Bruxelles, 27/11/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a sanctionné lourdement un cartel de longue durée dans le secteur des plaques de plâtre (« gyproc » en Belgique et « placoplâtre » en France) en imposant à ses quatre membres (BPC, Knauf, Lafarge SA et Gyproc Benelux) une amende d'un montant total de 478 millions d'euros. Il s'agit de la deuxième amende la plus élevée imposée à ce jour par la Commission après « l'affaire des vitamines » en décembre 2001 (855,23 millions d'euros). L'amende adressée à Lafarge est aussi la troisième plus grande infligée à une seule compagnie dans une affaire. Ce montant particulièrement élevé reflète la taille du marché (plus de 1,2 milliard de chiffre d'affaires en 1997, la dernière année complète de l'infraction), l'impact de l'entente pour le consommateur (le produit est largement utilisé dans la construction mais aussi par les particuliers), sa durée (plus de six ans et demi) et le comportement récidiviste de deux des compagnies (Lafarge et BPB).
L'enquête avait débuté en 1998 avec des inspections surprise dans les locaux des sociétés concernées. Les informations récoltées ont permis à la Commission d'établir qu'entre 1992 et 1998, les sociétés britannique BPB PLC, allemande Gebrüder Knauf Westdeutsche Gipswerke KG et française Société Lafarge SA avaient constitué un cartel dans les plaques de plâtre au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et dans les pays du Benelux, rejoints par le belge Gyproc Benelux SA/NV en 1996. Cette entente était d'autant plus préjudiciable aux consommateurs que ces entreprises produisaient ensemble la quasi-totalité des plaques dans les pays concernés. L'origine du cartel a été une réunion début 1992, au cours de laquelle les représentants de BPB et Knauf ont décidé de mettre fin à une « guerre des prix » et exprimé une volonté commune de réduire la concurrence sur les marchés allemand, français, britannique, belge, néerlandais et luxembourgeois. Un système d'échange d'informations secret avait alors été mis en place visant à surveiller l'évolution du marché et à éviter une concurrence trop agressive. Lafarge, et ensuite Gyproc, ont adhéré à ce système, respectivement au milieu de 1992 et en juin 1996. La Commission a pu rassembler les preuves que, sur le marché britannique, BPB, Knauf et Lafarge se sont, à diverses reprises, informés réciproquement et à haut niveau de leurs volumes de ventes, de même que des hausses de prix prévues. Des dirigeants se sont également rencontrés en 1996 afin d'éviter une nouvelle guerre des prix en Allemagne au milieu des années 90, réunion suivie de deux autres en 1997 et 1998 en vue de répartir et de stabiliser leurs parts de marché en Allemagne. Ces rencontres ont donnée lieu à des concertations entre les quatre sociétés sur l'application de hausses de prix sur le marché allemand entre 1996 et 1998. En avril 2001, la Commission a envoyé une communication de griefs aux entreprises suivie, aujourd'hui, par l'imposition d'une amende de 249,6 millions d'euros à Lafarge, première compagnie de ciment mondiale dont la taille est de loin supérieure à celle des autres entreprises. Des amendes moindres ont été infligées à BPB (138,6 millions d'euros) à Knauf (85,8 millions d'euros) et à Gyproc Benelux (4,32 millions d'euros). Lafarge et BPB ont été plus durement sanctionnés car ils ont fait preuve de récidive (Lafarge avait déjà été sanctionné en 1994 pour un cartel dans le ciment et BPB dans un cartel dans le carton, en 1994 également). Aucun facteur n'a pu, en outre, atténuer le montant de l'amende imposée à Knauf et Lafarge qui, au contraire de BPB et Gyproc, n'ont pas coopéré à l'enquête. Les entreprises disposent de trois mois pour payer l'amende dont le montant sera versé au budget communautaire.