Deux ans après que le président français, Emmanuel Macron, en eut lancé l'idée en mars 2019 dans une lettre ouverte à tous les Européens, la Conférence sur l'avenir de l'Europe a été inaugurée, dimanche 9 mai, jour de la fête de l'Europe, à Strasbourg au siège du Parlement européen.
En raison du contexte sanitaire lié à la pandémie de Covid-19, la participation physique du public dans l'hémicycle a été réduite au minimum: les co-présidents - M. Sassoli, Mme von der Leyen, M. Costa - de la Conférence, les co-présidents du comité exécutif, les vingt-sept ministres des Affaires européennes et 27 étudiants Erasmus. Ces derniers n'ont pas pris la parole. Étaient connectés à distance via un mur numérique entourant les orateurs des citoyens européens.
C'est à Strasbourg, ville de la « réconciliation » franco-allemande, que « bat le cœur de la démocratie européenne », a déclaré M. Macron, espérant un retour très rapide des sessions du PE dans la capitale alsacienne. Selon lui, « l'Union européenne a besoin d'une nouvelle respiration démocratique ». La Conférence sera donc « le moment de prendre le pouls du continent », en donnant surtout la parole aux jeunes, qui ont particulièrement souffert des mesures sanitaires.
Le président français a décliné ses thèmes européens phares. L'Europe exprime sa « solidarité » en organisant une campagne vaccinale à l'échelle continentale et, dans la continuité du Sommet de Porto (voir autres nouvelles), elle doit « apporter de nouvelles protections aux travailleurs ». L'Europe doit aussi rebâtir « sa souveraineté culturelle, académique, industrielle, de recherche » en identifiant ses dépendances stratégiques et « en sonnant l'heure du retour des grands projets ».
Le président du Parlement européen, David Sassoli, a insisté sur les valeurs qui unissent les Européens. « La démocratie est plus forte que l'autoritarisme », a-t-il souligné. « Sans cohésion sociale renforcée, l'essence même de nos démocraties sera menacée », a-t-il considéré.
Parmi les thèmes que les Européens pourraient évoquer, le social-démocrate italien a cité l'octroi à l'UE de compétences en matière de santé publique, à la lumière de l'expérience dans la lutte contre la pandémie. Ne pas y parvenir constituerait « une défaite » et nous exposerait à de nouvelles crises, a-t-il estimé. Selon lui, la question de l'unanimité au Conseil, le droit d'initiative du Parlement, les candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten') aux élections européennes devraient être abordées.
« Neuf Européens sur dix veulent une Europe sociale », a poursuivi le Premier ministre portugais. Pour António Costa, la plus grande menace à laquelle l'Europe est confrontée, ce ne sont pas les migrants, mais notre incapacité à garantir à la jeunesse la liberté de tracer son propre chemin dans la vie.
Parmi les interventions appelant à agir contre le changement climatique, le socialiste portugais a posé l'enjeu des « océans » en tant qu'« immenses territoires à découvrir, conserver, valoriser ».
À l'instar des autres orateurs, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné l'importance de donner la parole à toutes les opinions et d'écouter les « critiques » qui seront exprimées. La Conférence ne sera pas la panacée ni la réponse à toutes les questions, a-t-elle reconnu. Mais son succès dépendra de la capacité du pouvoir politique à assurer « un réel suivi » des recommandations qui seront faites. Et Mme von der Leyen, récemment grand-mère pour la première fois, de prôner « de nouvelles formes de solidarité et d'équité entre les générations ».
Sur le suivi des recommandations que la Conférence transmettra aux dirigeants politiques en « mars 2022 », M. Macron a pris « l'engagement » selon lequel la Présidence française du Conseil de l'UE du premier semestre 2022 tiendra compte de ces recommandations « pour réformer l'Europe ».
Première assemblée plénière le 19 juin à Strasbourg
Dimanche, le comité exécutif de la Conférence sur l'avenir de l'Europe s'est réuni avant la cérémonie de lancement. Il a adopté les règles de procédure de cet exercice paneuropéen de consultation citoyenne.
Il a été décidé que la première réunion de l'assemblée plénière aura lieu samedi 19 juin. Dix groupes thématiques, ceux identifiés par la plateforme numérique, seront organisés. Quatre panels, composés de 200 citoyens chacun, auront lieu sur des thématiques propres. Les villes retenues pour les accueillir sont Florence, Dublin, Maastricht et Natolin.
La composition de l'assemblée est telle qu'EUROPE l'a décrite, avec 433 membres à part entière dont 108 citoyens (EUROPE 12715/4).
Sur la base des idées élaborées par les panels de citoyens et la plateforme en ligne, l'assemblée plénière transmettra ses propres propositions au comité exécutif, l'organe de pilotage politique de la Conférence. Les propositions de la plénière seront adoptées sur une base consensuelle, c'est-à-dire avec, au moins, l'accord des quatre piliers politiques, à savoir les représentants des parlements nationaux, des eurodéputés, des États membres et de la Commission européenne.
Les règles de procédure de la Conférence ne mentionnent pas explicitement la nécessaire approbation des propositions de la plénière par le pilier 'citoyen'.
Il reviendra ensuite au comité exécutif de finaliser le rapport de la Conférence en collaborant pleinement et en toute transparence avec l'assemblée plénière.
Voir les règles de procédure: https://bit.ly/3ewFnsR (Mathieu Bion)