La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, s'est félicitée, jeudi 30 août, de la volonté politique des ministres de la Défense à trouver une solution pour le débarquement des migrants récupérés par un navire de l’opération EunavforMed Sophia.
« Nous allons continuer à travailler ensemble [...] pour trouver un consensus sur des solutions pratiques et durables sur la question de la gestion des personnes débarquées par les navires », a expliqué Mme Mogherini devant la presse, à l’issue de la réunion. « Nous allons explorer toutes les options possibles », a-t-elle précisé, comme la possibilité de changer le lieu de débarquement ou de relocaliser des personnes débarquées.
La Haute Représentante a espéré qu’une solution pourra être trouvée « dans les semaines à venir ». « Ce n'est pas et ce ne sera pas un exercice facile », a-t-elle prévenu, tout en estimant que la fin de la mission serait « un grand pas en arrière pour tous les États membres et pour l'Union ».
Si le mandat de la mission court jusqu'à fin décembre, les Européens s'étaient donnés, au début de l'été, cinq semaines pour trouver une solution (EUROPE 12068). Mais la question du débarquement reste toujours en discussion au niveau des ambassadeurs du Comité politique et de sécurité.
À l'issue de la réunion des ministres, la Haute Représentante s'est félicitée de la « forte détermination de la part de tous les États membres […] à poursuivre l'opération et à maintenir son efficacité ».
Mme Mogherini a souligné l'importance de garantir un maximum de clarté dans les règles, pour que l'opération militaire puisse suivre son cours. « Les bateaux de l’opération [ont] besoin de savoir où aller si une activité de secours est réalisée », a-t-elle expliqué. La poursuite de l’opération est, quant à elle, « une responsabilité collective que tous les États membres ont reconnue », selon Mme Mogherini.
Mais si cette responsabilité collective semble reconnue, aucune avancée concrète n'est à noter. Selon Mme Mogherini, l’objectif était uniquement de sonder « l'intention politique » à résoudre la question du débarquement.
Proposition italienne
Lors de la réunion, la ministre italienne Elisabetta Trenta a présenté la proposition de son gouvernement visant à introduire une rotation des ports pour le débarquement. Les Italiens proposent qu’une unité de coordination, assimilée à Frontex, se charge d’attribuer le port du pays compétent chaque fois qu’un navire de l’opération récupèrera des migrants/réfugiés. Mais cette proposition n’a pas fait consensus.
À l’issue de la réunion, la ministre a précisé que Rome examinera la participation de l'Italie à l'opération, s’il n’y a pas d’accord sur le changement des règles de débarquement.
De son côté, interrogée sur de possibles propositions de ports de débarquement de la part d'États membres méditerranéens, Mme Mogherini a précisé que ce n'était pas l'objet de la réunion, estimant que la réunion informelle des ministres n’était ni « le lieu ni le format » pour prendre des décisions sur des questions internes sur lesquelles les ministres de l'Intérieur ont la haute main.
Doute sur la pertinence de la réunion
Selon une source européenne, plusieurs ministres se seraient interrogés sur la pertinence de la discussion, expliquant que cette question concernait davantage leurs collègues de l’Intérieur et les chefs d’État et de gouvernement.
Mme Mogherini a rappelé que les personnes sauvées en mer par l’opération Sophia représentent moins de 10 % de toutes les personnes sauvées, « ce qui signifie qu'il ne s'agit que d'une partie d'un problème beaucoup plus vaste et que l'Union européenne partage la responsabilité de la gestion des demandeurs d'asile et des flux migratoires ». « Cette question n'est pas du ressort des ministres de la Défense » ni « des ministres des Affaires étrangères », a-t-elle estimé. La discussion sur le maintien de Sophia sera donc réalisée en parallèle des travaux en cours dans la mise en œuvre des décisions du Conseil européen de juin.
Le ministre autrichien Mario Kunasek a, d’ailleurs, estimé que la question de Sophia ne devait pas être débattue au niveau des ministres de la Défense. Selon lui, « c'est au niveau des ministres de l'Intérieur qu'une solution doit être trouvée ». (Camille-Cerise Gessant)