Bruxelles, 22/09/2001 (Agence Europe) - Le Conseil européen extraordinaire réuni vendredi soir à Bruxelles pour définir, au plus haut niveau, la réponse de l'Union européenne aux attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis, a abouti à la confirmation de la solidarité concrète de l'UE avec le peuple américain, mais aussi à une série d'engagements en matière de lutte contre le terrorisme qui dépassent les tragiques événements des derniers jours et qui exigeront de sérieux efforts de la part de certaines formations du Conseil de l'Union particulièrement concernées, - Transports et Justice/Affaires intérieures -, le Conseil Affaires générales étant chargé de la coordination de toutes ces actions, et de faire rapport au Conseil européen de Gand du 19 octobre. La Commission européenne, elle, est chargée de présenter au Sommet informel de Gand une analyse de la situation économique après le choc provoqué par les attentats, et de faire des recommandations aux chefs d'Etat et de gouvernement. Les pays candidats à adhérer à l'UE ont été invités à se joindre aux conclusions du Conseil européen extraordinaire du 21 septembre. M. Verhofstadt se rend jeudi à Washington pour informer les Américains de ces conclusions.
Lors de ce sommet, « nous avons donné une réponse claire de l'UE au terrorisme », et, dans nos conclusions, « nous indiquons tout de suite que nous rejetons toute assimilation entre le terrorisme fanatique et le monde arabe et musulman », a dit lors de sa conférence de presse le Président du Conseil européen Guy Verhoftsadt, qui a souligné par ailleurs l'importance, dans ces conclusions, de la reconnaissance de la légitimité de la riposte américaine aux attentats, en vertu de la Résolution 1368 du Conseil de sécurité (voir le texte intégral des conclusions en annexe). Les conclusions affirment aussi que l'Union appelle à une coalition globale aussi vaste que possible contre le terrorisme, « sous l'égide des Nations Unies », que la riposte doit être ciblée, et que les Etats membres de l'UE pourront s'engager dans de telles actions , chacun selon ses moyens.
Cette dernière nuance s'imposait pour certains Etats membres - les pays neutres évidemment, mais aussi un pays comme la Grèce, dont le Premier ministre Kostas Simitis a salué en particulier la référence aux Nations Unies. Le texte final a paru équilibré aussi au Premier ministre suédois Göran Persson, qui a rappelé par ailleurs le souhait de Stockholm de voir l'UE progresser dans la création d'un espace de liberté et de justice, et au Premier ministre finlandais Paavo Lipponen qui, tout en reconnaissant le droit des Etats-Unis d'agir, a noté que certaines expériences du passé, comme les interventions au Soudan et en Afghanistan, n'étaient pas de francs succès… Combien d'Etats membres ont-ils tenu à ce changement dans la formulation des conclusions, afin de préciser clairement que chaque pays contribuera « selon ses moyens » ? A cette question, Guy Verhofstadt a répondu, dans sa conférence de presse finale: « le texte est resté le même, sauf que les mots "Union européenne" sont devenus « les pays membres », à cause du Traité » et des limites qu'il comporte. « Le texte est très clair, c'est la forme la plus avancée de solidarité à l'égard des Etats-Unis, exprimée dans des termes aussi clairs que possible », a répété le Premier ministre belge.
Au-delà de la solidarité concrète manifestée à l'égard des Etats-Unis (le Premier ministre néerlandais Wim Kok a été l'un de ceux qui sont allés le plus loin dans l'expression de cette solidarité, comme il l'avait déjà fait devant son parlement), le Sommet a approuvé un « plan d'action » dont M .Verhofstadt a esquissé les grandes lignes (voir les détails dans les conclusions), évoquant en particulier:
1. le renforcement de la coopération policière et judiciaire, dans la ligne des orientations du Conseil Justice/Affaires intérieures du 20 septembre. En ce qui concerne en particulier l'établissement d'un mandat d'arrêt européen, M.Verhofstadt s'est exclamé: « ça va plus loin que le JAI d'hier ! » (puisque le Conseil est invité à fixer les modalités de ce mandat au plus tard les 6/7 décembre). De même, la mise en place d'une équipe antiterroriste auprès d'Europol est demandée « dans six mois maximum, pas six mois renouvelables », a-t-il remarqué. Et il a aussi mis en exergue la demande au Conseil JAI, d'établir une liste commune des organisations terroristes.
2. le développement des instruments juridiques internationaux, y compris la proposition de l'Inde d'élaborer à l'ONU une convention générale contre le terrorisme, alors que les conventions existantes sont sectorielles.
3. la lutte contre le financement du terrorisme, notamment par le biais de la directive sur le blanchiment de l'argent. Le Conseil européen a demandé au Conseil et au Parlement d'adopter enfin cette directive, il l'a clairement dit à « Madame Fontaine, qui était là », a commenté M.Verhofstadt.
