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Bulletin Quotidien Europe N° 8122
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le succès de l'euro couronne une année positive pour l'UE et confirme le renforcement du "modèle européen"

Le vent a changé de direction. Consacrer le premier commentaire de l'année nouvelle au bilan de l'année précédente, c'est une cérémonie presque obligatoire à laquelle je n'entends pas me soustraire, même s'il n'y a pas de surprise pour le lecteur qui aurait eu la patience de suivre assez régulièrement cette rubrique. Pas de surprise, car je ne vais pas me dédire. Je répète depuis le printemps dernier que les critiques envers l'Europe avaient dépassé les limites du raisonnable et que l'auto-flagellation excessive apportait de l'eau au moulin des eurosceptiques, surtout lorsque le dénigrement systématique s'étendait jusqu'à l'action et aux objectifs des "pères de l'Europe". Il est vrai qu'au cours d'un demi-siècle, de nombreuses lacunes et déviations sont apparues, et que l'Europe a été saisie d'une "maladie de langueur" qui a longtemps freiné ses élans, tari les imaginations et découragé les opinions publiques; mais ces constatations ne doivent pas investir les objectifs et les principes ni remettre en cause l'utilité et les mérites de l'aventure européenne en elle-même.

La direction du vent a heureusement changé. La réaction contre le pessimisme à la mode et contre le dénigrement systématique de la construction européenne n'est plus le fait d'un commentateur isolé mais prend de l'ampleur, et le succès de l'euro a fortifié cette tendance. Le rééquilibrage dans l'évaluation de la réalité européenne a été progressif. Mais si je devais choisir un moment symbolique, je citerais le discours de Birmingham de Tony Blair, qui a su résumer en quelques phrases ailées, à l'intention de ses compatriotes (lesquels ont souffert plus que d'autres d'une présentation biaisée de la réalité par une grande partie de la presse nationale), les ambitions et les résultats de l'entreprise européenne: "cela a marché en rendant amis les anciens ennemis (…), en rendant la guerre entre eux non seulement impensable mais matériellement impossible (…). Cela a marché en les rendant plus riches, cela a marché en faisant d'eux une force reconnue dans le monde. L'histoire de nos attitudes à l'égard de l'Europe est une histoire de chances ratées au nom d'illusions (…). Si cette pitoyable histoire nous apprend une leçon tout à fait claire, elle est la suivante: l'UE a réussi et réussira".

Un supplément d'âme. Le discours flamboyant de Tony Blair a été suivi d'autres prises de position significatives, y compris de la presse britannique. Le très sérieux « Economist » a qualifié de non-sens l'affirmation selon laquelle l'UE serait en train de perdre le "momentum" nécessaire pour progresser, et après avoir cité l'arrivée de l'euro, l'élargissement, la force d'intervention militaire et l'espace commun de liberté, sécurité et justice, il a conclu: "et ceci serait-il une stagnation?". Le rôle de l'UE dans le sauvetage du protocole de Kyoto a été unanimement reconnu dans le monde. Après une attaque particulièrement injuste et mesquine à l'action de Pascal Lamy en faveur d'une nouvelle négociation commerciale internationale, le directeur général de l'OMC Mike Moore (Néo-Zélandais, ce qui est significatif) a écrit: "c'est M. Lamy qui a conduit la bataille pour l'accès des pays les moins développés aux marchés. Le rôle du Commissaire Lamy pour obtenir une dérogation en faveur des pays ACP pour leur accès préférentiel au marché européen a été ouvertement acclamé. C'est M.Lamy qui s'est battu et a obtenu des progrès sur le lien entre commerce et environnement, sur l'accès aux médicaments, sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce."

Cette affirmation de Mike Moore m'amène directement à l'essentiel. Le jugement largement positif sur l'année européenne 2001 ne se fonde pas seulement sur les résultats qui sont sous les yeux de tous, parfois spectaculaires comme l'arrivée de l'euro, ou visant l'avenir comme les stratégies de Lisbonne et de Stockholm ; il se réfère aussi au "supplément d'âme" que l'UE introduit progressivement dans ses politiques. Oui à la mondialisation, à la condition qu'elle soit maîtrisée et tempérée par des considérations environnementales et sociales; oui à la libération des échanges, à la condition d'une ouverture spécifique des marchés en faveur des pays en développement; oui à l'adhésion de nouveaux membres et à l'établissement de liens avec tous les pays du monde, à la condition qu'ils respectent la liberté, l'Etat de droit et les droits individuels; et ainsi de suite. Les résultats sont encore très partiels, c'est vrai, mais les orientations sont de plus en plus fermes. De plusieurs points de vue, l'Europe a pris la tête des efforts visant à introduire même dans la politique et dans l'économie certains principes éthiques. Les revendications raisonnables et justifiées des contestataires et des ONG de bonne foi trouvent dans les positions européennes beaucoup plus qu'un simple écho: elles représentent souvent la position officielle de l'UE, même si ce mérite lui est très rarement reconnu par ceux qui préfèrent une popularité facile et la visibilité personnelle à l'efficacité. Et ce n'est pas un hasard si le dernier Eurobaromètre indique un renouveau de confiance de l'opinion publique dans l'action de l'UE, et confirme une demande claire de "davantage d'Europe" de la part du citoyen et un certain optimisme pour l'avenir. La déclaration de Laeken a ouvert le processus qui conduira au renouveau de l'Europe: nouveaux objectifs, nouvelles ambitions, nouvelles méthodes de travail. (F.R.)

 

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