Bruxelles, 08/03/2000 (Agence Europe) - Je suis venu à Bruxelles "surtout" pour discuter de la situation de l'Autriche en tant que membre de l'Union européenne après les décisions des Quatorze du 31 janvier, et aussi pour demander à la Commission de "nous conseiller, nous appuyer" afin d'essayer de surmonter la difficile situation actuelle, a déclaré le président de la République autrichienne Thomas Klestil mercredi à la presse, après ses entretiens à la Commission européenne. M. Klestil, en se félicitant d'avoir eu cette occasion de dialogue avec la Commission, a indiqué que "nous sommes convenus de poursuivre ce dialogue".
Quant à Romano Prodi, il a précisé pendant la même conférence de presse qu'il avait eu d'abord un entretien en tête-à-tête avec le président autrichien, qui avait eu ensuite une "longue rencontre" avec toute la Commission (M. Prodi a ensuite déjeuné avec M. Klestil). En rappelant que la Commission avait déjà reçu les visites de MM. Aznar, Blair, D'Alema et Ciampi, M. Prodi a dit: nous avons parlé de Lisbonne, de la CIG, de l'élargissement, mais évidemment nous avons parlé en particulier des relations entre l'Autriche et l'UE "à la lumière des derniers événements". Une fois de plus, M. Prodi a rappelé que la Commission avait approuvé le "clair signal" envoyé par les Quatorze du 31 janvier dernier, mais qu'elle avait aussi confirmé sa volonté de jouer son "rôle particulier" de "garant" des institutions et des traités. Et il a affirmé: j'ai répété au président Klestil que nous "veillerons" au respect par l'Autriche des "droits des personnes, des minorités" et des Articles 6 et 7 du traité, mais notre rôle n'est pas d'isoler un Etat membre, mais de faire en sorte que "le dialogue ne soit pas interrompu, les ponts ne soient pas coupés". La Commission n'a "pas besoin de hausser la voix, elle a une arme puissante, un "big stick", les traités", a dit M. Prodi, en répétant: nous serons inflexibles face à toute violation des valeurs de l'Europe, mais nous serons "tout autant inflexibles afin de garantir les droits des citoyens et des entreprises autrichiens".
Les décisions prises par les Quatorze sont bilatérales, mais leur application pratique a montré que, dans beaucoup de domaines, il n'est "pas du tout possible de faire une distinction" entre ce qui est bilatéral et ce qui est communautaire, a constaté le président Klestil devant la presse. Je suis venu à Bruxelles aussi pour confirmer le "ferme attachement" de l'Autriche à l'Union européenne, a-t-il ajouté, en notant qu'un sondage récent a montré que deux tiers de la population autrichienne demeurent favorables à l'appartenance à l'Union (alors que, a-t-il remarqué, les mesures des Quatorze auraient pu susciter des réactions différentes). Le président autrichien, qui a rappelé que, à son initiative, l'ÖVP et le FPÖ ont signé une déclaration réaffirmant l'attachement aux valeurs européennes (voir EUROPE du 5 février, pages 3 et 4), a assuré: vous pouvez compter sur moi pour garantir le respect de cette déclaration. En même temps, Thomas Klestil a affirmé que son devoir est aussi de s'opposer aux "critiques injustifiées contre l'Autriche et ses gens", et a lancé un appel à l'objectivité et à un esprit d'équité. Je suis venu à Bruxelles aussi pour lancer un appel aux institutions afin qu'elles "donnent une chance à ce gouvernement d'être jugé sur la base de son travail", a-t-il martelé, en estimant que la situation actuelle est "désagréable" pour tous, pas seulement pour l'Autriche et que l'objectif de tous les Quinze devrait être "de trouver rapidement une sortie".
M. Klestil, pour qui la Commission s'est comportée "correctement", alors que la réaction des Quatorze a été "politique, ou politico-émotionnelle", a affirmé que les décisions prises au plus haut niveau par les Quatorze le 31 janvier posent un problème qui dépasse la situation autrichienne, le problème du "poids juridique d'une telle décision à l'avenir". Si on crée une situation dans laquelle des "soupçons" de comportement contraire aux valeurs européennes entraînent déjà des mesures, il faut que nous en discutions à Quinze, a estimé M. Klestil.
En répondant à des questions, M. Prodi a dit qu'il est faux de dire que l'on a "attaqué l'Autriche parce qu'elle est un petit pays": notre position vaut pour tous les Etats membres, a-t-il affirmé, en notant qu'il pensait aussi à une "Union européenne de 28 pays", où il y aura pratiquement chaque mois des élections d'une grande signification politique. "Nous ne faisons pas subir d'examen à l'Autriche", et nous ne le faisons pas avec les pays candidats à l'adhésion, a voulu préciser M. Prodi, en ajoutant: mais nous voulons faire en sorte que l'acquis communautaire , "le bloc de règles qui discipline notre vie devienne quelque chose de commun à nous tous". Les événements politiques en Autriche ne ralentiront pas l'élargissement de l'UE, a affirmé M. Prodi en répondant à des questions. Et M. Klestil a rappelé que, depuis qu'il est devenu président de la République autrichienne en 1992, il a toujours oeuvré "très activement" en faveur de l'élargissement de l'UE, car il souhaite que l'Autriche ne soit pas "un pays à la marge, mais un pays au coeur de la "Mitteleuropa".