4. le renforcement de la sécurité aérienne, avec des demandes précises adressées au Conseil Transports du 15 octobre.
Outre les assurances données à Washington et ce plan d'action concret, le Sommet a:
insisté sur l'engagement de l'Union dans le monde, en évoquant en particulier le Proche-Orient (voir plus loin) et le problème des réfugiés, en demandant à la Commission d'établir d'urgence un programme d'aide, en particulier pour les réfugiés afghans - au Pakistan, en Iran, en Ouzbékistan et au Kazakhstan, a précisé M.Verhofstadt.
invité la Commission européenne à présenter une analyse et des recommandations sur l'évolution de l'économie mondiale au Sommet de Gand. « On reste tout à fait attachés au Pacte de stabilité, qui est pour nous (…) la Bible », a remarqué M.Verhofstadt en se tournant vers le Président de la Commission européenne Romano Prodi, qui a dit tout bas «"presque" la Bible », en provoquant la réaction immédiate du Président du Conseil européen ;: « Non, non, la Bible ! C'est dangereux de dire « presque » … ».
Romano Prodi: il faut donner une nouvelle impulsion au processus de Barcelone
La crise actuelle « doit servir à catalyser un sérieux effort visant à s'attaquer à tous les aspects de la mondialisation et donc aussi à l'écart croissant entre nantis et non nantis, la détérioration de l'environnement, la criminalité internationale, l'immigration clandestine », a affirmé dans son intervention au Sommet le Président de la Commission européenne Romano Prodi, qui a souligné en particulier la nécessité de:
renforcer la sécurité intérieure de l'UE, ce qui signifie notamment améliorer la sûreté nucléaire et « adopter des mesures contre le bioterrorisme et la guerre chimique ».
développer la participation « active » de l'UE au règlement des crises internationales et à la prévention des conflits, ce qui exige en particulier une multiplication des efforts à l'égard des pays de la Méditerranée. « Le processus de Barcelone n'a pas obtenu les résultats espérés, et il faut lui donner une nouvelle impulsion en renforçant et en repensant ses structures et ses politiques », a dit M.Prodi. Et il aussi relevé « la courageuse décision du Pakistan d'appuyer la guerre contre le terrorisme », en indiquant que la Commission est en train de s'organiser pour fournir des aides humanitaires (le problème des réfugiés dans la région va s'empirer « de manière démesurée », a-t-il averti).
-sauvegarder la stabilité économique, ce qui veut dire que « nos citoyens (…) doivent savoir que, en cas de besoin, nous sommes prêts à intervenir ». Nos opinions publiques, a affirmé M.Prodi, « doivent comprendre que nous sommes prêts à agir collectivement si la situation l'exige. Nous nous reconnaissons pleinement dans le Pacte de croissance et de stabilité. Même s'il prévoit des « circonstances particulières », c'est clair que pour l'instant nous ne les avons pas encore atteintes, et nous ne prévoyons pas de les atteindre dans le proche avenir ». M. Prodi a conclu que la Commission est prête à faire, à Gand, des "recommandations éventuellement nécessaires en vue du renforcement des décisions déjà prises à Lisbonne" (au Sommet de mars 2000).
M. Chirac insiste sur le rejet de tout amalgame
A propos de ce sommet «nécessaire pour marquer la cohésion de l'Union européenne » et « utile pour clarifier certains problèmes et adopter une position commune », le président Jacques Chirac a dit qu'il a été « bien préparé et bien conduit par la Présidence belge » et il a rendu hommage à Louis Michel (en saluant tout particulièrement la manière dont il avait représenté l'UE à Durban). L'unanimité s'est faite tout de suite pour réaffirmer la solidarité avec les Etats-Unis, a expliqué le président français en soulignant qu'il s'agissait d'une « solidarité du cœur mais aussi d'une solidarité de la raison » face au terrorisme. Il a insisté, comme M. Verhofstadt, sur le fait que la déclaration commence par « un rejet formel de tout amalgame », qui serait « profondément injuste » pour les populations arabes et musulmanes, mais qui est aussi « un piège tendu par les terroristes ». « Les terroristes n'incarnent aucune civilisation », a dit M. Chirac en condamnant la théorie du « choc des civilisations » dans laquelle ils voudraient entraîner nos sociétés. Et d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'un combat de « l'Occident contre le terrorisme » mais du « monde contre le terrorisme ». Après avoir insisté sur « le rôle décisif de l'ONU », il a aussi plaidé pour une aide accrue aux réfugiés afghans. Quant à la situation économique dans l'UE, il a déclaré: « Il y a certes des incertitudes et des difficultés. Nous les surmonterons ». Interrogé sur le soutien que pourrait fournir les Européens à la riposte militaire américaine, il a dit qu'il faut attendre que les Etats-Unis prennent leur décision et présentent leurs demandes. Quant à la responsabilité de Ben Laden, il a dit: « Les Américains en ont acquis la certitude. Nous n'avons pas de certitude absolue, mais tout converge dans ce sens ». Après avoir longuement évoqué la catastrophe qui a frappé vendredi la ville de Toulouse - ce qu'avait aussi fait M. Chirac - le Premier ministre Lionel Jospin a surtout insisté sur la nécessité de créer un mandat d'arrêt européen, mais il a reconnu que cela posera des problèmes. Il a souhaité que la directive sur le blanchiment soit adoptée avant la fin de l'année.
