'Europe cherche sa route et où les défis économiques et sociaux au niveau mondial peuvent aussi représenter des dangers pour un acquis qui remonte à 60 ans ». Et de déclarer que la « dimension sociale d'une monnaie (…) est particulièrement importante, car les groupes les plus faibles de la société souffrent toujours le plus d'une dévaluation de la monnaie ». Depuis sept ans, l'UEM est « un succès » et la BCE bénéficie d'une grande confiance auprès des citoyens, a constaté le banquier central, qui juge que, sans être « mécanique », une stratégie de politique monétaire indépendante reste essentielle et le « rapport à long terme entre l'argent et les prix est une référence fondamentale ». « Beaucoup savent que souvent, peut-être trop souvent, j'appelle un chat un chat », a reconnu M. Starck, avant d'estimer qu'« en dépit des progrès en Europe, nous aurions peut être pu faire mieux en matière de politique économique », et que la stabilité de la monnaie et le cadre réglementaire sont essentiels. Si M. Starck a, sans surprise, fait siennes les orientations de la BCE, il s'est parfois montré plus critique que l'institution qu'il s'apprête à rejoindre, notamment sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), dont il demande une mise en œuvre « cohérente ».
En tant que citoyen et démocrate, je tiens beaucoup au rôle du PE, a lancé M. Starck, pour qui l'indépendance est la base de l'intégration monétaire. Il répondait ainsi à l'élu de la CSU bavaroise, Alexander Radwan, qui avait souhaité que l'audition ne soit pas « trop critique », mais consiste en une « procédure juste et équitable ». « Je suis prêt à intensifier le dialogue avec les députés européens, car nous avons de nombreux intérêts communs », a insisté M. Starck auprès de la présidente de la commission parlementaire, la socialiste française Pervenche Berès, qui s'inquiétait de la légitimité de procédure de nomination et du faible rôle dévolu au PE. Quant à savoir si la procédure actuelle est appropriée, M. Starck a estimé qu'il outrepasserait ses compétences s'il devait l'évaluer. La travailliste néerlandaise Ieke van den Burg s'est montrée pour sa part assez « irritée par le fait que les grands pays ont trouvé cet accord sur des sièges réservés en fonction des nationalités », se demandant aussi si Jürgen Starck prétendait à une fonction particulière au sein de la BCE. Les questions sur la répartition des tâches au sein du Directoire n'ont toutefois pas amené de révélations, M. Starck se bornant à rappeler qu'il appartenait à cette instance de décider collégialement qui sera le prochain chef économiste de la BCE, après le départ de M. Issing. Au socialiste luxembourgeois Robert Goebbels, M. Starck a ensuite précisé: « Je suis candidat à un poste au sein du Directoire » mais « pas candidat spécifiquement pour le poste de chef économiste » ou à autre chose, à ce stade.
Dans l'UE, « nous sommes confrontés à de petites économies, et leur incidence sur le développement de la politique économique et monétaire est relativement modeste », a répondu M. Starck au libéral allemand Wolf Klinz, qui s'interrogeait sur le strict respect des critères de Maastricht par certains pays. Il y a certes un problème pour le critère d'inflation en ce qui concerne la Lituanie, a-t-il rappelé à propos de l'entrée des nouveaux Etats membres dans la zone euro, ne souhaitant pas en dire plus avant la présentation des rapports de convergence de la Commission et de la BCE prévue le 6 mai prochain.
Invité à livrer son évaluation de la réforme, M. Starck a précisé à Pia Kauppi (PPE-DE, finlandaise): « Je me distingue un petit peu de la position de la BCE » et suis « convaincu que les règles de politique budgétaire telles qu'elles étaient formulées sont nécessaires ». Le nouveau dispositif qui a été voulu par les responsables politiques doit être accepté, mais il faut quand même insister pour que ces règles soient appliquées. Il lui semble toutefois difficile d'évaluer de façon précise l'application du nouveau Pacte, en raison de sa flexibilité. Ces règles sont « trop souples », alors que nous sommes confrontés à une augmentation des taux d'endettement dans de nombreux pays et qu'« il faut y mettre fin », a-t-il dit.
Sophie in't Veld (ADLE, néerlandaise), qui s'est félicitée des positions très claires du candidat, s'est demandé quels étaient les risques des rejets français et néerlandais de la Constitution européenne pour les systèmes économiques et monétaires de l'UE. Selon M. Starck, « il n'y a pas eu de catastrophe » (contrairement à ce que prédisait Lorenzo Bini Smaghi lors de son audition par le PE juste avant le référendum français, a tenu à rappeler Mme Berès), mais « l'important est que la dimension politique de l'Union ne soit pas oubliée ».
Avant que le FMI prépare sa révision stratégique, son rôle doit garantir le contrôle et suivi de l'évolution monétaire dans les 184 pays membres, mais aussi « aller au-delà et plus loin », a plaidé M. Starck, interrogé sur l'avenir du Fonds monétaire international. « Aujourd'hui, quasiment tous les pays font partie d'un regroupement régional » et « c'est là que le FMI doit donner ses conseils ». A la question de la perception de l'inflation par les citoyens de nombreux pays de la zone euro, qui semble plus importante que les données statistiques, M. Starck a réagi en estimant qu'il fallait répondre par une meilleure information. Et de souligner que dans le panier de la ménagère, qui a une base beaucoup plus large que ce à quoi l'individu est confronté lors de ses achats quotidiens, certains éléments comme l'informatique avaient enregistré une forte baisse des prix.