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Bulletin Quotidien Europe N° 8439
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JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/etats-unis

Javier Solana énonce quatre "principes" permettant de rétablir "un dialogue civilisé et des approches communes"

Cambridge, 08/04/2003 (Agence Europe) - Le Haut Représentant pour la PESC Javier Solana, dans un discours intitulé "Vénus et Mars réconciliés- Une nouvelle ère pour les relations transatlantiques" prononcé à la Kennedy School of Government (Université de Harvard, Cambridge), a souligné la distance qui sépare le climat des relations transatlantiques aujourd'hui de celle de l'époque de John Kennedy, qui avait proposé une "déclaration d'interdépendance" entre "la nouvelle union qui émerge en Europe et la vieille union américaine". Aujourd'hui, les analyses de Robert Kagan ont entraîné des "exagérations et simplifications", selon lesquelles les Européens et les Américains habiteraient différentes "planètes", remarque-t-il, en lançant: "je viens de Vénus (...), pusillanime, molle et faible militairement et politiquement. Vous venez de Mars, puissant, virile et dynamique (...). Entre les deux, dans le cosme, il y a une planète, c'est la terre, une planète que nous devrons partager dans le futur prévisible". La crise irakienne n'est pas le premier cas de divergences transatlantiques au sujet de "la sagesse du recours à la force", remarque l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, qui cite un exemple qui remonte à quelques semaines, celui du bateau transportant des missiles de la Corée du Nord au Yémen et qui avait été abordé, "au milieu de l'Océan Indien, par des hélicoptères" - une "opération militaire plutôt audacieuse" qui avait été interrompue parce que "les avocats d'un autre pays" avaient décidé qu'elle était illégale. Qui avait mené l'opération?, demande M. Solana. Des Européens, des Espagnols, en fait. Qui avait insisté sur les normes juridiques internationales? Le gouvernement américain.

M. Solana reconnaît le "sentiment de crise" qui caractérise aujourd'hui les relations transatlantiques, et l'explique par le fait que "nous sommes à un tournant" la guerre en Irak "est quelque chose de nouveau, elle pourrait être la première guerre d'une nouvelle ère", et elle est une "dramatique démonstration de la domination américaine au moment où la vulnérabilité américaine est ressentie comme jamais auparavant". L'Europe désire vivement mettre fin à ces divisions, et nous devons donc "travailler ensemble pour rétablir un dialogue civilisé et des approches communes", affirme M.Solana, qui exhorte les partenaires transatlantiques à aborder "certaines questions sérieuses", qui touchent à "l'ordre mondial". Les problèmes sont communs, insiste-t-il, en notant que "l'Europe sera bien avant les Etats-Unis à la portée de missiles potentiellement hostiles venant de beaucoup de pays qui nous préoccupent (...). Nous avons aussi souffert du terrorisme, depuis beaucoup d'années (...). Les Etats défaillants posent de réels problèmes, comme nous l'avons vu en Somalie et en Afghanistan". Quant au conflit israélo-palestinien, M. Solana rappelle que, il y a deux ans, il était membre du Comité Mitchell, en déplorant: "Les idées avancées alors étaient justes. Nous savions où nous devions aller, mais le fait est que nous ne sommes arrivés nulle part (...). Entre-temps, il y a eu plus de 2000 morts (...). Je salue donc ce que le Président Bush a dit sur la feuille de route. Il est temps de l'appliquer".

Pour redonner un sens à la relation transatlantique, M.Solana suggère "quatre principes": - réaffirmer que "nous sommes des partenaires et des alliés". "Traitez vos amis comme des alliés, et ils se comporteront comme des alliés", martèle l'ancien Secrétaire général de l'OTAN, en mettant en garde: "L'alternative serait de choisir vos partenaires comme des outils dans un boîte (...). La plupart de nous préfèrent être appelés "allié" ou "partenaire" plutôt qu'un "outil" dans une boîte"; - disposer de "capacités effectives" auxquelles tous contribuent. M.Solana reconnaît que certaines critiques américaines à l'insuffisance des efforts de défense de l'Europe sont justifiées, mais rappelle aussi les "réels progrès" faits dernièrement, en notant que "la sécurité, aujourd'hui, est un concept multidimensionnel". Ainsi, on peut se demander si un porte-avions apporte plus de sécurité que l'effort de maintien de la paix ou la reconstruction dans des Etats défaillants; - utiliser ces capacités pour "s'attaquer aux causes" des problèmes (comme "l'environnement politique dans lequel pousse le terrorisme"). En citant le président Bush ("nous devons confronter les pires menaces avant qu'elles n'éclatent"), M. Solana précise: "pour nous, ceci s'applique certainement à des questions comme le changement climatique, le développement durable et les conflagrations régionales"; - agir ensemble pour renforcer "un monde fondé sur des règles". "La puissance et la loi sont les deux faces de la même médaille", constate M.Solana à propos des différentes "méthodes" pratiquées des deux côtés de l'Atlantique. Et, en soulignant que "la force doit s'appuyer sur la légitimité", il ajoute: "une approche fondée sur des règles n'est pas un complot" contre les Etats-Unis, mais un moyen pour l'Amérique de rester une "puissance mondiale bénigne". Car, met-il en garde, les alternatives ne sont guère "attrayantes": l'isolement, la "domination par la force" (voulons-nous "revenir à la politique de l'homme des cavernes, où le type qui a la plus grande massue gagne- jusqu'au prochain coin?"). En admettant que l'Union européenne n'est pas toujours "un sujet facile à traiter", M. Solana demande aux Américains de ne pas tenter de diviser l'Europe pour régner. Et il conclut: "nous n'avons pas le luxe de vivre sur des planètes séparés (...). Je crois me souvenir que Mars trouvait la paix seulement dans les bras de Vénus. Et leur magnifique fille n'était-elle pas la déesse Harmonie?".

 

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