Bruxelles, 30/08/2001 (Agence Europe) - La Commission européenne a ouvert une nouvelle procédure contre Microsoft en lui adressant une lettre de griefs à propos de l'interopérabilité du système d'exploitation Windows 2000, lancé en février 2000, et de l'intégration du "Media Player" dans les systèmes Windows. Les services de la concurrence estiment que Microsoft abuse de sa position dominante sur le marché des systèmes d'exploitation, interface entre les PC et les logiciels, pour tenter de dominer également le marché des serveurs.
La Commission reproche en particulier à la multinationale américaine de: 1) cacher aux distributeurs les informations essentielles qui permettraient d'intégrer les système d'exploitation Windows avec d'autres logiciels pour serveurs que ceux fournis par Microsoft (information technique sur l'interface, code source de Windows, etc.), 2) d'octroyer les licences pour Windows 2000 de manière abusive, en contraignant de facto ses clients à utiliser des logiciels pour serveurs Microsoft en même temps qu'ils achètent Windows 2000, 3) lier son produit Media Player (permettant de visualiser et d'écouter des fichiers audio et vidéo) à son système d'exploitation Windows. "Ce faisant, Microsoft prive tant les fabricants d'ordinateurs personnels que les utilisateurs finals de toute possibilité de choisir réellement les produits qu'ils souhaitent avoir sur leurs ordinateurs, d'autant qu'il n'existe pas de moyens techniques tout prêts capables de désinstaller le Media Player", note la Commission dans son communiqué de presse. Les Etats-Unis ont attaqué Microsoft sur un problème similaire, concernant l'intégration du Navigateur Netscape dans les systèmes d'exploitation Microsoft pour PC. "Nous avons informé les Etats-Unis sur notre procédure", mais les deux enquêtes sont séparées, a précisé devant la presse Amélia Torres, porte-parole du Commissaire à la concurrence, Mario Monti.
Sur la base d'une plainte de Sun Microsystems, la Commission avait déjà adressé une lettre de griefs à Microsoft en août 2000, portant sur les problèmes d'octroi de licences et les informations sur les interfaces pour des systèmes d'exploitation antérieurs à Windows 2000. Après l'ouverture d'une enquête sur Windows 2000 en février 2000, la Commission précise à présent ses observations concernant l'interopérabilité et l'intégration de Windows 2000 et Media Player. Il n'y a pas d'interférence entre cette procédure et le lancement du dernier système d'exploitation Microsoft "Windows XP" et il n'est pas question "de demander le report du lancement de ce système", a indiqué la porte-parole.
Microsoft a deux mois pour répondre aux griefs de la Commission et devrait demander une audition avant la fin de l'année, a précisé la porte-parole. "Les réseaux de serveurs sont au cœur de l'avenir de l'Internet et tout doit être entrepris pour empêcher que ceux-ci ne soient monopolisés au moyen de pratiques illégales (…) La Commission est déterminée à veiller à ce que l'Internet reste un marché concurrentiel, pour le grand bien tant de l'innovation que des consommateurs", a déclaré le Commissaire Mario Monti.
La "Computer & communications industry association", qui compte notamment Sun Microsystems, AOL, Fujitsu, Nokia ou NT&T, parmi ses membres, a publié immédiatement un communiqué pour saluer la décision de la Commission. "La stratégie de Microsoft est d'utiliser le levier de son monopole sur Windows pour l'étendre à tous les marchés les uns après les autres", déclare le président du CCIA, Ed Black. "L'enquête de la Commission se concentre sur les serveurs de groupe les moins puissants et les moins chers, permettant généralement à des groupes d'échanger des dossiers, d'envoyer des E-mail, d'imprimer ou de se connecter à Internet", rappelle Ed Black en regrettant que Microsoft ait déjà gagné "60% de ce marché dans le monde".