Les chrétiens-démocrates européens se réunissent en congrès électoral à Bucarest, mercredi 6 et jeudi 7 mars, à l'occasion duquel ils désigneront la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, candidate-chef de file ('Spitzenkandidat') du 'Parti populaire européen' (PPE) en vue des élections européennes.
En 2024, Mme von der Leyen ne fait face à aucun concurrent, alors qu'en 2019, à Helsinki, l'Allemand Manfred Weber avait facilement disposé du Finlandais Alexander Stubb (EUROPE 12133/2). Cela ne signifie pas que l'appui à la dirigeante allemande sera unanime à Bucarest. Le parti français Les Républicains ne la soutiendra pas, la considérant comme la candidate 'sortie du chapeau' en 2019 par le président français, Emmanuel Macron, qui refusait la candidature de M. Weber. Un parti slovène s'oppose aussi à la nomination de Mme von der Leyen.
Ce sera la première fois qu'une présidente sortante de la Commission jouera le rôle de 'Spitzenkandidat' d'un parti politique européen et devra défendre son bilan après cinq années à la tête de l'institution de l'UE marquées par des crises - la pandémie de Covid-19 et l'agression militaire russe de l'Ukraine - et la déclinaison de l'objectif de neutralité climatique de l'UE à l'horizon 2050 dans tous les secteurs économiques.
En cas de victoire en juin prochain, Mme von der Leyen pourra prétendre à un deuxième mandat, à condition que le Conseil européen la choisisse et que le futur Parlement européen la nomme. Le fait que douze - bientôt treize - chefs d'État ou de gouvernement siégeant au Conseil européen soient issus du PPE est un atout sérieux.
À en croire plusieurs sondages, les forces eurosceptiques, voire europhobes, devraient progresser lors des élections européennes, diminuant d'autant la majorité pro-européenne que forment les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates et le centre droit. L'une des questions posées est la volonté du PPE de continuer à animer une majorité pro-européenne resserrée ou s'il sera tenté d'agir avec les souverainistes, au moins sur certains dossiers.
« Nous ne travaillerons jamais avec des forces anti-européennes contre les pro-européens », a assuré Siegfried Mureșan, vice-président du parti et du groupe PPE au PE, lundi 4 mars à EUROPE (EUROPE 13363/13).
Fin février, Mme von der Leyen avait fixé les critères de coopération entre le PPE et d'autres forces politiques. « Je travaillerai avec les partis pro-européens, pro-OTAN, pro-Ukraine, avec les défenseurs de nos valeurs démocratiques », avait-elle indiqué (EUROPE 13355/4).
À Bucarest, le PPE adoptera son manifeste électoral qui développe plusieurs axes : la sécurité au sens large, l'aide à l'Ukraine, la compétitivité économique, la transition climatique avec les citoyens et les entreprises, la défense de l'État de droit et des valeurs fondamentales.
Voir le projet final de manifeste électoral du PPE : https://aeur.eu/f/b4n
Les chrétiens-démocrates adopteront également plusieurs résolutions spécifiques, dont l'une déclinant un 'Plan européen pour la victoire de l'Ukraine' (EUROPE 13355/1). Ce plan exhorte les États membres de l'UE à consacrer chaque année 0,25% de leur PIB à l'aide militaire à l'Ukraine, préconise une stratégie européenne pour le renforcement de l'industrie militaire et envisage des règles contraignantes qui interdiraient à ceux-ci d'exporter leur armement à des pays tiers tant que les besoins de l'Ukraine ne sont pas satisfaits.
D'autres résolutions du PPE concernent la saisie des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l'Ukraine, ainsi que le respect de l'État de droit, avec notamment une critique acerbe de la loi d'amnistie en Espagne visant les indépendantistes catalans.
Plus d'informations : https://aeur.eu/f/b4s (Mathieu Bion)