login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8622
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Du départ de Giorgio Napolitano aux malentendus entre la Commission européenne et les organisations juives

Découragé non, déçu oui. Giorgio Napolitano a annoncé qu'il ne sera pas candidat aux prochaines élections européennes, et il a pris en même temps position sur plusieurs questions liées à l'actualité communautaire (voir notre bulletin du 8 janvier p.6). La date de naissance n'est pas la seule raison ayant déterminé sa décision. Il y a aussi une certaine déception pour le peu d'attention et de compréhension qu'il constate à l'égard de la construction européenne en général (si le monde politique est exclusivement préoccupé par les querelles internes nationales, "le regard devient court et l'épaisseur culturelle nécessaire fait défaut") et en particulier à l'égard de l'activité du Parlement européen, qui "se déroule dans le silence des media, et l'indifférence des forces politiques". Beaucoup de choses l'étonnent et le déçoivent. Les critiques à la "vieille Europe" qui, selon une grande partie des media aurait fait faillite, sont "stupéfiantes et mystificatrices"; l'alarme face à l'hypothèse d'une Europe à deux vitesses est "confuse et artificielle", car il est vrai que la Constitution doit garantir un cadre de principes, d'objectifs et de règles communs pour l'Europe à 25, mais dans ce cadre "des formes d'intégration différenciées sont à considérer comme physiologiques".

Heureusement, M.Napolitano est déçu mais pas découragé. Il continuera dans les prochains mois à jouer pleinement son rôle de président de la commission "affaires constitutionnelles" du PE, et ensuite son "engagement européen" ne faiblira pas. Tous ceux qui ont pu constater le prestige dont il était entouré, même en dehors de sa famille politique, comprennent quelle perte représente son départ pour l'Europe et quel espoir constitue la permanence de son engagement.

Sans fondement. Le malentendu récent entre le président de la Commission européenne et les organisations juives internationales n'aurait jamais dû surgir, pour deux raisons essentielles: a) le journal britannique qui a publié la lettre de MM. Edgar Bronfman et Cobi Benatoff, présidents des Congrès juifs mondial et européen, avec ses critiques dures à l'égard de la Commission européenne, aurait dû indiquer la date de ce texte, date qui précédait une rencontre de M.Prodi avec les représentants de ces organisations. Les malentendus avaient été clarifiés lors de cette rencontre, et il n'est pas correct, du point de vue journalistique, de lancer en première page comme une nouvelle du jour un texte ancien sans en indiquer la date. Les modalités de publication ont laissé l'impression d'une énième tentative de présenter la Commission sous un mauvais jour; b) les deux griefs faits à la Commission dans cette lettre étaient fondés sur des motivations inexactes.

Premier grief: le sondage d'opinion. La plupart des media et des commentateurs affirment qu'Israël a été considéré par l'opinion publique européenne comme le plus grand danger pour la paix dans le monde. C'est faux. La question posée dans le sondage en cause était: "pour chacun des pays suivants, dites si, à votre avis, il présente ou non une menace pour la paix dans le monde". Il n'était pas question d'indiquer quelle était la menace principale. En outre, ni le terrorisme en général ni l'Autorité palestinienne n'étaient cités. Dans ces conditions, pour la plupart des personnes interrogées, la question revenait à demander si la situation dans la zone israélo-palestinienne comportait des dangers pour la paix; il est évident que la réponse ne pouvait qu'être positive. Il est possible qu'une partie des sondés entendaient souligner de manière spécifique la responsabilité d'Israël, mais il est impossible de prétendre que ce fut l'intention de tous, et de toute manière personne n'a été invité à préciser s'il considérait Israël comme la "menace la plus grave".

Deuxième grief: la non-publication d'un rapport sur la recrudescence de l'antisémitisme en Europe. La Commission européenne ne pouvait ni décider la publication de ce rapport ni l'interdire, car l'EUMC (Observatoire européen sur le racisme et la xénophobie) est un organisme indépendant; et il importe qu'il le soit parce qu'il ne doit pas subir d'influences politiques. Les explications embarrassées de l'EUMC laissent entendre que ce qui le gênait était l'une des conclusions du document, affirmant la responsabilité de "jeunes musulmans" dans des attaques physiques contre des juifs et dans la profanation ou la destruction de synagogues. La tâche principale de l'EUMC est de veiller à ce que les immigrés extra-communautaires ne soient pas victimes dans l'UE d'actes de violence ou de discriminations; la constatation qu'ils sont eux-mêmes, dans quelques cas, responsables de comportements racistes, n'a peut-être pas été considérée comme "politiquement correcte", et le rapport n'a pas été publié (voir cette rubrique du 6 décembre dernier). Mais la Commission n'y était pour rien, et Romano Prodi avait réagi en décidant d'organiser un séminaire sur l'antisémitisme. Cette initiative est maintenant confirmée, ainsi que la ferme volonté européenne de combattre tout acte antisémite dans l'UE. Les organisations juives ont exprimé à Romano Prodi confiance et amitié. Les incompréhensions se sont dissipées. Et voici comment des événements désagréables peuvent avoir des effets positifs (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES