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Bulletin Quotidien Europe N° 8647
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

A propos du malaise au sein du groupe parlementaire PPE-DE - Une modification des statuts qui pose problème

Les difficultés internes du PPE, et en particulier du groupe parlementaire PPE-DE qui réunit les députés de ce parti et les conservateurs britanniques, ont éclaté en pleine lumière. On en parlait depuis longtemps dans les coulisses, mais à présent c'est dans une réunion officielle du groupe que quelques parlementaires, et non des moindres, ont exprimé leur malaise, certains d'entre eux laissant même entendre qu'ils pourraient quitter le groupe lui-même (voir notre bulletin du 13 février, page 5).

Une aspiration légitime et une tactique partiellement contestée. Le point de départ de l'affaire est une aspiration légitime: rester, avec ses alliés, le premier groupe politique du Parlement qui sera élu en juin. L'aspect contesté se résume en une question: jusqu'à quel point, pour atteindre ce but, le groupe PPE doit-il être disposé à accueillir des parlementaires qu'on pourrait qualifier d'"eurosceptiques? Le président du groupe, Hans-Gert Pöttering, a proposé d'aller assez loin dans cette direction, en rendant facultative, pour les composantes du groupe, l'adhésion aux orientations politiques historiques des chrétiens-démocrates en matière européenne. La modification des statuts en ce sens permettrait, en particulier, de poursuivre la coopération avec les conservateurs britanniques et d'ouvrir les portes à des mouvements nationalistes, dans quelques cas ouvertement eurosceptiques, de certains nouveaux Etats membres. En d'autres mots: les positions des conservateurs britanniques (contre l'euro, contre certains aspects et certaines orientations du projet de Constitution, etc.) ne seraient plus simplement tolérées mais officiellement admises. M.Pöttering a logiquement souligné que l'intégration européenne "reste une priorité politique" du groupe, mais on sait combien les interprétations des termes « intégration européenne » sont nombreuses, et un conservateur britannique, Michael Howard, a donné une interprétation sans équivoque des nouveaux statuts (je reprends la citation de l'information de notre bulletin du 13 février): " nous nous opposons à l'intégration plus poussée prévue par le projet de Constitution. Nous sommes maintenant libres de promouvoir ces idées au sein du groupe PPE-DE au Parlement européen". Et M. Howard a ensuite réaffirmé et clarifié sa position en éliminant toute équivoque (voir notre bulletin d'hier, p. 7).

Les prévisions indiquent que M.Pöttering gagnera sa bataille et qu'en mars les nouveaux statuts seront formellement adoptés. L'importance de rester, dans la prochaine législature, le premier groupe politique du PE primera donc sur la pureté idéologique. On peut en comprendre les raisons, qui impliquent entre autres la présidence de la future Commission européenne et la présidence (éventuellement pour la deuxième moitié de la législature) du Parlement lui-même. M.Pöttering et ceux qui l'appuient pourraient dire: cette position de force nous permettra de défendre nos idées, et la construction européenne elle-même, davantage et mieux que la pureté idéologique, c'est aux résultats qu'il faudra juger la tactique.

L'ampleur et les raisons du malaise. Mais on comprend en même temps le malaise, les réticences et dans quelques cas le rejet explicite de cette tactique. Le PPE descend directement des anciens partis de Robert Schuman et Alcide De Gasperi, de Konrad Adenauer et de Helmut Kohl: on ne peut pas oublier et encore moins trahir une telle ascendance! La nouvelle de notre bulletin citée plus haut parle d'un "malaise profond" chez des personnalités telles que Jacques Santer, Gérard Deprez, Jean-Louis Bourlanges. D'autres sources vont plus loin. Par exemple "Le Figaro" affirme que par la réforme des statuts "le groupe PPE s'engage de plus en plus clairement sur la voie de l'euroscepticisme" et que "la frange eurosceptique de la droite européenne se verrait ainsi offrir les lettres de noblesse qu'elle réclame depuis des années". Le journal estime que la "donne idéologique" pro-européenne avait déjà été sensiblement modifiée au sein du groupe par l'arrivée de "Forza Italia" de Silvio Berlusconi et du Partido Popular de José Maria Aznar, et donne comme acquis l'abandon du groupe par des "centristes français, belges ou italiens" (vraisemblablement en direction d'un nouveau parti pro-européen dont la création serait, selon plusieurs sources, à l'étude).

Il est vrai que le PPE, en tant que parti, pourrait se présenter aux élections avec une étiquette pro-européenne analogue à celle du parti envisagé, en faisant une distinction entre, d'un côté, ses idées et son programme et, de l'autre côté, la part de tactique qui est inévitable au sein d'un Parlement pour former des majorités. À quoi les adversaires pourraient rétorquer que c'est justement le groupe politique qui doit appliquer le programme sur lequel on demande le vote des électeurs…

Comme on dit dans les situations mouvantes: affaire à suivre. (F.R.)

 

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