Alors que dans les prochains jours devraient être révélées aux États-Unis les conclusions du rapport d'enquête sur les importations d'automobiles sous la section 232, un nouveau bras de fer s'amorce entre l'Union européenne et Washington.
La publication du rapport de l’enquête ouverte au titre de la section 232 du Trade Expansion Act afin de déterminer si les importations automobiles constituent une menace à la sécurité nationale des États-Unis est imminente : le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, devrait rendre ses conclusions au président au plus tard ce 19 février 2019 (EUROPE 12026).
L’enquête couvrait les importations d’automobiles, y compris les SUV, les fourgonnettes et les camions légers, ainsi que les pièces détachées d'automobiles.
S’ouvrira alors une période de 90 jours, au cours de laquelle le président Donald Trump devra dire s’il soutient les conclusions de l’enquête et, le cas échéant, décider d’une solution pour y remédier. Celle-ci entrerait en vigueur 15 jours plus tard.
L’UE pare au pire
Côté européen, le pessimisme prévaut. La riposte est donc déjà validée : « Si les États-Unis devaient prendre des mesures [relever les tarifs sur les importations automobiles en provenance de l’UE, NDLR], le président [Jean-Claude Juncker] et la commissaire [Cecilia Malmström] ont clairement indiqué que l'UE réagirait de manière proportionnée », a rappelé un porte-parole de la Commission, jeudi 14 février. En janvier, Jean-Luc Demarty, directeur général au Commerce extérieur de l'institution, avait annoncé aux députés des mesures dites « de rééquilibrage » sur un projet de liste d’importations en provenance des États-Unis d'une valeur de 20 milliards d'euros.
Vents contraires outre-Atlantique
Cependant, aux États-Unis, le vent tourne aussi pour M. Trump. Le conflit commercial enclenché par son administration y est de plus en plus sous le feu des critiques, accusé d’être à l’origine d’un ralentissement de l’économie américaine.
Par ailleurs, si l’industrie sidérurgique s’était montrée largement favorable à un relèvement tarifaire sur les importations d’acier, ce n’est pas le cas de la filière automobile.
Un survol de la presse spécialisée révèle beaucoup plus d’opposition que de soutien à cette perspective. Ainsi, le média spécialisé Automotive News, basé à Atlanta, note que les producteurs nationaux « n’ont demandé aucune aide de ce type » et souligne les « dommages économiques potentiels » que des tarifs douaniers produiraient sur l’industrie automobile nationale. Celle-ci se dit, de plus, déjà très pénalisée par la hausse de 25 % des droits sur l’acier et l’aluminium, appliquée en juin dernier. Finalement, avec ses chaînes de valeur complexes, la filière automobile étatsunienne est très dépendante des milliards de dollars d’importations de pièces détachées d'automobiles.
Vers un nouveau bras de fer
À la veille des élections présidentielles de 2020, les observateurs parient dès lors que le président Trump évitera d’appuyer trop vite sur la gâchette tarifaire. Ils s’attendent plutôt à ce que Washington instrumentalise les conclusions de l'enquête, afin de mettre sous pression les négociations commerciales avec les partenaires commerciaux des États-Unis, dont l’UE.
Les rencontres de la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à Washington en janvier (EUROPE 12169) et certaines mesures du nouveau traité commercial nord-américain ‘USMCA’ (EUROPE 12155) donnent une image assez nette de ce que seraient les exigences de Washington : l’inclusion de l’agriculture dans les pourparlers transatlantiques et l’engagement de l'UE à limiter volontairement ses exportations d’automobiles vers les États-Unis – deux options d’ores et déjà bannies par l’UE (EUROPE 12071).
Dans ce scénario, la pire chose qui pourrait sans doute arriver au président Trump, c’est que sa menace de sanctions ne soit pas prise au sérieux par ses partenaires commerciaux.
C'est donc un 'jeu du plus fort' qui se profile entre l’UE et Washington. (Hermine Donceel)