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Bulletin Quotidien Europe N° 9092
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le compromis sur les perspectives financières permet à l'Europe de fonctionner dans des conditions acceptables et ouvre la voie à la réflexion sur l'avenir

Les deux protagonistes. J'avais tellement insisté, la veille du Conseil Européen, sur le fait que cette fois-ci l'essentiel était l'approbation elle-même des perspectives financières, que je ne vais pas me dédire maintenant: je dirai donc que l'accord intervenu est positif pour l'Europe tout en n'étant pas enthousiasmant, L'UE avait besoin, pour respirer, de ce cadre garanti pour ses dépenses de 2007 (le cadre actuel expire à la fin de 2006) à 2013. Le nouveau cadre existe et il est désormais possible de considérer comme secondaires certaines mesquineries de la négociation. Tony Blair a consenti l'effort qui était indispensable sur le volume du «rabais britannique», en confirmant son appui de fond personnel à la construction européenne et en acceptant en toute conscience ce qui l'attendait dans son pays, c'est-à-dire les critiques voire les insultes d'une large partie de la classe politique et de la presse (laquelle s'est déchaînée en frôlant parfois l'ignoble). A-t-il pris ce risque parce qu'il a encore envie de se battre afin que son pays soit «au cœur de l'action européenne», comme il l'avait autrefois affirmé, ou bien pour laisser sa marque dans l'histoire, dans la perspective de quitter la politique active ? L'avenir nous le dira.

Tous les commentateurs ont désigné Angelica Merkel comme l'autre protagoniste de l'accord. Elle a confirmé une caractéristique constante d'un demi-siècle d'histoire de l'Europe unie: dans les moments difficiles, l'Allemagne est toujours du bon côté, en allant même au-delà de ce que serait sa part équitable du coût de l'entreprise. Et elle a en même temps confirmé que les pays d'Europe centrale et orientale peuvent compter sur son appui dans les Institutions communautaires.

Aucun «front du non» ne s'est constitué. La tactique de Tony Blair des petits cadeaux budgétaires distribués à l'un ou à l'autre selon les circonstances a été en définitive payante car elle a permis de vaincre certaines réticences. Ainsi, malgré quelques alliances sporadiques, aucun front compact ne s'est constitué qui aurait bloqué la marche vers le compromis final. La Slovaquie n'a pas accepté que les pays d'Europe centrale et orientale assument ensemble, la veille, une position durement négative, et un projet de message commun des trois pays du Benelux n'a pas abouti. En définitive, seuls deux premiers Ministres ont utilisé explicitement la menace du veto, celui de Pologne avec constance, celui de l'Italie à un moment donné. Il est certes normal que chaque gouvernement se batte pour obtenir quelque chose de plus pour son pays, mais il y a des limites à ne pas franchir. Qui peut sérieusement prétendre qu'un compromis défini inacceptable et injuste devienne acceptable et équilibré en déplaçant quelques centaines de millions d'euros (sur 8 ans !) en faveur de son pays ? En fait, malgré quelques excès tactiques de l'un ou de l'autre, tous les Etats membres ont prouvé qu'ils voulaient le succès ; même la Pologne savait qu'elle avait besoin d'un accord permettant l'entrée en vigueur des nouvelles politiques dès le début de 2007.

L'argent européen n'est pas tout. On exagérait hier en affirmant que l'Europe était perdue avec une dotation égale à 1,03 de son revenu global, on exagère aujourd'hui si l'on affirme qu'avec 1,045% elle est sauvée. Pour certains objectifs, l'argent européen est indispensable: je citerai la politique de cohésion (pour faire progresser les pays en retard), la politique agricole (pour maintenir l'activité agricole dans l'ensemble du territoire), certains réseaux transeuropéens (qui seraient fortement retardés et dont les parties qui traversent les frontières ne seraient jamais achevées en l'absence du soutien communautaire). Mais dans d'autres domaines, comme la stratégie de Lisbonne, l'essentiel est dans les mains des Etats membres car les réformes nationales, on ne peut pas les faire à Bruxelles. Et de toute façon, la manière dont les crédits sont utilisés est souvent plus importante que l'ampleur des financements (quelques régions italiennes qui reçoivent la manne européenne depuis un demi-siècle n'ont presque pas progressé, alors que d'autres régions ailleurs ont fait des pas de géant en une dizaine d'années).

Maintenant, la grande réflexion sur l'avenir peut commencer. La situation est maintenant assez claire. Le compromis de la nuit de vendredi à samedi permet à l'UE de fonctionner de manière correcte jusqu'en 2013 et d'assumer les coûts du dernier élargissement, et il crée les conditions pour que soient abordés, dans les années qui viennent, les questions fondamentales sur l'avenir de l'Europe unie: sa nature, ses ambitions, son fonctionnement institutionnel, ses frontières. Il est désormais possible d'ouvrir ce grand débat. Cette rubrique commencera à le faire au début de l'année prochaine.

(F.R.)