Une étude sur les coûts et bénéfices du projet de gazoduc franco-espagnol MidCat, commandée par la Commission européenne et fuitée dans la presse mercredi 18 avril, met à mal la viabilité financière de ce projet dont le coût est évalué à 3 milliards d'euros et qui bénéficie déjà d'un soutien communautaire de 5,6 millions d'euros au titre des projets d'infrastructures d'intérêt commun, les PCI (EUROPE 11526).
Cette étude réalisée par le cabinet finlandais Pöyry à la demande de la Commission, accusée de l'avoir dissimulée, démontre que ce gazoduc de 230 kilomètres qui doit relier la Catalogne en Espagne et le Languedoc en France pour doubler, dès 2022, la quantité de gaz pouvant être acheminée à travers les Pyrénées depuis l'Afrique du Nord, d'un côté, la Norvège et la Russie, de l'autre, ne sera pas viable économiquement dans la plupart des scénarios. En outre, cette infrastructure induirait une hausse du prix du gaz et il impacterait l'environnement.
« Selon cette étude, le gazoduc MidCat gaspillera l'argent des contribuables, il conduira à des prix plus élevés pour les consommateurs, il n'augmentera pas la sécurité énergétique et sera à peine utilisé », déplore l'ONG environnementaliste Friends of the Earth.
« Le commissaire chargé de l'Énergie et du Climat, Miguel Arias Cañete, qui a pesé de tout son poids derrière ce pipeline douteux et une centaine d'autres projets prioritaires, devrait tous les rayer de la liste des PCI et investir dans une Europe plus sûre et plus propre, sans énergies fossiles », ajoute-t-elle.
Interrogée par EUROPE, vendredi 20 avril, la Commission n'a pas souhaité commenter.
« Le projet Midcat n'est pas cohérent avec les engagements climatiques de l'UE et ses promesses de réduire la dépendance aux énergies fossiles », avertit l'eurodéputée française Michèle Rivasi (Verts/ALE), à laquelle la Commission avait refusé l'accès au document. « Midcat n'a aucun sens économique, c'est un projet fondé sur des intérêts privés et non sur l'intérêt public ni sur des preuves objectives », abonde son collègue espagnol Xabier Benito Ziluaga (GUE/NGL).
Dans une lettre adressée cette semaine au président français, Emmanuel Macron, Mme Rivasi, M. Benito Ziluaga et une dizaine d'autres eurodéputés français et espagnols des groupes Verts/ALE et GUE/NGL ont demandé l'arrêt de ce projet de gazoduc, dénonçant ses coûts exorbitants et opaques et son impact environnemental désastreux, en contradiction avec les engagements pris à la COP21. (Emmanuel Hagry)