Le Caire, 31/03/2000 (Agence Europe) - Le premier sommet Afrique-UE, des 3 et 4 avril au Caire, est précédé jusqu'à l'ultime journée de réunions préparatoires aussi bien au niveau des ministres des Affaires étrangères que de hauts fonctionnaires et diplomates, qui se rencontrent encore ce samedi dans le but de réduire les derniers aspects en suspens dans les textes à soumettre d'abord aux ministres. Deux réunions ministérielles, l'une européenne, l'autre africaine, sont programmées, séparément, pour dimanche, pour la dernière mise au point des textes à présenter aux chefs d'Etat ou de gouvernement.
Participations. Outre le président en exercice de l'UE, le Portugais Guterres et son homologue de l'OUA, le président algérien Bouteflika, et celui du pays hôte, le président Moubarak, d'autres participations sont annoncées. M. Jacques Chirac ferait le voyage. Il y aurait également le chancelier allemand et les premiers ministres d'Espagne et des trois Etats du Benelux. Les participants seraient nombreux aussi du côté africain. La Libye y participera de plein droit en tant qu'Etat membre africain de l'Onu mais l'arrivée au Caire de M.Kadhafi ne semble pas à ce jour acquise. M. Prodi y sera, accompagné des commissaires Nielson et Patten. Le Secrétaire général de l'OUA sera admis à titre d'observateur. Aucune autre organisation, qu'elles soient régionales africaines (UEMOA, SADC, UMA, CEDEAO, etc.) ou internationales (FMI, Banque Mondiale, ou même la Banque africaine de développement), n'a été invitée.
La question du suivi et autres points ouverts. Parmi les points principaux à régler in fine figure toujours la question du "suivi". L'idée d'une autre rencontre à si haut niveau n'est pas exclue mais l'UE préfère que les chefs d'Etat en décident et qu'ils se prononcent eux-mêmes sur le "suivi" et la périodicité des sommets (l'idée d'un second "sommet" dans trois ans est admise mais sans fixer un rythme régulier). Des réunions ministérielles sectorielles doivent-elles être programmées entre-temps ? Selon une source OUA, "l'UE a accepté le concept de continuité et non de périodicité, et elle ne peut convenir que de la tenue en Europe d'un deuxième sommet à une date et à un lieu à annoncer au Caire". Pour l'UE, qui prône la "flexibilité", la suite du Sommet doit être organisée dans les cadres existants: processus de Barcelone et ACP. L'OUA admet qu'il n'existe pas de cadre spécifique pour structurer institutionnellement ce dialogue nouveau entre l'UE et l'Afrique, mais le rejet d'emblée de développements futurs serait considéré comme une déception.
Divers autres sujets, thèmes classiques des diplomaties africaines ou européennes, restent à clarifier mais ne font pas l'objet de divergences majeures. L'Egypte voudrait consigner l'objectif, déjà présenté dans le processus de Barcelone, de l'établissement de zones dénucléarisées (c'est principalement le Moyen Orient qui est visé). Les pays africains reprennent une revendication des négociations post-Lomé sur la restitution de biens culturels pris lors de pillages coloniaux. La question de la dette est évidemment citée; la Commission européenne rappelle que la Communauté n'est pas concernée puisque les Africains ne lui doivent rien spécifiquement; leurs dettes sont vis-à-vis de créanciers privés à régler dans les enceintes appropriées, en premier lieu le "Club de Paris". Autres sujets à préciser: la lutte contre les corrompus et les corrupteurs dans les relations euro-africaines; les dépenses militaires à contenir dans des limites acceptables, etc..
Déroulement du sommet. L'ordonnancement de la cérémonie d'ouverture comme des travaux, lundi après-midi et mardi, paraît répondre au souci de ne pas contraindre les chefs d'Etat ou de gouvernement présents à écouter une longue suite de discours mais à leur donner l'occasion de débattre directement des thèmes les plus sensibles et qui seront abordés dans les trois groupes de discussion à constituer: a) l'économique et le social (lundi après-midi); b) dialogue politique, droits de l'homme, démocratie, bonne gouvernance et prévention des conflits (mardi matin); c) débat sur les thèmes généraux du développement. Les discours d'ouverture sont réservés au président du pays hôte, aux deux présidents en exercice de l'UE et de l'OUA, et au président Prodi. Le Secrétaire général de l'Onu, M.Kofi Annan, sera invité à adresser un bref message. M. Javier Solana prendra la parole lors de la séance de clôture. Cinq chefs de délégations, de chaque côté, seront invités à prendre la parole dans chacun des trois groupes de travail.
Conclusions et Plan d'action: les différents chapitres qui constitueront les deux documents finaux parallèles (le Plan ayant évidemment un contenu plus opérationnel) sont déjà préparés en vue d'être discutés dans les trois groupes cités plus haut. Ils feront tous deux référence à la volonté commune de promouvoir des relations particulières entre l'Afrique et l'UE, en particulier dans le domaine du commerce (pour favoriser l'émergence d'un système commercial équitable qui permette l'insertion de l'Afrique et des PVD en général dans l'économie mondiale) et plus en général dans tous les domaines de la politique internationale et la prévention des conflits (qui sont explicitement cités, y compris celui du Sahara Occidental au sujet duquel il y a déjà une formulation agréée par le Maroc).
Un chapitre est consacré à la coopération régionale et subrégionale. L'UE entend l'encourager, les pays africains sont d'accord et en font même "un élément stratégique" de leurs politiques de développement. Ils rappellent volontiers qu'ils se sont déjà engagés dans cette voie en la jalonnant institutionnellement ("Plan d'action de Lagos" en 1980, "Traité d'Abuja" en 1991).
Les conclusions du Sommet passeront en revue ensuite la situation économique et les projets potentiels de coopération pour l'encouragement des investissements, le développement des secteurs privés, les infrastructures, et les aspects politiques: droits de l'homme, démocratie, gestion des affaires publiques, terrorisme (jugé inacceptable quelles qu'en soient les motivations), conflits, lutte contre la drogue et l'analphabétisme, faiblesse des systèmes éducatifs et de santé et de sécurité alimentaire. Quant à l'immigration, les Africains reconnaissent le droit de l'UE de s'inquiéter de l'accroissement de flux incontrôlés mais veulent attirer l'attention surtout sur les causes économiques qui les alimentent et sur les méfaits du racisme. Dernier point: les moyens financiers pour concrétiser les actions envisagées. Les pays africains parlent de la nécessité de "financements adéquats" sans d'autres précisions et souhaitent un "Plan Marshall" pour leur continent.