Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et plusieurs ministres des Affaires étrangères européens ont souligné, mercredi 31 août, leur préoccupation concernant la situation aux abords de la centrale nucléaire de Zaporijia.
Le même jour, les autorités ukrainiennes ont accusé la Russie d’avoir bombardé la ville où se trouve la centrale et la route qui doit être utilisée par les inspecteurs de l’AIEA pour atteindre la centrale, qu’ils doivent visiter à partir de ce jeudi.
À l’issue du Gymnich, le Haut Représentant a expliqué que les ministres avaient discuté de « l’impact catastrophique que cette guerre pourrait avoir, si la Russie continue de jouer autour des centrales nucléaires ukrainiennes, en particulier à Zaporijia ».
Les Russes « jouent avec la sécurité nucléaire », a dénoncé M. Borrell, qui a une nouvelle fois appelé à la démilitarisation immédiate et complète du voisinage de la centrale atomique, la plus grande centrale nucléaire de toute l'Europe. « Nous ne pouvons pas jouer à des jeux de guerre dans le voisinage d'un site comme celui-ci », a-t-il plaidé.
Pour le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, « nous n’avons jamais été aussi proches d’un désastre nucléaire que maintenant ». Il a souhaité que la discussion sur la mise en place d’une force de maintien de la paix qui assurerait la sécurité autour de la centrale soit reprise.
Pour son homologue danois, Jeppe Kofod, la situation à Zaporijia est un « autre acte irresponsable de la Russie d'utiliser le site nucléaire comme un moyen d'attaquer l'Ukraine et d'y stationner des troupes ».
Soutien à l'Ukraine et pression sur la Russie
Au-delà de la sécurité nucléaire, les ministres ont discuté du soutien politique, militaire, économique et humanitaire à l'Ukraine. Ils se sont notamment mis d’accord sur une accélération des travaux relatifs aux paramètres d'une mission d'assistance militaire de l'UE pour l'Ukraine « afin de prendre une décision sur cette question dans les meilleurs délais », a annoncé M. Borrell. Plus tôt dans la journée, le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, avait souhaité que « d’ici la fin du mois prochain, nous puissions être dans une position de formuler » à quoi pourrait ressembler la mission.
Les ministres ont également insisté sur le fait de rester unis dans leur réponse à la guerre de la Russie et à son comportement mondial malveillant. Si, selon une source européenne, le sujet des sanctions n’a pas été abordé lors des débats - hormis la question des visas (voir autre nouvelle), devant les médias, plusieurs ministres ont appelé à renforcer la pression sur la Russie.
Selon M. Kofod, il faut voir comment augmenter la pression sur la Russie, que ce soit en termes de sanctions, d’aide à l’Ukraine, de livraisons d’armes à l’Ukraine ou encore de lutte contre l’impunité.
Le ministre estonien, Urmas Reinsalu, a plaidé pour que les sanctions atteignent une « nouvelle altitude » avec l’arrêt complet du commerce énergétique, de nouvelles mesures commerciales, une nouvelle liste de sanctions ciblées ou encore la fin des services électroniques bancaires pour toutes les banques russes. Il a ajouté que les sanctions actuelles n’étaient pas suffisantes.
Dans un document mis à la disposition des ministres et qu’EUROPE a pu consulter, la France et l’Allemagne ont estimé qu’il était important de maintenir et d’élargir les sanctions « contre les élites politiques, militaires et économiques russes ». « Nous continuerons également à cibler stratégiquement l'économie russe au moyen de nouvelles sanctions économiques et financières afin d'affaiblir la capacité financière du régime à faire la guerre. Cette démarche doit s'appuyer sur un effort international plus large d'alignement sur les pays tiers (au-delà du G7), de suppression des failles, de renforcement de nos efforts pour empêcher le contournement et d'adoption de nouvelles mesures ciblées », précise le document. (Camille-Cerise Gessant)