Le diagnostic de la Commission européenne sur le danger d'une désindustrialisation de l'UE (voir cette rubrique d'hier) aboutit à la conclusion suivante: " il n'est pas possible de conclure à l'existence d'une véritable désindustrialisation en Europe, mais plutôt à une confirmation des effets du processus permanent - souvent douloureux si ces effets se concentrent sur certains secteurs ou régions, mais globalement bénéfique- d'ajustement au travers duquel les ressources sont continuellement réaffectées vers des secteurs où existent des avantages comparatifs." Toutefois, les "signes inquiétants" sont également soulignés (je les ai cités hier), et la Commission affirme ne pas être en mesure d'indiquer si ces signes reflètent "les développements économiques à long terme" ou s'ils sont essentiellement le résultat de la conjoncture économique peu favorable et d'une adaptation graduelle à l'éclosion de nouveaux concurrents.
Le nouvel élargissement offre des "opportunités". L'analyse de la Commission met l'accent sur "les opportunités offertes par l'élargissement". L'adhésion de huit pays d'Europe centrale et orientale aura dans le secteur industriel des effets globalement positifs. Les structures économiques de ces pays se rapprochent de celles de l'UE actuelle (réduction de l'agriculture et de l'industrie, progression des services), mais ils demeurent attractifs pour les investissements; "la proximité géographique et culturelle et la reprise de l'acquis communautaire constituent des atouts supplémentaires pour les industriels européens", et s'y ajoute "le niveau élevé de qualification de la population". Il est vrai que les délocalisations de certaines activités vers les nouveaux Etats membres peuvent entraîner des difficultés pour certaines régions de l'UE actuelle à cause de leur "impact local"; mais des remèdes existent. La Commission cite la région du Bade-Württemberg comme exemple d'une situation de crise qui a débouché en définitive sur de nouvelles opportunités, parce que les autorités locales ont concentré leurs efforts sur la promotion de "clusters" dans des industries comme la microélectronique et les TIC, pour remplacer le déplacement à l'Est de la construction automobile et de l'ingénierie mécanique. On ne doit pas oublier que les délocalisations vers les nouveaux Etats membres demeurent quand même à l'intérieur de l'Union, qui globalement en tire un avantage, même si elle ne doit pas négliger les difficultés régionales qui en résultent, en particulier dans des zones frontalières et dans des pays comme l'Espagne, le Portugal et la Grèce. La Commission résume ainsi ce concept: " pour l'heure, l'accès aux nouveaux Etats membres peut permettre de maintenir dans l'UE des productions qui auraient sinon été transférées en Asie, et ainsi de garantir la compétitivité des secteurs concernés". Et elle cite des exemples, dont celui de la firme Nokia, qui a déplacé à l'Est une partie de ses activités tout en en gardant l'essentiel en Finlande.
L'exploitation des opportunités offertes par l'élargissement est toutefois subordonnée au fonctionnement efficace du marché unique élargi, lequel dépend de la bonne application de l'acquis communautaire dans les nouveaux Etats membres: règles de concurrence, normes applicables aux produits, législation environnementale, etc. Ceci est essentiel pour que la concurrence ne soit pas faussée.
Les mesures d'accompagnement. À côté de l'effet "élargissement", l'élément essentiel de la politique industrielle européenne préconisée réside dans les mesures d'accompagnement des mutations industrielles, impliquant trois catégories d'actions:
a) mieux légiférer, en s'assurant que la charge réglementaire n'excède pas ce qui est nécessaire;
b) mobiliser les autres politiques communautaires qui contribuent à la compétitivité de l'industrie. Ces politiques ne devront pas perdre de vue leurs propres objectifs, mais elles possèdent un "potentiel de progrès" pour l'industrie. Concernant la plus importante, la politique de concurrence, qui fait l'objet depuis quelques années d'analyses parfois polémiques, la Commission a approuvé un document spécifique, qui curieusement n'a pas encore fait l'objet à ma connaissance d'analyses approfondies alors qu'il était très attendu par les milieux à la fois politiques et économiques. J'y reviendrai la semaine prochaine.
c) prendre en compte les besoins spécifiques des différents secteurs industriels. Il n'existe pas de recette unique valable pour tous les secteurs. L'Union pourra tenir compte des expériences du passé, celle de la restructuration de la sidérurgie en particulier.
Dans chacune de ces trois catégories, l'UE a déjà pris des initiatives et obtenu certains succès. Il faut préciser, compléter et concrétiser les projets. La Commission insiste sur la réduction des charges pour les entreprises et elle se propose de définir des "indicateurs de qualité réglementaire" et de créer un mécanisme d'études ex-post sur l'impact d'initiatives législatives. Elle annonce en outre deux nouveaux programmes: l'un sur l'innovation, qui sera présenté au cours de l'été; l'autre, un "agenda stratégique" sur l'avenir de la recherche dans l'industrie manufacturière, sera présenté à l'automne. (F.R.)