Bruxelles, 26/02/2004 (Agence Europe) - En adoptant jeudi le rapport du Néerlandais Bastiaan Belder (EDD), le PE a recommandé à l'UE d'adopter envers la Russie une politique plus cohérente, et aussi plus ferme sur des dossiers comme la Tchétchénie. Pour améliorer le dialogue, le PE recommande au Conseil d'établir des priorités et de s'accorder sur des mesures concrètes pour assurer la cohérence des positions à l'égard de Moscou, et demande aux Etats membres "de ne pas accomplir des actes qui pourraient affaiblir la capacité d'influence de l'UE". Le PE recommande au Conseil de maintenir sa position sur l'extension automatique de l'accord de partenariat et de coopération UE/Russie aux dix futurs membres de l'UE au 1er mai 2004 et d'exiger que la Russie ratifie sans délai l'accord frontalier avec l'Estonie et la Lettonie.
Pour la Tchétchénie, le PE recommande notamment au Conseil de: - faire des propositions détaillées en vue d'un règlement; - renouveler les appels à la Russie pour qu'elle mette fin aux violations des droits de l'homme, procède à des enquêtes sur les cas de disparitions et de tortures et permette au personnel de l'ONU de travailler en Tchétchénie. Le PE demande à l'UE de s'engager pour la libération d'Arjan Erkel (membre de Médecin sans frontières enlevé en Tchétchénie), et demande que la déportation des Tchétchènes en 1944 soit qualifiée de génocide et que l'UE tienne compte du plan de paix "Akhmadov" pour résoudre le conflit (EUROPE du 26 février, p.6).
Par ailleurs, le PE: - déplore que les actions récentes des autorités russes contre Ioukos et la Fondation Soros fassent « fortement soupçonner une interférence politique sur la procédure judiciaire »; - insiste afin que la Russie respecte ses engagements sur le retrait de ses troupes de Transnistrie et de Géorgie, et ratifie le protocole de Kyoto ; - demande à la Russie de prendre des mesures de sécurité maritime, en interdisant aux pétroliers à simple coque l'accès de ses ports susceptibles d'être pris par les glaces; - insiste pour que le Conseil conditionne l'ouverture du marché européen aux exportations d'électricité russes à l'arrêt progressif des réacteurs nucléaires RBMK de première génération, à l'accroissement de la sécurité de tous les autres réacteurs nucléaires et à une meilleure gestion des déchets radioactifs.
Dans son rapport, Bastiaan Belder a voulu faire une "autocritique" de l'Union européenne et de sa politique envers la Russie. Pour lui, le problème se pose dans "l'application concrète" des politiques définies sur des dossiers comme l'affaire Ioukos, Kaliningrad et surtout la Tchétchénie. "Le Conseil devrait protester avec véhémence contre M. Poutine pour les disparitions, pire, les assassinats de ressortissants tchétchènes", s'est-il exclamé. Au nom du PPE/DE, le Suédois Per-Arne Arvidsson a demandé que l'UE soit "plus active" à propos du conflit en Tchétchénie. L'UE doit "exiger" que la Russie mette fin pacifiquement à "cette guerre sanglante en Europe (…) qui dure depuis dix ans", a-t-il déclaré en critiquant également le contrôle des médias en Russie. Même son de cloche chez la GUE/NGL, pour qui la situation en Tchétchénie est inacceptable. La Russie a "une tendance à l'autoritarisme avec une démocratie biaisée", s'est insurgé l'Allemand André Brie. Tout en appuyant le rapport de M. Belder, M. Brie aurait souhaité des critiques plus fermes à l'encontre du Conseil de l'UE et des Etats membres en dénonçant, outre le comportement de Silvio Berlusconi, celui du gouvernement allemand qui "va faire des courbettes" au Président russe. Regrettant l'absence d'un représentant du Conseil, dans l'hémicycle, l'élu belge de la Lista Bonino Oliver Dupuis a critiqué l'arrestation de M. Khodorovski (le président du géant pétrolier russe Ioukos arrêté en octobre en Russie: NdlR). Chez nous, "on n'aurait pas toléré le quart du dixième de ce qu'on lui a fait", s'est-il écrié. Il a ensuite violemment interpellé Chris Patten au sujet de la Tchétchénie. "Lorsque 200.000 personnes sont éliminées, doit-on parler de violation des droits de l'homme ou de génocide?", a-t-il demandé. "La Commission a sacrifié la Russie sur l'autel du commerce", a regretté pour le PSE le Finlandais Reino Paasilina. Il faut "avoir une influence directe sur Poutine", ne pas boycotter la Russie mais "négocier sans faille" avec elle, a-t-il insisté. De même, son compatriote Paavo Väyrynen, au nom des Libéraux, pense que "les menaces de sanctions ne sont pas constructives" et qu'il faut "prendre en compte les conditions spécifiques" de la politique russe.