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Bulletin Quotidien Europe N° 12127
Sommaire Publication complète Par article 25 / 25
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1236

***    PANICOS DEMETRIADES : A diary of the euro crisis in Cyprus. Lessons for Bank Recovery and Resolution. Editions Palgrave MacMillan (4 Crinan Street, London, N1 9XW, Royaume-Uni, Tél. : (44- 20) 78334000 – Internet : https://www.palgrave.com ). 2017, 215 p.. ISBN : 978-3-319-62222-4.

“A mes yeux, les travaux n’ont pas assez avancé. (...) Ceux qui prétendent vouloir faire de l’Europe une puissance mais sont contre la réforme de la zone euro nous mettent dans une situation impossible”, déclarait, irrité, Emmanuel Macron, le 18 octobre 2018. Le président français s’exprimait à l’issue d’une énième réunion de l’Eurogroupe qui n’avait toujours pas accouché de l’achèvement de l’union bancaire, de la définition d’un budget pour la zone euro et du renforcement du Mécanisme européen de stabilité. Après presque une décennie marquée par la récession et le chômage, les 19 pays qui se partagent la monnaie commune ne parviennent pas à écouter le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui estime que “le meilleur moment pour réparer son toit, c’est lorsqu’il fait beau”.  Le “journal intime” de Panicos Demetriades, gouverneur de la Banque centrale de la République de Chypre (CBC) entre 2012 et 2014, permet justement de revivre l’époque où un tsunami, alimenté par la déconfiture économique et financière des Etats, a failli avoir raison de l’euro. L’auteur n’était pas “le plus grand fan” de la monnaie unique, percevant “beaucoup de ses défauts dès le premier jour de sa conception”, à tel point qu’il n’a pas été surpris lorsque la crise éclate en 2010, encore moins qu’elle ait éclos en Grèce. Reste qu’il comprenait l’euro, surtout et avant tout, comme un projet de paix, si important pour ce petit confetti situé aux confins du sud et de l’est de l’Europe, “dont la moitié du territoire est occupé par la Turquie, avec des institutions faibles et une démocratie fragile”. Ainsi, au moment où l’euro semblait sur le point de s’effondrer en Chypre, l’auteur ne pouvait s’empêcher de penser qu’il était en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire de l’Union, ou du moins celle de son pays, dont il retrace l’évolution depuis la période paléolithique dans cet ouvrage.

“3 mai, 2012, Barcelone”. L’économiste entame et construit son récit comme un thriller policier. Après tout, “la finance est une question d’argent, souvent de beaucoup d’argent et la manière dont une crise est résolue détermine qui perd et qui gagne”, laissant place à des clash d’intérêts et de pouvoirs, comme l’explique dans la préface Charles de Goodhart, de la London School of Economics. “A diary of the euro crisis in Cyprus” raconte l’histoire de deux banques “devenues trop grandes pour s’effondrer, puis trop grandes pour être sauvées et trop grandes pour être régulées”. Avec en arrière-plan, les liens de l’île avec Moscou, devenus une obsession des médias allemands, les coulisses des âpres négociations avec l’Eurogroupe et les frustrations des politiciens chypriotes, en quête d’un bouc émissaire qu’ils trouveront en la CBC, ayant hérité du “cadeau empoisonné” de mettre en œuvre l’accord avec l’Eurogroupe. Devenues des havres pour les capitaux étrangers, notamment des oligarques russes, dans l’euphorie du lendemain de l’accession à l’UE, Laiki et la Banque de Chypre en étaient arrivées à peser quatre fois le PIB de Chypre, de quoi leur permettre de se protéger des régulations et de la surveillance qui auraient permis d’éviter la crise. Ces deux banques employaient 5000 personnes et finançaient des médias à tour de bras avec des crédits et des revenus publicitaires, tout comme le secteur culturel.  “Pas étonnant que peu de personnes osaient questionner, encore moins critiquer leur prise de risque excessive”, notamment celle d’acheter une part importante de la dette grecque.

