Des représentants de l’UE et de l’OTAN se sont inquiétés, mercredi 21 mars, de la situation sécuritaire en Afghanistan, lors d’une audition en sous-commission 'sécurité et défense' du Parlement européen. Quelques heures plus tôt, un nouvel attentat à l’occasion du Nouvel An perse, condamné par l’UE, avait fait au moins 32 morts à Kaboul.
« La situation sécuritaire en Afghanistan s’est considérablement détériorée », a reconnu Dietmar Krissler, chef de division pour l’Afghanistan et le Pakistan, au Service européen pour l’action extérieure. Ainsi, selon lui, très peu de districts sont sous le contrôle des autorités afghanes, alors que les rebelles en contrôlent de plus en plus. « Le territoire sous contrôle des rebelles a été multiplié par deux depuis 2015. Les districts sous contrôle des autorités ont, eux, diminué de 20 % depuis 2015 », a-t-il comparé.
Le responsable de l'OTAN de la politique opérationnelle ('operations policy') pour l’Afghanistan et l’Irak, Marc Di Paolo a, lui, aussi estimé que « la sécurité était moins bonne qu’il y a quelques années ». Il a reconnu que « l’OTAN et les États-Unis s’étaient sans doute retirés trop rapidement, ce qui a débouché sur une détérioration de la situation en matière de sécurité ». Selon M. Di Paolo, tous les acteurs présents en Afghanistan, y compris les talibans, reconnaissent qu’une victoire militaire n’était pas possible. « C’est le seul élément sur lequel tous les acteurs du pays sont d’accord », a-t-il ajouté. Le représentant de l'OTAN a cependant précisé ne pas s’attendre à un changement de position des talibans d’ici l’année prochaine.
M. Krissler est revenu sur l’accord de paix proposé aux talibans par le président afghan, Ashraf Ghani (EUROPE 11972). « Nous espérons que cette offre pourra être prise en compte par les talibans et déboucher sur un processus de paix durable, mais un doute subsiste sur la manière dont ils vont répondre ; jusqu’à présent il n’y a pas eu de réponse formelle », a-t-il ajouté. M. Krissler a souhaité que les acteurs internationaux, notamment le Pakistan, la Chine et la Russie, précisent leur position quant à l’offre du président, estimant que la conférence sur la paix en Afghanistan les 26 et 27 mars à Tachkent serait une « véritable possibilité pour réaffirmer un soutien international à M. Ghani ». Mme Mogherini sera présente à la rencontre. « Il faut définir un message commun pour les talibans. Nombreux sont ceux qui, dans la communauté internationale, discutent avec les talibans, il est important d’accompagner le processus de paix d’un point de vue politique sans exagérer la pression sur les talibans, par exemple, avec la mise en œuvre de zones sûres », a-t-il ajouté.
Dans son communiqué condamnant l’attaque du Nouvel An, publié le 21 mars, la porte-parole du Service européen pour l’action extérieure a précisé que l’UE continuerait de travailler avec les autorités afghanes pour parvenir à la paix. Elle a ajouté que l'UE réaffirmerait, lors de la conférence de Tachkent, que « l'offre de paix (...) devrait être saisie par tous afin que la violence et la terreur puissent s'arrêter une fois pour toutes, permettant un dialogue inclusif », a-t-elle expliqué, ajoutant que l’UE soutiendrait un tel dialogue. (Camille-Cerise Gessant)