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Bulletin Quotidien Europe N° 8587
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/commission

Le débat sur le programme de la Commission pour 2004 devient une polémique sur le scandale Eurostat et, surtout, sur le manifeste de Romano Prodi sur l'avenir de l'Europe - Incident Prodi-Pöttering

Strasbourg, 18/11/2003 (Agence Europe) - Le débat du Parlement européen, mardi matin, sur le dernier programme annuel de la Commission Prodi a été exploité par de nombreux députés pour soulever en plénière le scandale d'Eurostat déjà abordé à la commission du contrôle budgétaire (voir p.12) et, surtout, est devenue en un affrontement ouvert entre Hans-Gert Pöttering et Romano Prodi sur le "manifeste" publié M. Prodi sur l'avenir de l'Europe, le premier arrivant à menacer de retirer la confiance de son groupe au président de la Commission européenne et le deuxième regrettant que le président du groupe PPE-DE ait les mains liées par les eurosceptiques de son groupe (nous publierons intégralement le texte de M.Prodi dans EUROPE/Documents).

Le débat avait commencé dans une relative sérénité. Premier à tirer, Hans-Gert Pöttering (qui s'était déjà exprimé dans les pages du Corriere della Sera: voir EUROPE du 13 novembre, p.5). Je ne critique pas le contenu du manifeste, mais le fait qu'il s'adresse à un courant politique, la gauche italienne, a répété l'élu de la CDU, en martelant: le Président de la Commission est le président de tous les Européens, et j'espère qu'il fera le nécessaire pour garder jusqu'à la fin de son mandat la confiance que lui avait montrée le groupe PPE-DE en approuvant son investiture. J'ai l'impression que vous faites là une sorte de « crise de jalousie », comme si vous aviez cru que M.Prodi « était à vous, alors que maintenant il passe de l'autre côté » (se rapprochant de la gauche), lui a rétorqué Enrique Baron, président du groupe socialiste. En tant que citoyen, M.Prodi a le droit d'exprimer sa vision du futur de l'Europe, a ajouté le socialiste espagnol, tout en souhaitant que Romano Prodi se situe à l'avenir « dans une position politique et sociale plus avancée ». « La logique du programme de travail de la Commission est exactement la même que celle du manifeste » de Romano Prodi, a estimé pour sa part la coprésidente italienne du groupe Verts/ALE Monica Frassoni (voir plus loin). Le document de M.Prodi s'adresse aussi à des membres de la famille PPE qui n'acceptent pas de « dérive conservatrice », a dit à M.Pöttering Giovanni Procacci, élu des Democratici (une des composantes du centre-gauche qui ont souhaité former une liste unitaire aux élections européennes: voir EUROPE d'hier, p.10). La réaction était évidemment différente chez deux députés de partis appartenant au gouvernement Berlusconi, Roberta Angelilli (Alleanza nazionale) et Francesco Speroni (Lega Nord). Dans son manifeste « électoral », Romano Prodi parle de l'Europe « dont il rêve au lieu de s'occuper de celle qui est là », s'est indignée la première. Et le second a lancé: ce sont de « belles idées, peut-être un peu banales mais qu'on peut partiellement partager »¸mais c'est inacceptable que Romano Prodi s'adresse « à un seul parti, à un seul courant politique », en tournant le regard vers l'Olivier qui, « que je sache, ne pousse pas en Suède ou en Finlande ».

M.Prodi souligne son droit de s'exprimer politiquement - Réaction virulente de M.Pöttering -
Certains députés attaquent M.Prodi, d'autres le défendent