Ainsi, la restructuration de la dette grecque précipite-t-elle directement la descente aux enfers de Chypre, mais les politiciens tentent de se voiler la face jusqu’à la dernière minute, refusant d’assumer le coût politique d’un programme d’aide européen. Le 25 juin 2012, Nicosie se résout à demander l’aide financière de l’UE pour renflouer son secteur bancaire, alors que l'agence de notation Fitch vient de déclasser la note de l'île en catégorie spéculative de BB+ à BB. Mais ce processus n’aboutit que le 25 mars 2013, où un plan d’aide de 10 milliards d’euros est accordé à Chypre moyennant une restructuration bancaire. Cela n’a pas été sans le faux pas d’un premier accord qui donne à la crise chypriote une ampleur européenne. Le gouvernement de Nicos Anastasiades, soucieux de préserver les intérêts de Moscou espérant qu’il soit le deus ex machina de la crise, et la “troïka”, voulant à tout prix limiter l’enveloppe chypriote, ont pensé d’abord à instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur tous les dépôts bancaires en deçà de 100 000 euros. Soit à “taxer les pauvres pour protéger non seulement les oligarques russes, mais également le modèle économique à partir duquel l'élite chypriote a tiré son argent”, comme le résume l’auteur, dont la plume semble encore trembler au souvenir de cet épisode.

Panicos Demetriades vous fait vivre la crise chypriote comme si vous y étiez, tantôt depuis Nicosie, tantôt depuis le siège francfortois la Banque centrale européenne (BCE), qui a “fait tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro” - cette phrase légendaire avec laquelle Mario Draghi aurait sauvé la monnaie commune - malgré son architecture incomplète. Au sein de la BCE, “j’ai assisté aux efforts surhumains qui étaient déposés pour faire fonctionner l’euro contre un environnement politique qui devenait de plus en plus hostile à la monnaie unique et à l’idée d’une Europe unie”, raconte-t-il en des termes qui n’ont pas perdu tout leur sens aujourd’hui. L’auteur conclut d’ailleurs, que “la seule et la plus grande leçon à tirer de Chypre est, peut-être, que le populisme, s’il n’est pas contrôlé, peut ébranler les fondements de l'union monétaire au-delà du point de réparation”.

Maria Udrescu

***    KERN ALEXANDER, CATHERINE BARNARD, ELLIS FERRAN, ANDREW LANG, NIAMH MOLONEY : Brexit and financial services. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park,  Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Law and Policy ». 2017, 225 p., 60 €. ISBN 978-1-50991-580-4.

Que le divorce entre l’Union européenne et de Londres se consomme par une ferme poignée de main, traduite dans un accord de retrait et de coopération future, ou par le redouté « no-deal », les auteurs de cet ouvrage partent d’un constat indéniable : la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne risque d’avoir des conséquences significatives pour le système financier britannique et international. D’autant que l’intention des deux parties de développer un accord commercial « profond, complet, proche, étendu, spécial et/ou fort pourrait buter sur les écueils des intérêts politiques et de la complexité technique ».

Adoptant une perspective juridique combinée à une contextualisation politique, cinq chercheurs évaluent les conséquences du Brexit pour les services financiers à travers une réflexion dévoilée sous forme de cercles concentriques et assortie de solutions.

Ellis Ferran examine comment le secteur financier britannique pourrait encore accéder au marché unique européen, avant de conclure que Londres devra mettre de l’eau dans son vin.

Catherine Barnard y ajoute son analyse des impacts – tels que le manque d’une main d’œuvre qualifiée – que la fin de la libre-circulation aura sur les services financiers d’outre-Manche, appelant à une solution autour d’un mouvement « équitable » plutôt que « libre ».

Niamh Moloney s’interroge sur la capacité européenne d’absorption du choc du Brexit, estimant que ce dernier ne sera pas déterminant dans le développement de la gouvernance financière de l’Union.

Kern Alexander dessine les limites voire l’impossibilité de l’adoption par le Royaume-Uni des modèles norvégien, selon lequel Londres accepterait les lois de l’Union sans avoir son mot à dire, et suisse, qui tend vers une convergence réglementaire avec l’Union alors que les Britanniques « semblent se diriger dans une direction opposée ».

