Réunis à Varsovie à l'occasion de leur réunion informelle semestrielle, les ministres européens des Finances ont salué, vendredi 11 avril, la pause de 90 jours décrétée par le président américain, Donald Trump, censée permettre à l'Union européenne et d'autres pays de négocier des solutions alternatives aux tarifs dits « réciproques » avec Washington (EUROPE 13619/17). Ils ont néanmoins prôné la prudence et l'unité en vue de parvenir à une solution mutuellement satisfaisante.
Hôte de la réunion, le ministre polonais, Andrzej Domański, a qualifié la période 90 jours qui s'ouvre de « pas dans la bonne direction » à mettre à profit « intelligemment » pour parvenir à un accord juste pour les entreprises et les citoyens de l'UE. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, sera à Washington lundi 14 avril dans ce but (voir autre nouvelle).
Plusieurs ministres, comme l'Espagnol Carlos Cuerpo, ont rappelé que la situation telle qu'elle a été figée mercredi correspond tout de même à l'imposition transversale de tarifs douaniers de 10% pour les exportations de l'UE vers les États-Unis, auxquels s'ajoutent des droits spécifiques sur l'acier et l'aluminium (15%) et sur les véhicules automobiles (25%). Selon M. Cuerpo, il faut au moins revenir à la situation antérieure, voire faire mieux, notamment sur la base de la proposition relative à des droits de douane nuls avancée par la Commission européenne (EUROPE 13616/1).
Les services numériques américains dans le viseur
Faut-il, en cas d'échec des négociations, viser les services numériques américains? Sur ce point, le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a estimé que « toutes les options demeurent sur la table ».
« Nous devons aussi regarder du côté des services, y compris les services numériques », a-t-il considéré, en écho aux déclarations de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une interview au Financial Times parue vendredi.
Le ministre allemand, Jörg Kukies, en revanche, a été beaucoup plus prudent. Préconisant une réponse « différenciée et nuancée », il a vu d'un bon œil le fait que la Commission calibre sa réponse en fonction des secteurs où il existe « une alternative viable ». « Dans de nombreux domaines numériques à destination du secteur privé, tels que les centres de données, le cloud ou l'intelligence artificielle, il n'y a malheureusement pas d'alternative suffisante. Ce n'est pas un hasard (...) si nous avons un large déficit commercial dans les services », a-t-il noté. Selon lui, il faut d'abord aider l'Europe à se doter de services alternatifs à ceux offerts par les États-Unis.
L'Eurogroupe anticipe les conséquences économiques des tarifs
Lors de l'Eurogroupe, vendredi matin, et avec les banquiers centraux au déjeuner, les ministres ont tenté d'évaluer l'impact des tensions commerciales sur l'économie européenne, malgré la grande incertitude générée par le cavalier seul américain.
M. Dombrovskis a fait état d'une modélisation, régulièrement mise à jour par l'institution de l'UE, permettant d'évaluer l'impact suivant des droits de douane américains : le PIB des États-Unis diminuerait de 0,8% à 1,4% d'ici à 2027, celui de l'UE d'environ 0,2 %.
En cas de droits de douane américains permanents ou de rétorsion par les pays visés, les conséquences économiques seraient pires sur la même période : une chute du PIB située entre 3,1% et 3,3% pour les États-Unis, entre 0,5% et 0,6% pour l'UE et 1,2% pour le PIB mondial. Le commerce mondial diminuerait, lui, de 7,7% en trois ans.
Résumant les discussions de l'Eurogroupe réuni en format élargi, son président, Paschal Donohoe, a indiqué qur l'Eurozone entendait arrêter « une position unifiée » et élaborer des politiques économiques et budgétaires « appropriées » en réponse aux décisions de l'administration américaine. Il a relevé « un niveau d'urgence accru » pour avancer sur des projets d'intérêt commun comme la création d'un euro numérique et l'intégration des marchés européens de capitaux.
Quant à la présidente de la BCE, Christine Lagarde, elle a relevé que, malgré la forte « volatilité » observée sur les marchés financiers, les marchés européens continuent de fonctionner « de façon ordonnée ». Elle a assuré que l'institut monétaire de Francfort suivait de près l'évolution des marchés de change et son impact sur l'inflation, bien que la BCE ne se fixe pas d'objectif en matière de taux de change de l'euro. (Mathieu Bion)