La réplique de Romano Prodi à M.Pöttering a déclenché l'étincelle. M.Prodi a noté que M.Pöttering avait commenté son manifeste dans le Corriere della Sera avant de l'avoir lu; sinon, "vous y auriez retrouvé l'esprit des pères fondateurs et des paroles que vous prononcez lorsque vous ne subissez pas le poids de vos eurosceptiques", a estimé M.Prodi en déchaînant des applaudissements sur certains bancs et des "booh" sur d'autres. Et il a dit à M.Pöttering: "Je me demande pourquoi les propos d'un programme si européen créent tant de trouble, pourquoi vous avez peur de paroles et d'un projet que vous avez toujours si fortement partagé". Ce document "absolument légitime" exprime "mes expériences, mes opinions et aussi mes rêves sur le futur de l'Europe", a insisté M. Prodi, en rappelant que ses prédécesseurs à la Commission avaient participé "intensément" aux activités de partis politiques chez eux, et que le Parlement, PPE compris, a demandé que le président de la Commission européenne soit choisi à l'avenir en tenant compte des résultats des élections européennes.

"Je regrette que vous ne vous engagiez pas sur le pont que je vous ai tendu", a immédiatement réagi Hans-Gert Pöttering, en avertissant: le problème n'est pas le manifeste, mais l'appel à présenter une liste commune à certains partis politiques car il n'est pas admissible que le Président de la Commission interfère dans la politique intérieure d'un pays, d'autant plus s'il est celui de la présidence. "Si vous continuez comme ça, vous n'aurez plus le soutien de mon groupe", a renchéri M. Pöttering, applaudi par les siens. Quant à Enrique Baron, président du groupe socialiste, il s'est limité à répéter que le citoyen Prodi a le droit à une opinion politique, mais que s'il veut être tête de liste aux élections européennes, il devra donner sa démission. Le coprésident du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a rappelé à M. Pöttering que M. Prodi a suggéré depuis juillet dernier de présenter une liste unitaire du centre-gauche aux prochaines élections européennes. Vous vous apercevez seulement maintenant que M.Prodi fait de la politique en Italie, a dit M. Cohn-Bendit à M. Pöttering, en ajoutant: il est absurde que vous lui fassiez des "sermons de morale" alors que "vous voulez protéger Silvio Berlusconi" qui est un mauvais président du Conseil européen; laissez que M. Prodi traverse le pont qu'il veut, et pas celui que vous lui lancez. Tout autre ton chez Cristiana Muscardini (Alleanza Nazionale), qui avertit M.Prodi: nous vous respectons en tant que président de la Commission, mais "nous vous demandons de faire le président de la Commission"; vous avez le droit de faire de la politique nationale, mais pas comme président de la Commission (et elle a aussi remarqué: "M.Pöttering a peut-être deux âmes, mais c'est mieux que de n'en avoir pas du tout"). Le président du groupe Gauche unitaire/NGL, Francis Wurtz, aurait préféré pour sa part que la droite et la gauche s'opposent "sur les politiques de l'Union plutôt que sur les plans de carrière" de ses responsables. Quant au président du groupe libéral Graham Watson, il reconnu qu'une "bataille" est actuellement en cours entre Président du Conseil européen et Président de la Commission et, tout en accordant à ce dernier le droit d'avoir un passé et aussi un avenir politique, il a regretté la teneur du débat. Ce qu'a fait aussi en conclusion le Président Cox, en souhaitant un retour à la sérénité, au moment où l'Union fait face à des défis comme le futur traité constitutionnel et l'élargissement.

