La Commission européenne a appelé, mardi 18 avril, à une enquête transparente sur les irrégularités qui auraient eu lieu lors du référendum constitutionnel du 16 avril en Turquie.
Les changements constitutionnels ont été approuvés à 51,4% des voix dans un référendum qualifié par l’OSCE d’inégal en raison du manque d'égalité des chances, d’une couverture médiatique unilatérale et de limitations aux libertés fondamentales.
Prenant note et ayant « attentivement examiné » la déclaration des missions d’observation du référendum, le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas a expliqué que celle-ci appelait « les autorités à lancer des enquêtes transparentes sur les allégations d'irrégularités constatées par les observateurs ». La Commission exhorte également tous les acteurs à faire preuve de retenue, alors que le principal parti d’opposition veut déposer un recours pour demander l'annulation du référendum et que le président turc a déjà annoncé qu'il ne tiendrait pas compte des rapports des observateurs.
« Compte tenu des rapports des observateurs, du résultat serré du référendum et des implications profondes des amendements constitutionnels, nous appelons les autorités turques à examiner attentivement les prochaines étapes et à rechercher le consensus national le plus large possible dans le suivi du référendum », a ajouté M. Schinas.
Déjà dans un communiqué publié juste après les résultats du référendum, le 16 avril, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, avaient appelé les autorités à rechercher ce consensus. Ils avaient prévenu que « les amendements constitutionnels, et en particulier leur mise en œuvre pratique, seraient évalués à la lumière des obligations de la Turquie en tant que pays candidat à l'UE et en tant que membre du Conseil de l'Europe ».
Les ministres des Affaires étrangères de l'UE devraient, lors de leur réunion informelle du 28 avril, discuter de la situation en Turquie. M. Schinas a aussi rappelé que M. Juncker avait encouragé à plusieurs reprises la Turquie à se rapprocher de l'UE et à ne pas s'en éloigner de plus en plus vite.
M. Erdoğan provoque
Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, éloigne pourtant son pays de l’UE. Dès le résultat du référendum, il a évoqué un nouveau scrutin sur le rétablissement de la peine de mort, une ligne rouge pour l’UE et pour le Conseil de l’Europe. Selon M. Schinas, « passer de la rhétorique à l’action serait un signal clair que la Turquie ne veut pas être membre de la famille européenne ». Une adhésion à l’UE que le président turc souhaiterait aussi soumettre aux voix.
Le Parlement appelle encore une fois à arrêter les négociations
Les présidents des groupes PPE, ADLE et S&D au Parlement européen ont demandé, de leur côté, l’arrêt des négociations d’adhésion à l’UE. Pour le président du groupe PPE, Manfred Weber, « le référendum est une rupture historique. La Turquie s'écarte de l'État de droit et de la démocratie ». Ainsi, « l'Europe doit réévaluer la situation. Un nouveau départ est nécessaire pour nos relations. (…) L'adhésion turque à l'UE est hors de propos. Après le développement des derniers mois, nous ne pouvons pas continuer comme si rien ne se passait », a-t-il expliqué. Guy Verhofstadt, pour l’ADLE, a estimé que les changements constitutionnels « n'accordaient pas seulement des pouvoirs autoritaires au président », mais qu’ils « perturbaient aussi les contrôles démocratiques ». De plus, le référendum sur lequel ils se basent « ne répond pas aux normes du Conseil de l'Europe », a souligné M. Verhofstadt, ajoutant que « la seule conclusion logique de tout ceci est que l'UE arrête immédiatement les négociations d'adhésion et repense ses relations avec la Turquie ».
« M. Erdoğan a fermé ses portes à l'UE avec ce référendum. Les pourparlers d'adhésion devraient être suspendus une fois que la Turquie décidera de mettre en œuvre les 18 modifications constitutionnelles », a ajouté le S&D Gianni Pittella. Alors que « M. Erdoğan transforme de plus en plus la Turquie en un régime autoritaire personnel », « l'Europe ne peut pas fermer les yeux et rester silencieuse - et l'Europe ne le fera pas », a averti le président du groupe S&D.
Le rapporteur pour le PE sur la Turquie, la Néerlandaise Kati Piri, membre du S&D, a qualifié le jour du référendum de « jour triste pour tous les démocrates en Turquie ». « Il est clair que le pays ne peut pas adhérer à l'UE avec une constitution qui ne respecte pas la séparation des pouvoirs et qui n'a pas de contrôles et de contrepoids. Si le paquet est mis en œuvre tel quel, cela devra conduire à la suspension formelle des négociations d'adhésion à l'UE. Continuer de parler de l'intégration de la Turquie en Europe dans les circonstances actuelles est devenu une farce », a prévenu Mme Piri. Cependant, selon elle, « les résultats montrent qu'il y a des millions de citoyens turcs qui partagent les mêmes valeurs européennes et qui ont choisi un avenir différent pour leur pays. L'UE ne devrait jamais leur fermer la porte ». (Camille-Cerise Gessant)