Last but not least, Andrew Lang se penche sur le cadre qu’offriraient les règles de l’Organisation mondiale du commerce pour l’échange de services financiers. Publié fin 2017, ce livre prédisait des négociations « politiquement difficiles et techniquement complexes ». Un an plus tard, la « volonté politique et l’imagination technique », auxquels appelaient de leurs vœux les auteurs, font défaut, alors que les négociations du Brexit semblent être dans une impasse. (MU)

***    MICHALIS CHRISSOMALLIS : Gouvernance économique européenne. Construire et approfondir les questions de la démocratie et la primauté du droit. Editions Nomiki Bibliothiki (23 rue Mavromichali, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3678800 – fax : 3678922 – Courriel : info@nb.org – Internet : http://www.nb.org ). 2018, 328 p., 30 €. ISBN 978-960-622-369-3.

Cette monographie vise à cartographier les mécanismes de système de règles et de procédures mis en place progressivement pour coordonner et superviser les politiques économiques des États membres de l'Union européenne. Le Pr. Michalis Chrissomallis (Université d’Athènes) y examine les dimensions juridiques et institutionnelles de la manière dont cette gouvernance a évolué depuis la création de l'Union économique et monétaire dans le cadre du traité de Maastricht. En dépit de celui-ci, les États membres ont été incapables de prévenir la crise dans la zone euro et de faire face à la crise des dettes souveraines, le tout s’étant en définitive transformé en une crise de la gouvernance économique européenne. L’auteur examine en particulier le « paquet des six mesures législatives », le pacte financier, le « paquet de deux mesures législatives » et le mécanisme européen de stabilité. Sont également étudiés les développements récents dans la mise en place de l'union bancaire. Au-delà de la présentation d'un système très complexe et des difficultés qui découlent de ses fondements juridiques (traités, droit dérivé de l'Union, des dispositions juridiques non contraignantes, les accords intergouvernementaux entre les États membres de la zone euro…), l’auteur analyse également les frictions qui en découlent avec la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux. Il envisage enfin des scénarios alternatifs plus démocratiques pour la gouvernance de la zone euro. (AKa)

 ***    COSTAS LAPAVITSAS, THEODOROS MARIOLIS, CONSTANTINOS GAVRIILIDIS : Politique économique pour le redressement de la Grèce. Editions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3661200 – fax : 3617791 – Courriel : webmaster@livanis.gr – Internet : http://www.livanis.gr ). 2018, 256 p., 16 €. ISBN 978-960-14-3258-8.

Après dix années de crise et huit années de politique monétaire dans le contexte des mémorandums, l'économie grecque montre désormais une stabilisation relative. Toutefois, il s’agit surtout d’une stabilisation de la… pauvreté, sans perspective de voir bientôt le chômage se réduire et les revenus augmenter systématiquement. La Grèce a donc bel et bien été piégée et paie au prix fort les sacrifices que nécessitent sa présence dans l’Union économique et monétaire. Cette étude de trois professeurs (Costas Lapavitsas enseigne l’économie à l'École d'études orientales et africaines de l'Université de Londres, Theodoros Mariolis l’économie politique au Département d'administration publique de l'Université Panteion d’Athènes et Constantinos Gavriilidis l’administration des affaires à l'Université de Patras) ouvre la voie à la conception d'un itinéraire alternatif par le biais d’un examen détaillé de l'Union économique et monétaire et de l'économie grecque, celle-ci étant sa principale victime. Il s’agit en l’occurrence d’une première tentative d'analyse globale et de définition de la stratégie de développement dont le pays a besoin. L'étude identifie les politiques macroéconomiques générales à adopter, ainsi que la restructuration nécessaire de l'économie. Enfin, les auteurs proposent des solutions possibles, non seulement pour la Grèce mais aussi pour d'autres pays de la zone euro. Des index, des schémas pour les économies grecque et européenne et des glossaires explicatifs des termes économiques grecs et étrangers ponctuent utilement l’ouvrage. (AKa)

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