Bruxelles, 09/01/2001 (Agence Europe) - Présentant à Paris les conclusions des travaux de la commission sur l'égalité des chances pour les femmes et les hommes de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe sur "l'esclavage domestique" (rapporteur: l'Irlandais Connor, PPE/DC), l'ancienne ministre française à l'égalité (et ancienne parlementaire européenne) Yvette Roudy, présidente de cette commission, a attiré l'attention sur le fait qu'une réflexion sur l'esclavage domestique ne pouvait s'élaborer en dehors d'une réflexion plus large sur la traite des êtres humains. Le rapport affirme que la lutte contre la traite exige une réponse non seulement individuelle, mais aussi concertée, de la part des Etats, et que chacun d'eux devrait prévoir dans son code pénal une incrimination spécifique de l'esclavage et de la traite des êtres humains, et des sanctions adéquates et proportionnées, reconnaître les victimes de la traite comme des victimes à part entière et prévoir des politiques de protection et de réhabilitation à leur égard. Sur le plan international, une véritable coopération devrait se mettre en place entre les Etats tant au niveau de la justice que de la police; une telle coopération devrait également permettre de lutter, dans les pays d'origine, contre les causes de la traite, notamment la pauvreté.
Le rapport Connor présente un état des lieux de la situation dans les Etats membres et, parmi les pays où des cas d'esclavage ont été dénoncés, il cite en particulier la France (depuis la création en 1994 du comité contre l'esclavage moderne, 200 victimes essentiellement originaires d'Afrique de l'Ouest, Madagascar, Inde, Sri Lanka, Philippines) et le Royaume-Uni (4000 victimes originaires de 29 pays différents et dont la majorité vient des Philippines). Le rapport distingue trois catégories de victimes de l'esclavage domestique: - celles qui sont recrutées dans leur pays d'origine par des agences pour occuper un emploi de domestique à l'étranger; - celles qui ont été victimes de trafiquants et qui ont été contraintes de travailler comme domestiques; - enfin, celles qui étaient déjà employées comme domestiques dans un pays tiers et qui suivent leur employeur lorsque ce dernier séjourne dans un pays européen pour une durée déterminée. Le rapport note que la plupart de ces personnes sont en situation irrégulière au regard des lois sur l'immigration du pays de destination, et qu'elles font souvent l'objet de violences physiques et psychologiques.