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Bulletin Quotidien Europe N° 11787
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

La frontière irlandaise, dernière frontière des négociations du Brexit

Les préparations du Brexit se sont concentrées jusqu'à présent sur les droits des citoyens (EUROPE 11786, 11782) et sur la 'facture' budgétaire visant le Royaume-Uni. Mais la question des frontières, la troisième priorité de l’Union européenne au cours des prochaines négociations, se révèle aussi complexe que les deux premières.

Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit pour la Commission européenne, s’est rendu en Irlande cette semaine, où il a reconnu que des contrôles seraient instaurés aux frontières si le Royaume-Uni quittait l’union douanière.

«Le départ du Royaume-Uni de l’UE aura des conséquences. Nous devons tous dire la vérité», a déclaré M. Barnier jeudi 11 mai, lors d’une séance conjointe du Parlement et du Sénat irlandais. «Les contrôles douaniers font partie de la gestion des frontières de l’UE. Ils protègent le marché unique. Ils protègent nos normes sanitaires», a-t-il ajouté.

Le problème réside dans le manque de clarté du Royaume-Uni quant à sa position.

Alors que le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, a clairement indiqué qu’elle souhaitait sortir son pays du marché unique, elle est toutefois restée évasive sur la question de l’union douanière, qui supprime les droits de douane et les autres obstacles au commerce des marchandises.

Et bien que la dirigeante britannique ait déclaré qu’il n’y aurait pas de retour à une frontière «physique», aussi bien l’UE que le Royaume-Uni souhaitent exercer un contrôle sur les marchandises et les personnes qui pénètrent sur leur territoire.

«Dans ce cas, la responsabilité politique incombe au Premier ministre britannique», a avancé la députée européenne Mairead McGuinness (PPE, irlandaise), qui participait à une réunion de bureau du Parti populaire européen (PPE) en Irlande cette semaine. «Ce sont les Britanniques qui ont organisé le référendum, et, alors que nous respectons tous leur choix de sortir de l’UE, nous en subissons tous les conséquences».

Au cours de cette réunion, l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, a déclaré aux membres du PPE que le retour d’une frontière physique serait un «désastre». «Si le Royaume-Uni et l'Irlande tombaient d’accord sur la manière d’aller de l’avant concernant la frontière, alors nous aurions la meilleure chance de limiter les dégâts. C’est dans notre intérêt à tous, y compris nos partenaires européens», a précisé M. Blair.

Mais, il semblerait que le Royaume-Uni ne se préoccupe pas des effets du Brexit sur la région frontalière.
«Les responsables politiques britanniques et nord-irlandais passent sous silence les nombreuses préoccupations de l’Irlande du Nord relatives à un Brexit sans accord» ('hard Brexit'), a déclaré Madame McGuinness.

La mention de Gibraltar dans les lignes directrices de la négociation de l’UE a suscité davantage de réactions au Royaume-Uni que la référence à une réunification irlandaise dans les lignes directrices du sommet européen à vingt-sept du mois dernier (EUROPE 11778). Seul le député européen Nigel Farage du parti Ukip avait réagi via Twitter, estimant que l’UE «attisait le nationalisme irlandais pour compliquer les négociations du Brexit».

«Une issue semble inconcevable à l’heure actuelle», a encore ajouté Madame McGuinness, «mais il faut en trouver une

Les contrôles aux frontières, sous quelle que forme que ce soit, représentent une question délicate sur l’île, dont la frontière fortement militarisée n’a été démantelée que suite à l’accord de paix du Vendredi saint conclu en 1998.

Tous les jours, environ 30 000 personnes franchissent la frontière désormais invisible entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, aussi bien pour travailler que pour étudier. Les exportations vers la République d’Irlande représentent un cinquième des exportations totales de l’Irlande du Nord. Le Royaume-Uni dans son ensemble représente 14 % des exportations totales de l’Irlande.

Danny McCoy, le président de la confédération irlandaise des entreprises et des employeurs (Ibec), a déclaré qu’un plan d’urgence devra être mis en place, non seulement pour les personnes qui franchissent la frontière, «mais aussi vu les risques pour les échanges commerciaux dans des secteurs clés et l’impact potentiel sur les chaînes d’approvisionnement transfrontières fortement intégrées». Il a demandé que les règles européennes en matière d’aides d’État soient assouplies pour les entreprises exposées.

Cependant, beaucoup de ces questions ne seront abordées que lors de la seconde phase des négociations, lorsque les grandes lignes de l’accord commercial entre l'UE et le Royaume-Uni seront décidées et que les dispositions transitoires à mettre en place après le Brexit seront fixées.

Les directives de négociation proposées par l’UE (paragraphe 14) reconnaissent les «circonstances uniques» et la «situation géographique unique» sur l’île d’Irlande, y compris en ce qui concerne le transit des marchandises (EUROPE 11780).

Ces directives, qui ont été débattues par les ambassadeurs de l’UE cette semaine et le seront encore la semaine prochaine avant d’être signées par les ministres le 22 mai, évoquent le fait de trouver des «solutions flexibles et créatives… pour éviter la création d’une frontière physique» sur l’île (voir autre article).

Le texte mentionne également une disposition de l’accord du Vendredi saint qui confère aux 1,8 millions de citoyens d’Irlande du Nord la citoyenneté irlandaise (et donc la citoyenneté européenne) s’ils le souhaitent. Il souligne en outre l’importance de maintenir la Common Travel Area (zone commune de voyage) entre le Royaume-Uni et l’Irlande, qui date des années 1920.

M. Barnier a insisté sur le fait que «rien dans cette négociation ne devrait compromettre la paix». Il a rassuré le peuple irlandais en déclarant que «l’intérêt irlandais sera l’intérêt de l’Union» durant les négociations. «Nous sommes ensemble dans cette négociation, et une UE unie sera là pour vous,» a-t-il conclu. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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