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Bulletin Quotidien Europe N° 8869
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Jean-Claude Juncker pour une révision radicale de la stratégie de Lisbonne

Admiration modérée. Si le premier objectif de la présidence Juncker est d'aménager le fonctionnement du Pacte de stabilité et de croissance (voir cette rubrique d'hier), le deuxième est de réviser la stratégie de Lisbonne, pour la raison très simple que les deux objectifs doivent être atteints ensemble au Sommet du Printemps, en préparant la voie au troisième, le plus difficile: l'accord politique sur les perspectives financières 2007- 2013, prévu pour juin. Je ne crois pas me tromper si j'écris que Jean-Claude Juncker n'est pas un admirateur sans réserve des milliers de pages consacrées à la stratégie de Lisbonne depuis qu'elle est née (en mars 2000): le nombre excessif d'objectifs, d'analyses et de rapports a rendu cette stratégie opaque pour l'opinion publique et il permet à chacun de mettre l'accent sur tel ou tel aspect qui l'intéresse directement, en négligeant les autres. Même le rapport Kok, demandé par les chefs de gouvernement pour y voir un peu plus clair, contient un nombre tel de "recommandations" que le lecteur s'y perd. Toutefois, si l'on ne retient que certains aspects de la stratégie, l'ensemble se déséquilibre, parmi les vives protestations des forces politiques ou économiques dont les priorités sont ainsi négligées.

Equilibre à respecter. Pour M. Juncker (je cite son discours-programme prononcé devant le Parlement européen), dans cette "stratégie de Lisbonne" - dont la dénomination est "strictement incompréhensible pour le plus grand nombre", il faut respecter strictement l'égalité entre les quatre éléments qui la composent: "La compétitivité, la croissance, la cohésion sociale et la protection de l'environnement". Le but est " d'asseoir sur des bases solides le bien-être durable des Européens, agir aujourd'hui pour garantir demain l'accès de tous au modèle social européen". Mais la sauvegarde et la généralisation de ce modèle présupposent des réformes, afin de l'adapter à la fragilisation du tissu social, à la perte de compétitivité et de productivité, à la démographie faiblissante et au vieillissement de la population. Or, "les Européens n'aiment pas les réformes. Elles leur font peur, ils n'en comprennent pas le bien-fondé. Il faut leur expliquer que les réformes visent à garantir la survie et la viabilité du modèle social européen. Il faut les convaincre que ce sont les réformes retardées qui reviennent le plus cher."

À chacun ses objectifs. Ce langage n'est pas celui de tous. Celui des entrepreneurs ne connaît qu'un mot, la compétitivité, mot qui est devenu un monstre sacré, repris dans toutes les sauces jusqu'à devenir obsessionnel, présenté par leur organisation européenne (l'UNICE) comme la panacée de tous les maux, car c'est en renforçant la compétitivité que les entreprises pourront se défendre face à la concurrence mondiale, conquérir de nouveaux marchés, relancer la croissance (avec les avantages qui en résulteront pour les budgets nationaux), créer des emplois. Le président de l'UNICE a ainsi demandé que toute nouvelle législation de l'UE soit évaluée en fonction de ses conséquences sur la compétitivité européenne, et que l'évaluation soit confiée à un organisme indépendant. Tournez-vous du côté des écologistes, et le Bureau européen de l'environnement (BEE) vous expliquera que la stratégie de l'UNICE "serait désastreuse aussi bien pour l'UE que pour le reste du monde". L'objectif de réduction des gaz à effet de serre doit être porté à -30% à l'horizon 2020 et à -80% à l'horizon 2050; toutes les dépenses communautaires devraient intégrer l'objectif du développement durable et un budget annuel spécifique de 3 milliards d'euros par an devrait être consacré à la protection de la biodiversité. De son côté, le "Réseau européen des associations de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale" (EAPN) affirme que les politiques économiques et sociales suivies jusqu'à présent ont aggravé la situation et demande que l'inclusion sociale soit placée au coeur de toute la stratégie.

L'UE n'est pas un bureau d'études. M. Juncker de son côté estime qu'il faut simplifier le tout: "Nous avons un nombre trop important de processus: grandes orientations de politique économique (GOPE), lignes directrices pour l'emploi, stratégie pour le développement durable, stratégie du marché intérieur, charte des petites et moyennes entreprises, processus de Cologne, processus de Cardiff, et j'en passe. Tous ces processus très souvent se sont enlisés dans des procédés bureaucratiques qui ne nous mènent nulle part. L'UE ressemble davantage à un bureau d'études (non utilisées) qu'à une fabrique d'idées applicables et appliquées. Nous devons changer cela." Selon le pluri-président, la stratégie doit être européenne, et revue tous les deux ou trois ans (« on ne peut pas changer de stratégie tous les six mois, de Conseil européen en Conseil européen, au gré et au hasard des présidences et de leurs inspirations successives »), alors que l'application doit être d'abord nationale. Mais, précise M. Juncker: "Nous voulons que la mise en oeuvre nationale soit accélérée et concentrée. Nous proposerons que les Etats membres établissent leurs programmes d'action, qui seraient conçus de concert avec les partenaires sociaux et qui devraient être présentés aux parlements nationaux. Ces derniers, ensemble avec les instances communautaires, en surveilleraient l'application." Voilà ce qui s'appelle une réforme. (F.R.)

 

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