Bruxelles, 21/06/2004 (Agence Europe) - Le gouvernement espagnol a annulé vendredi, par un décret-loi, le Plan hydrologique national (PHN) qui prévoyait le tranfert des eaux de l'Ebre des régions du nord de l'Espagne vers les régions du sud et la construction d'usines de désalinisation, afin de combler les carences en ressources hydrauliques du sud du pays. Ce plan avait été porté à bout de bras par le gouvernement Aznar, malgré les protestations des associations écologiques et les réticences de l'UE sollicitée pour son cofinancement, mais le nouveau Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero avait mis en doute l'opportunité de le maintenir. Un nouveau projet a été proposé comme alternative. Il prévoit la construction ou la modernisation, sur le littoral méditerranéen, d'une quinzaine d'usines de désalinisation s'échelonnant de la Catalogne jusqu'à la région d'Almeria qui fourniront 60% des 1063 hectomètres cubes d'eau nécessaires. Le coût de ce nouveau projet s'élève à 3,798 milliards d'euros, ce qui représente une économie de 400 millions d'euros par rapport au projet précédent. Selon un porte-parole de l'Exécutif espagnol, "le gouvernement est conscient que les régions de Valence, Alicante ou Almeria ont besoin d'eau, et elles l'auront grâce à une réorientation de la politique de l'eau dans notre pays qui apportera plus d'eau, à meilleur marché et d'une façon plus respectueuse de l'environnement". Pour la ministre espagnole de l'Environnement, Cristina Narbona, il était nécessaire que l'Espagne respecte les directives européennes, et l'alternative proposée est le fruit d'un dialogue "très approfondi".
La plupart des organisations écologistes (Greenpeace, Ecologistas en Acción et WWF/Adena) se félicitent quant à elles de l'abandon du PHN qui signifie une "victoire historique", mais ne soutiennent pas davantage le nouveau modèle qui, souligne "Ecologistas en Acción", "consolide le modèle de développement non-durable qui domine sur la côte méditerranéenne". Les régions du sud, elles se montrent pour la plupart déçues. Ainsi, pour le président de la région de Valence, Francisco Camps, l'abandon du projet marque "une rupture du principe de base de notre vie nationale qui est la solidarité entre les différentes régions du pays".
Le PHN, d'un coût de 4,2 milliards d'euros et décliné en quelque 400 projets individuels dont la construction de 120 barrages dans le nord et le sud du pays, l'ensemble échelonné sur 25 ans, avait été adopté en juillet 2001 et n'a cessé de susciter la controverse. D'un côté, les régions du nord et les associations écologistes s'opposaient au projet en raison de son impact négatif prévisible sur l'Environnement au mépris de la législation communautaire (Directive Habitat et directive-cadre sur l'eau). De l'autre, les régions du sud, en faveur d'une agriculture intensive sous serre (grandes consommatrices d'eau) et du développement du tourisme de masse, étaient ravies de voir se profiler une solution à leurs problèmes. La Commission européenne avait, pour sa part, montré des réticences, notamment en raison des conséquences négatives du plan sur l'environnement du delta de l'Ebre, de l'impact des canalisations sur le paysage et des mécanismes de fixation des prix de l'eau. Le PE s'était, pour sa part, prononcé contre l'octroi de subventions pour le projet.