M.Schröder parle d'un combat pour la culture qui doit être mené par une coalition mondiale
« Il ne s'agit pas d'un combat contre l'islam » ni d'un « combat contre des cultures mais d'un combat pour la culture », a martelé le chancelier allemand Gerhard Schröder en soulignant, lui aussi, la nécessité d'une « coalition mondiale » contre un terrorisme qui s'appuie sur « un emploi abusif des religions ». Résumant les conclusions des Quinze, M. Schröder a surtout insisté sur le caractère ciblé que devra revêtir la riposte américaine pour obtenir le soutien des Etats membres de l'UE et sur la concertation qui devra la précéder. Après avoir plaidé pour la reprise du processus de paix au Proche-Orient, il est aussi revenu sur le message de confiance que les Quinze ont tenu à adresser aux acteurs économiques et il a salué la rapidité avec laquelle la Banque centrale européenne a réagi, de concert avec la Réserve fédérale américaine, après les attentats de New York et de Washington.
Mission de M. Straw au Moyen-Orient
Nous pensons que tous, qu'ils soient musulmans, chrétiens ou d'autres religions, doivent se mobiliser contre la menace du terrorisme, parce que ce que nous avons vu le 11 septembre et qui ne s'est plus vu depuis des décennies nécessite une coalition internationale, a expliqué le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw qui a indiqué qu'il se rendra la semaine prochaine successivement en Jordanie, Iran, Israël, Palestine et Egypte. Répondant à un journaliste, il a justifié l'étape iranienne par la réaction très forte des autorités de ce pays contre les attentats perpétrés aux Etats-Unis.
M. Berlusconi: l'Occident a réagi avec sagesse
Le Sommet nous a permis de « dire aux Américains que nous sommes avec eux », a commenté le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi. Il a estimé que «nous avons affaire à un terrorisme nouveau, qui paraît venir de factions intégristes du monde islamique qui veulent opposer un frein à ce qu'ils perçoivent comme l'oppression de la civilisation occidentale sur la civilisation islamique. Au nom de la supériorité de la spiritualité de l'Islam sur le matérialisme occidental, ils se sont attaqués aux symboles du libre échange à travers le World Trade Centre, de la diplomatie américaine à travers le Pentagone, avant d'échouer sur le symbole de la puissance politique: la Maison blanche ». Selon lui, les terroristes souhaitaient une réaction du monde occidental contre les pays arabes qui aurait déclenché une guerre de religion. « Cette réaction n'a pas eu lieu, parce que l'Occident a réagi jusqu'ici avec sagesse », a-t-il commenté. « Il s'agira d'une longue lutte (…) A l'aube du XXIème siècle, nous avons le devoir de porter en avant cette civilisation plus avancée que celles qui sont restées dans le passé ou même au Moyen-âge (…). Le monde occidental doit être plus généreux en diffusant un modèle d'organisation de l'Etat, de l'administration publique, du système juridique etc. », a estimé le premier ministre italien. Selon lui, les pays occidentaux ont le devoir de lutter contre la pauvreté dans les pays en développement, y compris pour des « raisons égoïstes et pour éviter que ne se diffusent les épidémies, pour réduire les migrations non soutenables et les dangers du fondamentalisme ».
M. Aznar: une étape historique dans la lutte contre le terrorisme
Le premier ministres espagnol, José Maria Aznar, a parlé d'une « journée fondamentale dans la lutte contre le terrorisme en Espagne », en insistant sur la création du mandat d'arrêt européen. « L'action commune contre le terrorisme s'est mise en route de manière implacable », a-t-il déclaré, en soulignant que l'UE est « finalement arrivée à une politique pour laquelle l'Espagne a œuvré depuis si longtemps ». Il s'agit pour José Maria Aznar d'une « étape dans l'histoire de l'Union européenne ». Il a indiqué que l'Espagne « n'exclut rien sur une éventuelle contribution espagnole aux futures opérations ».