Bruxelles, 05/12/2003 (Agence Europe) - Lors d'une conférence tenue jeudi à Bruxelles sur la perception du risque dans l'alimentation, le Commissaire chargé de la santé et de la protection des consommateurs David Byrne a souligné l'importance d'informer correctement le public des dangers réellement encourus lors des crises alimentaires du type ESB ou de la pneumonie atypique, afin d'éviter des mouvements de panique et des comportements irrationnels. La crise de la vache folle a donné lieu à un boycottage important de la viande bovine par les consommateurs, avec pour conséquence une mise en péril du secteur, a-t-il rappelé. "Parmi tous les composants de l'évaluation du risque - la gestion, l'analyse, la communication et la perception -, la perception du risque dans l'esprit du public est peut-être ce qu'il y a de plus difficile à comprendre et évaluer", a dit M. Byrne lors d'une conférence de presse.
David Byrne a identifié cinq facteurs qui, à son sens, influencent le comportement des consommateurs: 1) "gouvernance", ou les relations entre les gouvernements, les institutions publiques et la société dans son ensemble. Le public doit avoir confiance en ses institutions et savoir qui fait quoi, afin d'éviter tout soupçon de manipulation de l'opinion publique; 2) science, car le monde scientifique a également un rôle capital dans le comportement du public face au risque. Parfois les intérêts poursuivis par la communauté scientifique semblent très éloignés de la réalité vécue par le public. "Si la science est perçue comme agissant dans une bulle, isolée de la société (…), utilisant un langage incompréhensible pour le grand public, méfiance et suspicion suivront immanquablement", a indiqué le Commissaire; 3) société, puisque le rôle de la société civile et des ONG est fondamental. Si le Commissaire reconnaît le "bon travail" accompli par les ONG, il déplore néanmoins l'opportunisme de certaines d'entre elles qui, dit-il, relaient une information disproportionnée; 4) culture, car les facteurs culturels influencent clairement le comportement des consommateurs. M. Byrne cite en exemple l'attitude plus confiante des Américains par rapport à celle des Européens envers les OGM. "Les citoyens américains auraient-ils plus confiance dans leurs structures gouvernementales (…) ou seraient-ils moins capables d'influencer les décisions de leurs gouvernements" ?, s'est-il interrogé; 5) médias , étant donné que le rôle des médias dans la transmission de l'information est essentiel. Des articles de presse contradictoires et exagérés peuvent faire émerger doute et peur dans l'esprit du grand public, et le rôle des autorités publiques dans la communication des faits à la presse sans utilisation de la « langue de bois » est donc très important, a ajouté M. Byrne. Le Commissaire s'est également fait l'avocat des OGM. "Les indications scientifiques semblent dire que les produits OGM sont aussi bons que les autres, mais il faut encore des informations" supplémentaires, a-t-il reconnu, soulignant par ailleurs l'importance de la traçabilité des produits qui doivent informer en toute connaissance de cause les consommateurs sur les produits qu'ils achètent.
La ministre allemande Renate Künast a rejoint le Commissaire sur ce point. Selon elle, il faut permettre aux consommateurs d'évaluer eux-mêmes les risques et de choisir en toute liberté leurs produits de consommation. Pour ce faire, la communication doit reposer sur la transparence, ce qui se traduit notamment par un étiquetage clair et détaillé et un contrôle de la publicité qui ne doit pas être mensongère. Le ministre espagnol Miguel Arias Cañete s'est rallié à l'opinion du Commissaire européen sur la communication. "On ne comprend pas toujours la communication venant des pouvoirs publics. Il faut donc créer la confiance", a-t-il déclaré. Il a aussi souligné l'importance de mettre en place un système de contrôle alimentaire efficace, notamment en matière de traçabilité des produits, de suivi des contrôles alimentaires, d'examen des cultures OGM. Selon M.Arias Cañete, il faut mettre en place un "code de conduite", en informant systématiquement la population du comportement à adopter en cas de crise, afin d'éviter les mouvements de panique.