Bruxelles, 30/08/2001 (Agence Europe) - Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi, de réduire ses taux directeurs d'un quart de point. Le taux plancher utilisé pour les opérations de refinancement des banques (le taux directeur) passe donc à 4,25%, contre 4,50% jusqu'à présent, le taux de la facilité de prêt marginal de 5,50 à 5,25% et celui de la facilité de dépôt de 3,50 à 3,25%. C'est la deuxième fois depuis le début de l'année que la BCE baisse le loyer de l'argent.
Ce faisant, l'institution a pris acte du ralentissement économique européen, « plus profond qu'initialement prévu », selon le Président de la BCE, Wim Duisenberg. Depuis quelques mois, la croissance des Douze a brutalement rétrogradé, rendant souhaitable un assouplissement de la politique monétaire. Le tassement de l'activité, particulièrement sensible en Allemagne où le PIB a stagné au deuxième trimestre, a touché les autres grands pays de la zone euro, à commencer par l'Italie et la France. Même si, ce n'est pas leur mission première, comme ils aiment à le rappeler, les banquiers centraux ne pouvaient pas se désintéresser plus longtemps d'un ralentissement ayant un effet sur le niveau de l'inflation. Celui-ci s'est d'ailleurs fortement détendu au cours des deux derniers mois. La hausse des prix s'est établie à 2,8% en juillet, alors qu'elle atteignait 3,4% au printemps. Certes, l'inflation est toujours largement supérieure aux 2% retenus par la BCE pour la définition de la stabilité des prix. Mais la diminution du prix du pétrole et la remontée de l'euro devraient permettre à l'inflation de se rapprocher de ce seuil psychologique dans les prochains mois.
M. Duisenberg a justifié cette décision, lors d'une conférence de presse, par le fait que « les éléments dont nous disposons » indiquent « une amélioration des perspectives en matière d'inflation ». Selon le président de la BCE, différentes considérations techniques amènent à minimiser la signification de la tension récente sur la masse monétaire M3, indice qui aurait pu plaider pour une stabilité des taux d'intérêt. Cette augmentation « transitoire » de M3 résulterait à la fois d'un « tassement de la courbe des taux et de la faiblesse des marchés boursiers qui ont rendu plus attractive la détention de liquidités ». Les ménages ont, par ailleurs, « augmenté leurs encaisses de transactions pour faire face à l'augmentation des prix de l'énergie et de l'alimentation ».
En revanche, a-t-il insisté, on observe « des signaux clairs » de diminution des tensions inflationnistes du côté de la demande. La croissance du PIB en 2001 sera « très probablement plus faible que ce à quoi on s'attendait voici quelque mois » en raison de la faiblesse de la demande extérieure qui s'est illustrée par la « lente reprise » de l'activité économique aux Etats-Unis et la « faiblesse persistante » de l'économie nippone, a-t-il estimé. En outre, la demande des consommateurs européens a été affectée par l'impact des hausses récentes des prix à la consommation sur leur revenu disponible, « tous ces facteurs ont un impact négatif sur l'investissement », a résumé M. Duisenberg.
Parmi les signes encourageants, le président de la BCE a relevé: - la baisse prévue des prix à la consommation qui devrait exercer une poussée sur la demande intérieure ; - la réduction d'impôts dans certains pays ; - les bonnes conditions de financement ; - la modération salariale observée au premier trimestre 2001. Il s'est inquiété de l'éventualité que le ralentissement économique puisse inciter certains Etats membres à ne pas respecter strictement leurs engagements pris dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. « On ne peut laisser jouer pleinement les stabilisateurs automatiques » a-t-il rappelé, « que dans les pays dont la situation budgétaire est proche de l'équilibre ou en excédent ». M. Duisenberg a aussi renouvelé son appel traditionnel aux réformes structurelles en matière de fiscalité, de retraites et de marché du travail.
La BCE a dévoilé pour la première fois, jeudi, les billets en euros qui vont commencer à sillonner l'Europe, à partir du 1er septembre, pour être remis progressivement aux banques et aux commerçants. Les 303 millions de consommateurs de la zone euro devront, eux, attendre le 1er janvier 2002 pour disposer des nouvelles coupures. Le calendrier de pré-alimentation des banques et des commerçants en billets en euro (près de 15 millions seront produits dans l'UEM) varie en fonction des pays. L'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg, l'Irlande et la Finlande ouvriront le feu en distribuant à partir de septembre les nouveaux billets aux banques commerciales. Dans les trois premiers pays, commerçants et transporteurs de fonds seront aussi pré-alimentés dès septembre, dans les deux autres durant les mois suivants. En Grèce et au Portugal, les banques recevront les premiers billets à partir du mois d'octobre, et les commerçants en décembre. En Belgique et en Espagne, la distribution des billets aux banques commencera à partir de novembre et aux commerçants en décembre. En Italie, les billets seront livrés aux banques à la mi-novembre et les commerçants ne les auront que les derniers jours de décembre. Les retardataires sont la France et les Pays-Bas qui ne livreront les billets, à la fois aux banques et aux commerçants, qu'à partir du 1er décembre. La distribution des quelque 50 milliards de pièces aux banques, qui pose des problèmes logistiques plus ardus en raison du poids du métal, commence dans la plupart des douze pays dès le mois de septembre.