Bruxelles, 05/11/2004 (Agence Europe) - Le Premier ministre irakien, Iyad Allawi, a remercié vendredi l'Union européenne pour le "soutien unanime" qu'elle apporte à l'Irak pour l'aider à se reconstruire et à "rejoindre la communauté internationale". "Grâce à nos amis de l'UE et de l'OTAN, nous allons atteindre cet objectif", a dit M.Allawi vendredi après-midi devant la presse, à l'issue de la rencontre qu'il venait d'avoir avec les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE réunis en Conseil européen. "Nous avons obtenu aujourd'hui des engagements d'aide de la part de l'Union dans les domaines de la préparation des élections, de l'institution building et de la démocratisation (…). Nous sommes reconnaissants pour cela et nous estimons que nous devrions développer des relations bilatérales étroites à l'avenir", a déclaré M.Allawi. Il a formellement démenti avoir critiqué l'UE lors de sa visite à Rome, jeudi, pour être un "simple spectateur" en Irak. "Je n'ai jamais dit cela. L'Europe a été très généreuse et utile. A l'époque où nous luttions contre la tyrannie et la dictature dans notre pays, nous avons été accueillis en Europe". Des divergences ont certes existé avec certains pays européens au moment de la guerre en Irak, "mais nous voulons regarder vers l'avenir, pas vers le passé", a affirmé M.Allawi. Cependant, il a mis en garde les pays européens (comme les Pays-Bas ou la Hongrie) qui envisagent de retirer leurs troupes d'Irak. De tels retraits "auront un impact négatif sur la situation en Irak, car ils encourageront les terroristes. C'est quelque chose que personne ne souhaite", a-t-il insisté, tout en soulignant qu'il respectait les décisions de chacun de ces pays. M.Allawi n'a pas voulu confirmer la date du 27 janvier pour les élections irakiennes ("la date exacte sera décidée très bientôt"), mais il a garanti que l'échéance fixée par l'ONU, à savoir janvier, sera maintenue pour ces premières élections libres après la chute de Saddam Hussein. Interrogé sur la situation très tendue à Falloudja, il a affirmé que le temps qui reste aux "terroristes" pour rendre les armes et évacuer les lieux commence à expirer: "Nous avons l'intention de libérer les citoyens de Falloudja et d'y rétablir l'ordre et l'Etat de droit. La fenêtre pour une solution pacifique est en train de se fermer".
Le président du Conseil européen, Jan Peter Balkenende, a souligné que l'UE s'était engagée auprès du Premier ministre irakien à faire, ensemble avec son gouvernement, "tous les efforts nécessaires pour parvenir à une situation stable, démocratique et souveraine en Irak". Le processus sera très difficile et ne se fera pas en un tour de main, a-t-il souligné. L'étape la plus importante sera l'organisation des élections et l'UE est prête à y contribuer financièrement et techniquement. "Au cours des dernières années, l'Irak a été un sujet épineux pour l'UE", avec des divergences parfois profondes entre Etats membres. "Maintenant, nous devons aller de l'avant et tourner le regard vers l'avenir. Tous les Etats membres sont d'accord pour estimer que les Irakiens ont besoin d'un Etat stable, démocratique et sûr. L'UE est prête à apporter sa contribution et c'est cela qu'elle va faire", a assuré M.Balkenende. Et d'ajouter: il ne s'agit pas seulement de l'avenir de l'Irak, "mais d'une affaire qui concerne le monde entier". Le président sortant de la Commission européenne, Romano Prodi, a lui aussi insisté sur la nécessité pour l'UE d'oublier les divisions du passé et de regarder vers l'avenir. "Le temps est venu de la reconstruction et la stabilité de l'Irak". Il faut une gestion multilatérale de la crise et le rôle de l'ONU est "irremplaçable", a estimé M.Prodi.
La déclaration finale que les chefs d'Etat et de gouvernement ont approuvé vendredi à l'issue de leur rencontre avec M.Allawi correspond exactement au texte adopté mardi dernier par les ministres des Affaires étrangères (EUROPE du 3 novembre). Ainsi, le paquet d'assistance que les 25 ont présenté à M.Allawi comprend les éléments suivants: a) l'UE offre à Bagdad la perspective de conclure un accord de coopération politique et commerciale. La Commission est invitée à commencer les travaux préparatoires et à consulter les autorités irakiennes pour préparer les conditions dans lesquelles de telles négociations pourraient être ouvertes. Le Conseil européen a aussi invité la Commission à renforcer, dans la mesure du possible sa présence à Bagdad; b) l'UE fournira une aide financière supplémentaire (30 millions d'euros) pour la préparation des élections et envisage aussi d'envoyer des experts à la "Independent Electoral Commission of Iraq" et de contribuer à la formation d'observateurs locaux pour ces élections ; c) les Etats membres sont prêts à contribuer substantiellement au financement de la force de protection de l'ONU en Irak. Entre-temps, la Commission poursuivra ses discussions avec l'ONU en vue de permettre une contribution financière de l'UE (en tant que telle, actuellement interdite par le Traité) à cette force de protection ; d) l'UE enverra d'ici la fin du mois une équipe d'experts en Irak afin de préparer le possible envoi - après les élections de janvier 2005 - d'une mission chargée d'aider les autorités irakiennes à développer une police intégrée, à promouvoir l'Etat de droit et à mettre sur pied une administration civile efficace. Cette mission devrait être sécurisée, indépendante et complémentaire aux efforts internationaux; e) la Commission collaborera avec les autorités irakiennes pour permettre au pays de bénéficier des préférences commerciales offertes par le Système des préférences généralisées (SPG) de l'UE.
Dans leurs conclusions, les dirigeants européens ont aussi réitéré leur objectif d'assurer le développement d'un Irak "sûr, stable, unifié, prospère et démocratique" et capable de contribuer à la stabilité de la région, notamment en coopérant étroitement avec ses pays voisins. Le gouvernement intérimaire irakien est encouragé à poursuivre ses efforts pour parvenir à une participation plus large des différentes factions de la société irakienne au processus politique. "Les élections programmées pour janvier 2005 constitueront un pas important dans ce processus", lit-on dans les conclusions. Le Conseil européen se félicite aussi de la tenue de la Conférence internationale de Charm el-Cheikh des 22 et 23 novembre à laquelle l'UE participera, et qui vise à encourager le processus de reconstruction et de dialogue avec les pays voisins. Les 25 ont aussi rappelé qu'en 2003 et 2004, l'UE a contribué pour un total de plus que 300 millions d'euros aux actions humanitaires et de reconstruction en Irak, notamment afin de rétablir des services de base, lutter contre la pauvreté et le chômage, développer la société civile, promouvoir le respect des droits de l'homme, etc.
Le président français Jacques Chirac a précisé devant la presse que son départ anticipé de Bruxelles (il a quitté le Conseil européen au milieu de la matinée pour se rendre à Abou Dhabi pour présenter les condoléances de la France, après le décès du président des Emirats arabes unis) n'avait rien à voir avec la présence du Premier ministre irakien lors du déjeuner de vendredi. "Je n'ai jamais refusé de rencontrer le Premier ministre irakien", a dit M.Chirac, soulignant qu'il allait bientôt recevoir à Paris le Président irakien: "Nous avons d'excellentes relations avec l'Irak". C'est le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, qui a représenté M.Chirac lors du déjeuner des Vingt-cinq avec M.Allawi. Le chancelier allemand Gerhard Schröder a affirmé: « Quelle que soit la position que nous avons adoptée au sujet de la guerre, nous sommes tous d'accord pour apporter une contribution à la construction de la démocratie et la stabilité de l'Irak ». M.Schröder s'est prononcé pour l'annulation de la dette extérieure irakienne au sein du Club de Paris, en disant que l'Allemagne est prête à y contribuer. Le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero a confirmé que l'Espagne n'avait nullement l'intention de s'engager à nouveau militairement en Irak, mais a souligné la disponibilité de Madrid à fournir une aide financière. Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt s'est félicité du paquet d'assistance offert à M.Allawi et auquel contribuent tous les Etats membres, indépendamment de leurs positions lors de la guerre de l'Irak, a-t-il souligné. Le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany a confirmé que la Hongrie allait définitivement retirer ses troupes d'Irak, mais la date exacte n'a pas encore été fixée. Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi s'est aussi félicité de l'unanimité qui régnait autour de la table des 25 à propos de la nécessité de soutenir l'Irak. Devant la presse, M.Berlusconi s'est dit d'accord avec le Premier ministre danois, Anders Fogh Rassmussen, en affirmant que ce dernier, lors de la réunion avec M.Allawi, avait assuré que les troupes danoises resteront en Irak "jusqu'à ce que le boulot soit fait". Le Premier ministre polonais Marek Belka a estimé que "le fait même de parler d'un retrait des troupes de l'Irak serait envoyer un mauvais signal aux terroristes" (la Pologne, on le sait, a des troupes sur place).