Strasbourg, 06/06/2003 (Agence Europe) - Au cours d'un débat très rhétorique sur les relations transatlantiques, mercredi, la plupart des groupes politiques du Parlement européen ont souligné que l'UE devait d'abord être capable de renforcer sa politique extérieure et de sécurité commune, afin de devenir un partenaire crédible et égal des Etats-Unis, avant de définir une stratégie sur les relations transatlantiques. Sans volonté politique des Etats membres, la PESC n'aura pas l'élan dont elle a besoin, a souligné la libérale britannique Emma Nicholson. Selon elle, une Europe plus forte est indispensable aussi pour la survie de l'OTAN qui, comme l'ONU, a subi des graves conséquences de la guerre en Irak. Tassos Giannitsis, au nom du Conseil, préconise une approche globale et plurielle pour relancer le dialogue entre l'UE et les Etats-Unis en tenant compte des dimensions politique, économique et législative. L'amélioration des capacités militaires de l'UE constitue une condition pour relancer ce partenariat et, à cette fin, Javier Solana, le Haut Représentant de l'UE pour la PESC, présentera au Sommet de Thessalonique un « concept stratégique » pour l'UE, a-t-il rappelé. Enfin, M. Giannitsis invite le Parlement à participer au dialogue transatlantique en renforçant sa coopération avec le Congrès américain (le conservateur britannique James Nicholson préside la délégation PE/Congrès: NdlR). Chris Patten, Commissaire aux relations extérieures, veut modérer ceux qui souhaitent une révision complète des relations transatlantiques. Malgré certaines divergences, la coopération entre l'UE et les Etats-Unis a fait ses preuves dans de nombreux domaines (lutte contre le terrorisme, Balkans, reconstruction de l'Afghanistan) et doit se poursuivre, estime le Commissaire.
Pour le PPE/DE, le Britannique James Elles affirme qu'avant de définir une stratégie sur les relations que l'UE veut entretenir avec les Etats-Unis, il faut définir une stratégie à long terme pour la PESC car « c'est là que le bât blesse ». Parallèlement, M. Elles défend l'idée de renforcer les relations économiques avec les Etats-Unis et de créer un véritable « marché transatlantique ». Très critique sur l'attitude de l'administration Bush, l'Espagnol Raymon Obiols, au nom du PSE, pense que « avec la nouvelle administration conservatrice, il y a eu un changement radical de l'attitude des Etats-Unis »: elle a remplacé la dissuasion par « l'attaque préventive » et le multilatéralisme par « des alliances au cas par cas » où la subordination aux Etats-Unis est la règle, proteste-t-il. Pour le Néerlandais Bob Van den Bos, parlant pour les libéraux, l'UE ne peut être un véritable partenaire des Etats-Unis que si elle est unie. « Il n'y a pas de place pour les excès nationaux », met-il en garde. Pour l'Espagnol Pedro Marset Campos, qui s'exprimait pour la GUE/NGL, il faut « éviter la nouvelle menace représentée par l'administration Bush ». L'Allemand élu en France Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts/ALE, a fustigé « l'idéalisme » du Parlement. Pour lui, la vraie question est: « avons-nous obligatoirement les mêmes intérêts que les Etats-Unis ? ». Selon lui, la réponse est « non », et c'est pourquoi « nous devons d'abord définir nos intérêts et notre doctrine avant de discuter avec les Etats-Unis ». Pour le socialiste français Harlem Désir, le gouvernement Bush a « utilisé le traumatisme du 11 septembre pour imposer son agenda » d'avant les attentats. Selon lui, « soit on se soumet (aux Etats-Unis) et on les accompagne dans le ridicule (…), soit on décide que l'UE peut faire des choix et on renforce notre politique extérieure et de sécurité ». Enfin, le conservateur britannique Geoffrey Van Orden estime que les différends de l'Allemagne et de la France avec les Etats-Unis ne sont pas représentatifs de la position générale de l'UE. « Nous devons renforcer notre relation transatlantique », a-t-il insisté, en disant ne pas comprendre ceux qui veulent un débat sur une politique extérieure et de sécurité de l'UE sans les Etats-Unis.