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Bulletin Quotidien Europe N° 8891
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Commerce agricole mondial: quelques bonnes idées qui font leur chemin

Ce n'est pas l'exposé de Jeremy Rifkin comparant le « rêve européen » au « rêve américain» qui m'a impressionné dans la conférence organisée mardi soir par le groupe des Verts/ALE du Parlement européen, ni le débat qui décollait difficilement à cause de la banalité et de la longueur excessive du discours introductif. Certes, la fougue dont M. Rifkin a fait preuve pour démontrer la supériorité du modèle européen était flatteuse pour notre vieille Europe. Mais ce qui m'a le plus intéressé a été le document distribué qui fait le point sur les négociations commerciales au sein de l'OMC (Organisation mondiale du commerce).

Lieux communs détruits. Ce document, élaboré par Charlie Poppe pour la Fondation Heinrich Böll, analyse les raisons de l'échec de Cancun et les perspectives de relance. M. Poppe s'est efforcé de comprendre et de résumer les positions en présence, non seulement celles des pays membres de l'OMC et des groupements d'Etats constitués en son sein, mais aussi celles des principaux groupes de pression. Les résultats de cette analyse détruisent un certain nombre de lieux communs, surtout à propos des intérêts réels des pays pauvres dans le secteur de l'agriculture. Déjà dans sa préface, Claude Weiber, directeur du Bureau européen de la Fondation, met l'accent sur cet aspect: «Comment préserver, en Europe et aussi dans le Sud, une agriculture paysanne respectueuse des hommes, de leur santé et de leur environnement tout en parvenant à faire du droit à l'alimentation une réalité pour l'ensemble de l'humanité? L'accès au marché peut être une solution à court terme pour le développement des pays du Sud, mais les faits ont prouvé que ce n'est pas une solution efficace à long terme. Si la libération du commerce n'est pas la panacée, l'autarcie agricole ne l'est pas non plus».

Cette introduction m'avait frappé. La thèse défendue depuis des années dans cette rubrique, selon laquelle la libéralisation des échanges agricoles mondiaux favorise surtout les commerçants et les multinationales mais est ruineuse pour les pays pauvres et pour leurs paysans, et encore plus pour l'environnement à cause des désastreuses «monocultures pour l'exportation», commencerait-elle à faire son chemin? L'étude présente les trois thèses en présence: libéralisation des échanges agricoles (en rappelant que c'est la thèse de l'OXFAM) ; souveraineté alimentaire ; gestion de l'offre. Sans prétendre résumer l'étude, voici des passages significatifs.

Une politique nouvelle. Ce qui est nécessaire surtout dans les pays du Sud du monde, c'est de «valoriser les cultures vivrières et les modes de production traditionnels, au détriment des cultures d'exportation qui accroissent la dépendance par rapport aux prix et aux cours mondiaux et aux importations d'aliments et de produits agricoles transformés. Il n'est pas rare que ces cultures d'exportation soient la source de nombreux dégâts environnementaux.» La stratégie de la souveraineté alimentaire inclut: «a) la priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population (…) ; b) le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à prix trop bas; c) des prix agricoles liés aux coûts de production. Ceci est possible à condition que les Etats ou unions aient le droit de taxer les importations à bas prix, s'engagent dans une production paysanne durable et maîtrisent la production pour éviter des excédents structurels.»

Il ne faut pas défendre l'autarcie mais « se donner comme priorité, ici (en Europe) comme dans le Sud, de nourrir durablement la population conformément à ses choix démocratiques. La consommation intérieure des produits agricoles doit être le premier souci. L'UE ne doit pas abandonner toute politique commerciale en matière agricole. Simplement, la politique commerciale ne doit pas s'imposer à la politique agricole. Une protection des marchés agricoles est légitime lorsqu'elle répond à des objectifs de réduction de la pauvreté ou de défense et promotion de la santé publique et de l'environnement.» L'étude rappelle la résolution du Parlement européen du 7 novembre 2002, qui « autorise l'UE à inclure dans les mesures de protection extérieure de son marché agricole des critères environnementaux, sociaux et concernant le bien-être des animaux » en ajoutant: «L'UE doit mettre en œuvre cette résolution votée à une forte majorité par le PE ».

Quant aux pays les plus pauvres du monde (PMA), ils « subissent de plein fouet (…) l'érosion des préférences qui résulte de la libéralisation commerciale (…). L'UE doit non seulement accorder à nouveau une préférence commerciale aux PMA mais aussi, plus radicalement, faire en sorte que ces pays aient les moyens de poursuivre une politique agricole nationale durable », selon les critères et orientations cités plus haut

Ce document de la « Fondation Heinrich Böll » ne signifie aucunement que la bataille est gagnée. Il indique simplement que la réflexion progresse. Il existe encore trop d'intérêts puissants qui poussent dans la direction opposée: certains gouvernements, plusieurs multinationales de l'agro-alimentaire et du commerce, quelques ONG. Assez de monde pour justifier un autre commentaire. (F.R.)

 

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