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Bulletin Quotidien Europe N° 8600
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

A Jean-Luc Dehaene le prix mensuel de l'interview - Le document caché sur l'antisémitisme - Conditions pour toute présence militaire de l'UE

La Commission européenne de Jean-Luc Dehaene. Parmi les dizaines d'interviews, discours et autres prises de position par lesquels les responsables politiques de l'Europe ont ponctué les deux événements européens majeurs du mois passé (Pacte de stabilité d'abord, Constitution ensuite), j'attribue à Jean-Luc Dehaene le prix de la meilleure interview de novembre. La meilleure parce que le vice-président de la Convention ne connaît pas les précautions oratoires, il dit franchement ce qu'il pense, et il pense "européen". Voici ce qu'il a dit sur deux aspects délicats de l'actualité communautaire, là où d'autres hommes politiques se seraient préoccupés de ne froisser personne et auraient accumulé les nuances et les distinctions délicates (interview à Sabine Verhest, publiée dans la "Libre Belgique" du 29 novembre):

1. Composition de la Commission européenne. "Elle doit pouvoir travailler comme collège et refléter un équilibre des crédibilités. Je suis donc pour une Commission de quinze membres, dans laquelle les grands pays auraient chacun un ressortissant de façon permanente et les autres auraient le leur quand c'est leur tour (…). Les petits pays considèrent leur présence visible à la Commission comme plus importante que l'efficacité de l'Institution. Or, ce sont justement les petits qui ont le plus d'intérêt à une Commission forte."

Il est à souligner que M.Dehaene est ressortissant d'un petit pays, et que parallèlement à son interview, il a signé (avec Valéry Giscard d'Estaing et Giuliano Amato) un pensum officiel en défense de la formule tarabiscotée proposée par la Convention; un vice-président doit respecter certaines normes … La formule qu'il préconise est politiquement inapplicable aujourd'hui, mais il ne faut pas fermer les portes à l'avenir.

2. Le Pacte de stabilité. "Ce qui se passe autour de ce Pacte, c'est la preuve par l'absurde qu'une approche intergouvernementale ne fonctionne pas. Ce sont toujours les petits pays qui sont dupes (…). C'est au niveau de la Commission et en fonction de l'intérêt général européen, transcendant les intérêts nationaux, qu'il faut agir. Mais l'attitude des petits dans le débat sur la composition de la Commission est contre-productif: ils sont justement en train d'affaiblir la Commission."

Antisémitisme et discours politiquement correct. Ainsi qu'il était trop aisément prévisible, la tentative de cacher un document sur l'évolution de l'antisémitisme dans l'UE a obtenu l'effet contraire à celui qui était recherché. On voulait cacher quelque chose, on lui a donné le maximum de visibilité et d'éclat, car tous les médias se sont jetés sur le texte interdit. L' "Observatoire européen sur le racisme et la xénophobie" (sigle anglais: EUMC), organisme qui dépend directement de la Commission européenne, a de toute évidence considéré que la conclusion du document n'était pas "politiquement correcte": les enquêteurs avaient constaté que les responsables de l'augmentation des actes et manifestations d'antisémitisme en 2002 ont été surtout les mouvements d'extrême gauche et des jeunes musulmans, essentiellement arabes. A l'appui d'exemples dans différents Etats membres, les auteurs du document affirment que "des attaques physiques contre des juifs, la profanation et la destruction de synagogues, ont été souvent le fait de jeunes musulmans" et que "ce ne sont pas les partis et les groupes d'extrême droite qui ont joué un rôle décisif", tout en étant eux aussi parfois responsables.

Ces constatations ne correspondent pas au souci principal de l'EUMC, qui est de condamner les comportements racistes contre les immigrés. Intention louable, qui doit être confirmée, mais qui n'autorise pas à cacher d'autres déviations tout autant inadmissibles. D'autant plus que c'est un exercice en pure perte.

La condition nécessaire. Antonio Martino, président en exercice du Conseil "Défense" (qui n'a pas d'existence juridique autonome mais qui se réunit de temps en temps), a estimé que l'UE devrait abandonner à propos de l'Iraq le principe " ni argent ni soldats" et se présenter sur place en tant que telle. J'estime qu'une condition préalable est indispensable pour une telle initiative, à savoir un progrès de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) garantissant qu'à l'avenir toute décision des Etats membres dans des questions fondamentales comme la participation à la guerre en Iraq soit obligatoirement précédée par une consultation entre les Etats membres, pour rechercher une position commune. Mais si certains Etats membres réclament (comme l'a fait encore récemment le ministre britannique des Affaires étrangères) l'autonomie totale des décisions nationales, en dehors de toute procédure commune, alors les gouvernements qui décident tout seuls doivent assumer la responsabilité de leurs actes, sans y impliquer l'Union ni demander a posteriori sa solidarité. Ou bien l'on rentre dans une optique européenne, ou bien on la refuse; dans ce deuxième cas, celui qui a choisi d'être militairement présent en Iraq doit faire face aux conséquences de son choix, surtout si le monde musulman considère de plus en plus les militaires sur place comme une force d'occupation. (F.R.)

 

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