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Bulletin Quotidien Europe N° 11987
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Finances

La finance 'verte' européenne se met en route

Faire de chacun des participants des « ambassadeurs de la finance durable », mais aussi « montrer au reste du monde la détermination européenne » : voilà l'objectif affiché du commissaire européen aux Services financiers, Valdis Dombrovskis, lors de la conférence sur la finance durable qui s'est tenue à Bruxelles, jeudi 22 mars. 

Pour l’envoyé spécial de l’ONU pour l’action climatique, Michael Bloomberg, le plan d’action présenté par la Commission européenne le 8 mars dernier (EUROPE 11977) est un « bon exemple du leadership de l’UE dans ce domaine ». Revenant sur la décision du président américain, Donald Trump, de retirer les États-Unis de l'Accord de Paris, il a estimé que cela avait, au contraire, « galvanisé » les acteurs du marché américain, les incitant à faire plus. « Les Américains, contrairement à la Maison-Blanche, restent engagés dans l'Accord de Paris », a-t-il assuré. 

« Il nous faudrait au moins quatre planètes pour maintenir notre façon actuelle de vivre, de produire et de consommer. Or, nous n'en avons qu'une », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. D’ailleurs, selon lui, le coût de l’inaction serait encore plus grand. Entre 2007 et 2016, les pertes économiques liées aux catastrophes climatiques extrêmes ont augmenté de 86 %, a-t-il rapporté. Rien qu’en 2017, ces pertes s'élevaient à 117 milliards d'euros. 

« Je crois que le secteur financier a la responsabilité d'aider l'Europe à se préparer à l'économie de demain. [Il doit] faire partie de la solution et non du problème », a-t-il déclaré, quelques heures seulement avant d’aller transmettre ce même message à la réunion des chefs d’État ou de gouvernement. 

Ambition versus réalité

Un autre objectif affiché de la Commission européenne était aussi de tâter l'appétit de l'industrie pour les mesures proposées. Nils Bolmstrand, le patron du gestionnaire d’actifs Nordea Asset management a fait état d’une réelle demande de la part du marché, tout en mettant en garde contre une régulation qui serait trop rigide. « Il ne faut pas simplement cocher une case, il faut que cela soit quelque chose de dynamique », a-t-il expliqué. Il privilégie ainsi la voie de lignes directrices, qui permettrait de multiplier les solutions déjà mises en place par le secteur financier aujourd’hui. 

« Votre rôle sera d’optimiser avec des contraintes, et non plus de maximiser. Notre rôle, en tant que colégislateurs, est de mettre des barrières à votre terrain de jeu », lui a répondu le député européen Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge). Pour la députée Sirpa Pietikäinen (PPE, finlandaise), qui soutient aussi une législation incitante, la voie volontaire avec des instruments tels que des codes de conduite risquerait de conduire à la situation où « seuls les meilleurs iront de l’avant ». 

D'autres participants ont par ailleurs appelé à ne pas « sacrifier » le retour sur investissement au profit du ‘durable’. « En efficacité énergétique, nous serons un jour meilleurs et, donc, les investissements rapporteront plus, ce qui renforcera la confiance dans le système », a déclaré avec optimisme la ministre fédérale belge de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem, mais pour cela, « un peu d’ordre, de méthode et de temps sont nécessaires ». Pour M. Juncker, faire en sorte que notre argent contribue à une meilleure planète est « le meilleur retour sur investissement qui soit »

Appel français à la cohérence

Ce fut ensuite au tour du président français, Emmanuel Macron, de venir exposer sa vision de la finance durable et de souligner le soutien de la France à l’initiative de la Commission. « La crise climatique est peut-être moins médiatisée que ne l’a été la crise financière, mais ses conséquences sont plus durables », a-t-il déclaré. 

Réorienter les flux de capitaux vers des investissements durables passe aussi, selon lui, par la régulation de certains marchés, notamment le prix du carbone. À ce sujet, la France a déjà fait son choix et va relever le prix de la tonne de carbone sur son sol à 84 euros en 2022. 

Mais il voit plus loin et estime que l’UE devrait se doter d’un prix plancher européen du carbone, bien conscient néanmoins de toutes les résistances que cela pourrait soulever. Selon lui, il faudrait aussi une stratégie d’accompagnement pour les territoires qui en subiront les conséquences ainsi qu’une taxe aux frontières « pour ceux qui décident de ne pas suivre ce choix »

Appelant l'UE à mettre en cohérence ses objectifs climatiques avec ses autres politiques sectorielles, il a estimé que l’UE ne devrait signer d’accords commerciaux qu’avec les pays ayant signé l’Accord de Paris – une brève allusion à la décision des États-Unis de se retirer de cet accord. 

M. Macron a aussi plaidé pour un budget européen pro-climat et estime que fixer un objectif de 40 % pour la transition écologique serait à la fois « ambitieux » et « atteignable »

« N’ayons pas cette politique du faible », a conclu M. Macron, appelant l’UE à afficher un « leadership affirmé » et entendant, lui aussi, défendre cette vision auprès de ses homologues européens et mondiaux. (Marion Fontana)

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