Bruxelles, 09/01/2001 (Agence Europe) - La Commission européenne a annoncé mardi qu'elle demandait au Comité d'experts "Article 31" du Traité Euratom, responsable de la protection civile contre les radiations, un avis scientifique sur le "syndrome des Balkans" et les effets de l'uranium appauvri utilisé lors des bombardements de l'Otan en Bosnie et au Kosovo.
Le collège des Commissaires abordera la question lors de sa première réunion de la rentrée, mercredi à Bruxelles, sur la base des résultats du Comité politique et de sécurité qui se réunissait mardi à Bruxelles, et de la rencontre qui s'est déroulée mardi matin entre les services des Commissaires à l'Environnement, Margot Wallstrom, aux Relations extérieures, Chris Patten, à la Santé, David Byrne, et à l'Energie, Loyola de Palacio.
L'avis du comité d'experts, espéré pour la fin janvier ou début février, devrait dresser une synthèse des informations existantes sur la question, notamment sur la base des rapports réalisés par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (voir EUROPE d'hier, p. 6) et le résultat des enquêtes entreprises par plusieurs Etats membres, a précisé mardi le porte-parole de la Commission. Les services de relations extérieures et de l'environnement de la Commission évalueront à la lumière de cet avis s'il est nécessaire, d'une part, d'adapter les programmes pour la réhabilitation de l'environnement dans les Balkans déjà mis en œuvre par l'UE et, d'autre part, de prendre des mesures supplémentaires pour protéger les populations locales et les centaines de personnes qui travaillent sur place pour la mise en œuvre des programmes européens de reconstruction, a indiqué le porte-parole.
"Comme l'a déclaré le président Prodi, l'UE a une responsabilité importante dans la reconstruction des Balkans et l'impact environnemental des 10 ans de conflit est considérable. Cet impact est ressenti par les populations locales et le personnel de la Commission sur place", a relevé le porte-parole en soulignant que la Commission est, de fait, concernée par les aspects civils du "syndrome des Balkans". En revanche, a-t-il estimé, l'impact de la guerre sur les militaires relève de l'Otan et de ses Etats membres. Rappelons que le Conseil de l'Atlantique Nord doit faire le point sur la question mercredi, au niveau des ambassadeurs.
Mardi soir, le Comité politique et de sécurité intérimaire de l'UE était encore réuni pour examiner, sous présidence suédoise, les demandes des pays qui avaient souhaité que l'on examine au niveau de l'Union européenne les possibles liens entre l'utilisation d'uranium appauvri et les maladies et les décès constatés parmi de nombreux soldats européens qui ont servi dans les campagnes des Balkans. Rappelons que l'initiative de réunir le Copsi a été prise suite à une lettre du ministre belge de la Défense André Flahant à son homologue suédois Björn von Sydow (voir aussi EUROPE d'hier, pages 5 et 6).
Quant au Parlement européen, la présidente Nicole Fontaine a déclaré à titre personnel (du Burkina Faso, où elle est en visite officielle) que s'il s'avérait que les informations sur les "effets terriblement néfastes qu'aurait l'uranium appauvri sur la santé humaine" sont "malheureusement exactes, il conviendrait de toute urgence de prohiber l'usage de ces armes". En outre, selon la présidente du PE, il faudrait envisager des compensations pour les victimes, qu'elles soient civiles ou militaires et originaires de l'UE ou des Balkans".
L'Italie a demandé pour sa part à l'Otan de suspendre l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri tant que l'on ne disposera pas de données sûres sur les conséquences sur la santé, et le chancelier Schröder a estimé lui aussi qu'il ne faudrait pas utiliser de telles armes avant la fin d'une enquête exhaustive sur leurs effets. (Le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov a insisté sur la nécessité d'un contrôle indépendant et objectif de la part de l'Onu et des organes spécialisés).