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Bulletin Quotidien Europe N° 8932
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Chine: les aspects politiques, militaires et économiques forment un ensemble

Répercussions d'un embargo. En formulant l'autre jour (voir notre bulletin n.8929) quelques remarques sur les relations entre l'UE et la Chine, j'avais volontairement laissé de côté les questions politiques et militaires qui étaient en discussion le jour même entre les ministres des Affaires étrangères de l'Union. Le compte-rendu de cette discussion, publié dans notre bulletin n.8930, est complet et approfondi. J'y ajoute quelques considérations générales, concernant en premier lieu l'imbrication des différents aspects des relations entre l'UE et la Chine (bien que les autorités chinoises n'aiment pas toujours les liens d'un dossier à l'autre). La politique commerciale (avec la question brûlante des textiles), la coopération monétaire (à inventer), un minimum de collaboration dans la gestion des produits de base (rendue d'actualité par les avatars de l'acier et du pétrole) ne peuvent pas être discutées et approfondies sans qu'arrivent sur le tapis, qu'on le veuille ou pas, les questions politiques et celles liées à la défense. L'UE s'efforce d'évoquer, à chaque rencontre, les droits de l'homme, dont le lien avec la suppression éventuelle de l'embargo sur les ventes d'armes vient d'être souligné aussi bien par le Parlement européen que par les ministres.

L'affaire des armes couvre ou sous-entend des aspects économiques de premier plan, liés notamment aux relations avec les Etats-Unis. Si l'Europe réclame à juste titre son aut onomie de décision en ce domaine, elle doit reconnaître le même droit aux Américains. Dans sa visite récente à Bruxelles, le secrétaire d'Etat adjoint Robert Zoellick a explicitement reconnu que la décision sur les ventes d'armes européennes à la Chine revient aux Européens eux-mêmes, mais il a estimé de son devoir d'indiquer les répercussions politiques que la décision aura dans son pays, notamment au sein du Congrès. Il a annoncé qu'en pratique la coopération entre l'UE et les Etats-Unis en matière d'armements, et de transferts de technologie pourrait en être affectée, car la majorité du Congrès craint que les Européens puissent transférer à la Chine des technologies militaires qui leur auraient été communiquées par les Américains. Le résultat est que la participation de firmes européennes à des projets militaires américains serait compromise.

La signification du «code de conduite». Une telle perspective préoccupe logiquement les groupes européens concernés, certaines déclarations de dirigeants du groupe EADS le confirment. Il ne semble toutefois pas justifié de parler, dans ce cas, de chantage américain. L'Europe recherche une plus grande autonomie en matière de défense et de stratégie; elle ne peut quand même pas la contester aux Etats-Unis. Ce sont des questions à clarifier ensemble. L'UE aurait proposé aux Américains un «dialogue stratégique» permanent spécifique à propos de la Chine et de la zone asiatique, et elle fait valoir surtout le renforcement de son «code de conduite» sur les exportations d'armements, qui date de 1998 et dont la révision est presque achevée. Le nouveau code fixera les règles générales que les Etats membres exportateurs d'armes s'engagent à respecter, y compris pour les technologies «à double usage», civile et militaire (qui posent depuis toujours les problèmes les plus difficiles) et il pourrait être juridiquement contraignant. Ce code n'est pas, bien entendu, créé pour la Chine; il représentera, sous sa nouvelle forme, un instrument majeur de la PESC et de la PESD: l'Europe ne pourrait pas développer une politique étrangère et de sécurité commune sans disposer de règles régissant aussi bien les exportations d'armes que les transferts de technologies militaires. Il faut souhaiter que les quelques aspects encore en discussion (les réserves sont surtout de source britannique) ne retardent pas son approbation. Il devrait rassurer aussi bien les Etats membres réticents à l'égard de la PESD que les Etats-Unis, d'autant plus qu'il contient des précautions spécifiques («boîte à outils» ou « tool box») applicables pendant cinq ans (dix ans, demandent les Britanniques) aux pays tiers ayant fait l'objet d'embargos, comme la Libye et demain la Chine.

Choisir le moment. Les questions à résoudre et les évaluations à faire sont toutefois encore très compliquées. Michel Barnier a déclaré que pour la France l'objectif n'est pas d'augmenter les exportations d'armes ni de créer un déséquilibre stratégique en Asie, mais de «faire un geste politique à l'égard d'un très grand pays» qui est désormais pour l'UE un partenaire incontournable. Aucun Etat membre ne conteste cette signification, mais certains se demandent si le moment est bien choisi. Il faut d'abord clarifier la question américaine. Pour les grands groupes européens tels que EADS et Thales, la coopération avec les Etats-Unis a pour le moment la priorité, du point de vue économique et financier. Le marché chinois est toutefois à leurs yeux très prometteur, par exemple pour les avions et pour l'électronique (dans la perspective notamment des Jeux Olympiques). Ce sont des éléments à prendre en considération, tout comme les autres cités en tête. Mais il est évident que l'enjeu et les objectifs sont surtout politiques. (F.R.).

 

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