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Bulletin Quotidien Europe N° 13854
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CARTE BLANCHE / Carte blanche

Le maillon manquant dans la lutte de l’Europe contre la pauvreté

Alors que la Commission européenne s’apprête à présenter sa toute première stratégie de l’UE de lutte contre la pauvreté, les attentes sont élevées - et les enjeux plus encore. L’Europe ne manque pas d’engagements en matière de lutte contre la pauvreté ; ce qui a fait défaut jusqu’à présent, c’est la l’assiduité dans leur mise en œuvre. Dans un contexte marqué par la crise du logement, la hausse du coût de la vie, l’insécurité énergétique et les pressions climatiques, et où plus de 93 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, dont près de 20 millions d’enfants - cette stratégie constituera un test décisif: celui de la capacité de l’Union européenne à transformer ses ambitions en résultats concrets.

Au cours de la dernière décennie, l’UE a fixé des objectifs, mobilisé des financements et élargi l’accès aux services et à l’emploi - sans que les résultats ne soient à la hauteur. L’objectif de sortir 20 millions de personnes de la pauvreté d’ici 2020 n’a pas été atteint et, aujourd’hui encore, des millions d’Européens - dont près d’un enfant sur quatre - restent exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

L’UE dispose des outils. Il lui faut désormais l’approche adaptée pour en garantir un impact durable.

Les réponses politiques se sont largement concentrées sur l’amélioration de l’accès aux services, aux prestations et au marché du travail. C’est essentiel , mais cela n’a pas suffi à réduire durablement la pauvreté. Un élément demeure insuffisamment pris en compte : les obstacles structurels qui empêchent les personnes de bénéficier pleinement de ces mesures.

Parallèlement, la crise du logement s’impose comme un facteur central de la pauvreté. En Europe, les coûts du logement ont bondi de 25 % au cours de la dernière décennie, et de 17 % en seulement trois ans. Dans le même temps, le sans-abrisme progresse, avec environ 1,3 million de personnes concernées en 2025.

L’accès seul ne garantit pas les résultats.

Des systèmes de soutien existent à travers l’Europe, même si des lacunes persistent dans leur mise en œuvre. Dans les faits, de nombreuses personnes peinent encore à s’orienter dans ces dispositifs, se heurtent à la complexité administrative ou subissent des discriminations. Il en résulte un écart persistant entre ce que promettent les politiques publiques et ce qui est effectivement réalisé.

Cet écart se creuse encore dans la gestion descrises actuelles. Trop souvent, les personnes en situation de pauvreté sont les dernières à bénéficier des réponses apportées - qu’il s’agisse de la crise du logement, de la hausse des coûts de l’énergie ou des mesures face au coût de la vie. Ces politiques sont certes conçues pour soutenir l'ensemble des ménages, , mais celles et ceux qui se heurtent aux obstacles les plus importants sont aussi les plus susceptibles d’être laissés de côté.

Cette réalité n’a rien d’abstrait. Des femmes roms se sont vu refuser l’accès aux soins de santé et ont été contraintes d’accoucher hors des hôpitaux. Dans certains pays européens, des enfants sont encore placés en institution lorsque la pauvreté est confondue avec de la négligence, faute d’un soutien adéquat aux familles. Des personnes pourtant éligibles à des aides ne les perçoivent pas, perdues dans des procédures complexes, mal informées ou découragée par la stigmatisation liée au recours aux prestations sociales.

Il ne s’agit pas d’incidents isolés. Ils révèlent un problème plus profond : des politiques insuffisamment ancrées dans les réalités vécues.

Si nous voulons des résultats durables, une approche différente s’impose.

Tout d’abord, la participation doit se concrétiser davantage dans la pratique et ne pas rester purement symbolique.

Depuis trop longtemps, les personnes en situation de pauvreté sont consultées, mais rarement associées de manière significative à l’élaboration des décisions. Sans leur contribution, les principaux obstacles restent invisibles et les politiques passent à côté de leur cible.

Cette implication n’est pas seulement une question de principe. C’est une condition préalable à l’élaboration de politiques efficaces. Si l’objectif est d’améliorer l’accès aux services et à l’emploi, alors ceux qui sont confrontés aux plus grands obstacles doivent participer à la conception des solutions.

Pour l’Intergroupe de lutte contre la pauvreté du Parlement européen, l’implication effective des personnes en situation de pauvreté constitue une priorité fondamentale de la stratégie de l’UE. Elle doit s’étendre à l’ensemble du cycle politique, de la conception à la mise en œuvre et à l’évaluation, et s’appuyer sur des procédures transparentes, une représentation claire et des ressources adéquates. Sans ces conditions, elle restera symbolique plutôt que transformatrice.

Deuxièmement, l’UE doit revoir la manière dont elle mesure ses résultats.

Ce qui est mesuré détermine ce qui est réalisé.

Les indicateurs globaux actuels ne rendent pas compte de la manière dont les personnes vivent concrètement la pauvreté. Ces chiffres agrégés peuvent suggérer des progrès tout en masquant des inégalités persistantes entre les groupes et les régions.

Une stratégie crédible doit aller plus loin, en mesurant non seulement l’accès, mais aussi la capacité effective des personnes à utiliser les services, à trouver et à conserver un emploi, et à constater une amélioration durable de leur situation.

Il ne s’agit pas d’une simple question technique. C’est ce qui déterminera si la stratégie peut produire des résultats concrets.

En fin de compte, il s’agit d’une question de mise en œuvre.

Dans un agenda européen qui place la participation au marché du travail, les compétences et la compétitivité au premier rang des priorités, l’incapacité à traduire les engagements en effets tangibles risque de compromettre rapidement l’impact de la stratégie. Si l’UE souhaite éviter de reproduire les erreurs du passé, elle doit intégrer la participation dans la gouvernance même de la stratégie, et mesurer les progrès de façon à refléter la réalité quotidienne des personnes concernées.

Par Hristo Petrov, député européen, coprésident de l'Intergroupe de lutte contre la pauvreté et rapporteur fictif du rapport, Marie Toussaint, députée européenne et coprésidente de l'Intergroupe de lutte contre la pauvreté, Marit Maij, députée européenne et vice-présidente de l'Intergroupe de lutte contre la pauvreté et Danilo Della Valle, député européen et vice-président de l'Intergroupe de lutte contre la pauvreté

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