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Bulletin Quotidien Europe N° 8037
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/racisme

La Conférence mondiale contre le racisme s'ouvre sur fond de polémique sur le sionisme et l'indemnisation des victimes de l'esclavage

Bruxelles, 30/08/2001 (Agence Europe) - Plus de 15 chefs d'Etat et de gouvernement ainsi que plus de 12000 représentants de 194 pays et d'ONG se retrouveront à partir de ce vendredi 31 août à Durban (Afrique du sud) pour participer à la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance. Cette conférence des Nations Unies se clôturera le 7 septembre par la publication d'une déclaration finale et d'un programme d'action. Au coeur des débats, on trouvera des sujets "chauds", ayant fait l'objet de nombreuses controverses entre les pays au cours des journées et semaines qui ont précédé la conférence, à savoir notamment l'indemnisation des victimes de l'esclavage et du colonialisme des siècles passés, l'identification des victimes du racisme et le conflit palestino-israélien. Des controverses qui ont comme conséquence une faible représentation des Etats-Unis, "qui ne veulent pas cautionner une réunion où risquent de se manifester, sous couvert d'anti-racisme, des propos hostiles au sionisme".

Les travaux de la conférence seront regroupés selon cinq thèmes: 1) sources, causes, formes et manifestations contemporaines du racisme; 2) les victimes du racisme; 3) les mesures en matière de prévention, d'éducation et de protection visant à éliminer, aux échelons national, régional et international, le racisme, la discrimination raciale et l'intolérance qui y est associée; 4) les recours utiles, voies de droit, réparations (compensations) et autres mesures à prévoir à tous les niveaux; 5) les stratégies visant à instaurer l'égalité intégrale et effective, notamment la coopération et le renforcement des mécanismes mis en place par l'ONU et autres mécanismes internationaux pour lutter contre le racisme. Parmi les autres sujets qui feront l'objet de points de discussion, il y aura les émigrés, les peuples autochtones, les Roms, les discriminations liées au sexe et la mondialisation.

La Commissaire européenne chargée de l'égalité des chances, Anna Diamantopoulou, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme Mary Robinson (également Secrétaire générale de la Conférence de Durban), le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, ainsi que les chefs d'Etat cubain Fidel Castro, sénégalais Abdoulaye Wade et algérien Abdelaziz Bouteflika, ont confirmé leur participation. Le monde syndical international et européen sera représenté par le Secrétaire général de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) Bill Jordan. Le Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) Emilio Gabaglio sera absent de cette conférence ("la CISL, qui regroupe aussi des organisations membres de la CES", fera une déclaration intitulée les syndicats disent non au racisme et à la xénophobie, qu'appuie entièrement la CES", précise Emilio Gabaglio dans une lettre à la Commissaire Anna Diamantopoulou - pour la contribution de cette dernière, voir EUROPE du 11 août p.4).

Mary Robinson demande une participation "au plus haut niveau possible" de tous les pays - refus des pays occidentaux de verser des réparations aux victimes de l'esclavage et du colonialisme.

En arrivant à Durban le week-end dernier et suite aux controverses sur l'éventuelle indemnisation des victimes de l'esclavage ou sur certaines formulations relatives au conflit du Proche-Orient, Mary Robinson a lancé un appel à tous les pays "à participer au plus haut niveau possible à ce forum", qui doit être "un forum d'actions et pas seulement de paroles!" (il semble en effet que la plupart des pays seraient représentés par des membres de leurs cabinets ministériels et/ou par de très hauts fonctionnaires). A propos du conflit palestino-israélien, Mary Robinson a tenté de rassurer les Etats-Unis et Israël en déclarant: " Il est clair que la formulation "sionisme égale racisme" a été abandonnée dans les textes et que les délégations sont tombées d'accord pour qu'elle ne figure pas dans l'ordre du jour". Le Département d'Etat américain a confirmé lundi que "le Secrétaire d'Etat Colin Powell ne se rendra pas à Durban en raison du caractère anti-israélien du programme et de certains documents préparatoires", mais les Etats-Unis ont finalement décidé d'envoyer une délégation qui sera conduite par le sous-secrétaire d'Etat adjoint Michaël South Wick. Le vice-ministre des Affaires étrangères israélien Michaël Melchior a estimé pour sa part qu'Israël ne pouvait pas se rendre à Durban. Quant au président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, il pourrait assister à la Conférence, témoignant ainsi de l'importance qu'elle représente pour le monde arabe.

En ce qui concerne la question de l'esclavage, de la traite des Noirs et du colonialisme, "la plupart des pays occidentaux ont rejeté l'idée de verser des réparations ou d'exprimer leurs excuses formelles aux victimes mais veulent bien exprimer leurs regrets". La reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité et des réparations pour les victimes ont été demandées par des ONG africaines membres d'une coalition contre le racisme, au cours d'une réunion qu'elles ont tenue en début de semaine en prélude à la conférence de l'ONU. Le président sud-africain Thabo Mbeki a saisi l'occasion pour demander "un engagement mesurable, au sein des pays et parmi les nations, que des mesures pratiques soient prises et des moyens alloués pour supprimer l'héritage de l'esclavage, du colonialisme et du racisme". Mary Robinson a, de son côté, encouragé les représentants des ONG à "donner un espace aux Roms (peuples tziganes), au peuple palestinien, aux peuples d'origine africaine et aux Dalits (intouchables: NDLR)". "L'UE doit jouer un rôle majeur pour que cette Conférence puisse marquer un tournant partout dans le monde et en Europe sur le plan des principes et de l'action contre toutes les formes de racisme, de xénophobie, de discriminations et d'intolérance", a déclaré quant à lui le Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) Emilio Gabaglio en demandant à l'UE de "mettre sur pied le plus rapidement possible une politique commune d'immigration s'inspirant des principes de l'égalité des droits".

L'Union européenne sur la défensive

Les deux sujets qui heurtent les Américains risquent aussi d'être particulièrement délicats pour le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel qui représente l'Union européenne à l'ouverture de la Conférence de Durban en sa qualité de président du Conseil des ministres des Affaires étrangères. En ce qui concerne la Palestine, l'Europe semble partager le point de vue des Etats-Unis. Il n'est pas possible de comparer le sionisme au racisme, indiquait, à la veille de la conférence, un responsable du ministère belge des Affaires étrangères, cité par l'Agence Belga. Par contre une allusion aux "peuples qui vivent sous domination étrangère" semblait possible à condition de ne pas mentionner le Proche-Orient car les thèmes régionaux "n'ont pas leur place" dans une conférence internationale. L'Union européenne se refuse aussi à exprimer des excuses pour l'histoire coloniale et le commerce d'esclaves parce qu'elles pourraient susciter des demandes de dédommagements. Favorable à une condamnation des formes actuelles d'esclavagisme et de trafics d'êtres humains, elle souhaite en même temps que la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité n'ait pas d'effet rétroactif.

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