Les priorités du programme 2004

Romano Prodi, en présentant son programme, avait estimé que « le projet d'une Union et plus grande et plus forte est à la portée de la main », en constatant notamment que, après deux années difficiles sur le plan économique, « il semble que le pire est derrière nous » et que « un peu » d'optimisme est en train de revenir. M. Prodi a évoqué là les meilleures perspectives de croissance dans l'UE (voir EUROPE du 15 novembre, p.11) et dans les pays adhérents (+3,8% en 2004, selon les estimations), la reprise de la croissance aux Etats-Unis (mais il demeure inquiet pour le fort déficit américain, qui risque de se creuser en raison des dégrèvements fiscaux et de l'Irak), le fait que les nouvelles venant du Japon sont « enfin bonnes » et que la croissance en Asie est estimée à 6,6% en 2004. En esquissant les grandes lignes du programme (voir EUROPE/Documents N. 2334 daté du 6 novembre et N. 2335/2336 daté du 7 novembre), M.Prodi a souligné que les propositions nouvelles sont 73, donc beaucoup moins qu'au cours des dernières années. Et, en rappelant que les priorités de ce programme découlent du dialogue interinstitutionnel impliquant le PE, il a annoncé que la Commissaire chargée des relations avec le Parlement, Loyola de Palacio, discutera de ces priorités avec les commissions parlementaires en avril prochain (la présentation du programme pour 2005 - une responsabilité de la prochaine Commission européenne - sera reportée à décembre 2004, a-t-il aussi indiqué). Parmi ces priorités, M.Prodi a relevé en particulier les futures perspectives financières, en avertissant: « le temps presse », et, « avant de compter, la politique doit avoir la primauté », et il faut donc faire avant tout de la clarté sur les objectifs. M. Prodi a aussi tenu à réaffirmer son attachement au maintien d'un Commissaire par Etat membre, en s'exclamant: je ne suis pas d'accord avec ceux qui estiment que les portefeuilles de la future Commission se réduiront à « une douzaine ». Entre mai et novembre 2004, nous aurons une Commission de trente membres, même si les dix nouveaux Etats membres n'auront pas de portefeuille, a rappelé M. Prodi, en insistant: les Commissaires sont aussi « le visage de l'Europe » dans leur pays, et « je suis convaincu qu'une Commission à 30 membres, et à 25 membres (à partir de novembre 2004) pourra très, très bien fonctionner ».

Programme de la Commission: critiques de Monica Frassoni et Nick Clegg

Interpellé par plusieurs députés au sujet du Pacte de stabilité (y compris par Hans-Gert Pötering, qui a demandé à la Commission d'être aussi sévère envers les grands pays qu'envers les petits), Romano Prodi a réaffirmé que le Pacte, alors qu'il a été "rendu plus intelligent et plus flexible", demeure "le fondement de la défense de l'euro". Quant à l'allusion de M.Pöttering à l'Allemagne, il a remarqué: "je me souviens des sourcils du ministre allemand des Finances (les sourcils très fournis de Theo Waigel: NDLR) qui, lorsque j'étais Premier ministre, m'imposait le Pacte…".

Parmi les députés intervenus sur la substance du programme de la Commission, le libéral démocrate britannique Nick Clegg (qui a voulu faire du concret, à côté des "feux d'artifice" de ses collègues sur des thèmes plus brûlants) a regretté que les priorités de la Commission soient trop "vagues": c'est comme s'il n'y avait pas eu de "vrai choix", s'est-il plaint. La coprésidente des Verts/ALE, Monica Frassoni a renouvelé l'appel à la Commission à proposer un "pacte de stabilité climatique" et a regretté que la dimension environnementale de l'Initiative européenne de croissance ne soit qu'une espèce de « Cendrillon » (nous voulons plus de transparence dans les critères de financement de l'initiative par la BEI, et une plus grande implication du Parlement européen, a-t-elle répété). En outre, en rappelant que le Parlement a demandé à la Commissaire Reding une proposition de directive ou "au moins un Livre vert sur la concentration dans les médias et la liberté de l'information", Mme Frassoni s'interroge: "pourquoi la Commission européenne ne peut-elle rien faire?". La socialiste française Pervenche Berès a, en particulier, espéré pour sa part que, s'agissant de croissance, la priorité sera donnée à l'emploi¸ et elle a regretté une fois de plus que la gouvernance économique ne soit pas davantage prise en compte. Quant au radical italien Marco Pannella, il a noté qu'il n'y avait que 58 députés dans l'hémicycle, même pas un tiers des membres du Parlement. M. Pannella a ironisé: on parle ici de "l'état de l'Union", comme "dans cette Washington que votre Europe déteste". Et il a vitupéré "l'Europe de Vichy, l'Europe mi-pacifiste" pour qui "les Israéliens n'ont pas les même titres d'humanité que les Palestiniens".

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