Marseille, 14/11/2000 (Agence Europe) - L'UEO va s'effacer en tant qu'"acteur" dans la gestion des crises, mais restera à la fois comme « dépositaire de l'Article V du Traité de Bruxelles modifié » et comme "forum de débat" et de réflexion sur la politique de sécurité et de défense, pour les gouvernements mais surtout pour les parlements. En outre, à travers son Groupe Armement, elle sera le « forum européen de discussion sur la coopération en matière d'armements », alors que « ce sera l'UE qui tiendra les commandes de la partie opérationnelle de la politique européenne de sécurité et de défense » (PESD). C'est ainsi que le ministre français de la Défense M. Richard a synthétisé devant la presse, lundi soir à Marseille, les résultats de la session ministérielle du Conseil de l'Union de l'Europe Occidentale qui s'était déroulée (à vrai dire, avec la participation de très peu de ministres - moins d'une douzaine de ministres de la Défense) au Parc Chanot en trois configurations différentes: à dix (membres à part entière), à vingt-et-un (avec les observateurs et les membres associés) et à vingt-huit (avec les partenaires associés).
M. Richard a indiqué que le Conseil avait pris les décisions nécessaires pour mettre en place « une structure institutionnelle plus légère de l'UEO » (qui devra être en place à la fin du premier semestre de 2001 au plus tard), en tenant compte des conséquences sociales de cette transformation pour le personnel de l'UEO, qui a accompli un très bon travail. Il s'agira en particulier du transfert à l'UE du Centre satellitaire de l'UEO (à Torrejon, en Espagne) et de l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'UEO (à Paris), a précisé le ministre (la Déclaration de Marseille, que nous publierons intégralement, ne l'indique pas, mais ce transfert devrait être possible seulement à la fin de 2001). Une autre priorité sera « la transmission de l'état-major militaire de l'UEO à l'état-major militaire de l'UE » lorsque celui-ci sera déclaré opérationnel (le personnel militaire installé auprès du Conseil de l'Union en constitue l'embryon). A ce sujet, M.Richard a déclaré: « Nous pensons avoir à Nice (lors du Conseil européen) l'accord permettant de créer dans sa forme définitive l'état-major militaire de l'UE, et notre plan est de le rendre opérationnel en six mois, donc avant l'été 2001 ». Le ministre français de la Défense a tenu à souligner qu'au cours des derniers dix ans, depuis sa relance, l'Union de l'Europe Occidentale a contribué à créer les conditions qui ont conduit l'Union européenne à s'engager de plus en plus en matière de sécurité et de défense. Il ne faut pas oublier, par exemple, que l'idée des « missions Petersberg » inscrites dans le Traité d'Amsterdam avait été lancée par un Conseil de l'UEO, en 1992 au Petersberg (près de Bonn). Interrogé sur l'association des alliés européens de l'Otan non membres de l'UE à ces développements, M. Richard a répondu que cette question « figure à notre ordre du jour » et qu'il espérait que tous les accords seront conclus avant le Conseil européen de Nice afin que « nous puissions donner complète satisfaction aux desiderata de nos partenaires ».
Quant au Secrétaire général de l'UEO Javier Solana (voir EUROPE d'hier au sujet de son intervention au Conseil), il a estimé que la réunion de Marseille marquait « un tournant pour l'évolution de la sécurité en Europe », et que la réunion ministérielle de lundi et mardi prochains à Bruxelles sur l'engagement de forces européennes pour la Force de réaction rapide marquera « la montée en puissance de l'Union européenne » dans la gestion des crises en Europe. Dans ces conditions, pourquoi l'UEO doit-elle rester en vie ? A cette question, M. Solana a répondu: parce qu'il y a un Traité, qui ne va pas disparaître du moment que les pays qui l'ont signé veulent qu'il soit maintenu (la Déclaration de Bruxelles fait allusion, outre à l'Article V, également à l'Article IX, qui prévoit pour le Conseil de l'UEO l'obligation de faire rapport annuellement à l'Assemblée de l'UEO).
M. Bühler prend la défense du Secrétariat de l'UEO
Dans son intervention au Conseil, le président de l'Assemblée de l'UEO Klaus Bühler a affirmé en particulier que la décision prise de manière souveraine et informelle par l'Assemblée de « compléter son nom » (Assemblée européenne pour la politique de sécurité et de défense) ne modifie en rien sa nature, telle qu'elle est définie dans le Traité de Bruxelles modifié, qui « ne dit rien au sujet du nom de l'Assemblée, mais indique seulement comment elle doit être composée ».
M. Bühler a aussi plaidé pour le personnel du Secrétariat de l'UEO, en jugeant « socialement insupportable que les premières victimes de la gestion des crises soient ceux qui ont assuré jusqu'ici cette tâche, au nom de l'UE ». « C'est une grosse bêtise de ne pas mettre à la disposition de l'UE l'expertise du personnel de l'UEO » et c'est aussi « un grand gaspillage de l'argent du contribuable », a-t-il renchéri.