*** DANIELLE AUROI : Union européenne : l’urgence du long terme. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide-Briand, F-75007 Paris. Internet : http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information de l'Assemblée nationale", n° 4572. 2017, 145 p., 5 €. ISBN 978-2-11-144079-1.
La commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale française a eu l’excellente idée d’organiser, entre octobre et janvier derniers, un cycle d’auditions sur l’avenir de l’Union européenne. Ainsi que l’écrit sa présidente, Danielle Auroi, dans ce Rapport d’information qui en rend compte, l’objectif « était d’entendre et de questionner des intellectuels et des chercheurs, représentant une pluralité de points de vue, parfois insuffisamment entendus dans le débat public européen classique ».
Cet objectif a été parfaitement atteint du fait de la liberté de pensée dont ont témoigné les personnes auditionnées : l’ancien président du Conseil italien Enrico Letta, aujourd’hui président de l’Institut Jacques Delors – Notre Europe, qui a admis notamment que « ce n’est pas faire prendre la bonne voie à l’Europe que de donner aux gouvernements un rôle prédominant » au sein de l’Union, celle-ci devant aussi cesser d’être seulement « synonyme d’économie, de finance et d’euro » ; l’historien et philosophe néerlandais Luuk Van Middelaar qui pense tout au contraire que le Conseil européen est et doit rester « le nœud principal » d’un exécutif dispersé ; le Pr. Lequesne pour qui les responsables politiques français (mais sont-ils les seuls ?) « ont tendance à occulter les questions européennes qui restent gérées entre spécialistes sans contrôle démocratique » ; l’ancien directeur général du Service juridique du Conseil de l’Union européenne, Jean-Claude Piris, qui a notamment observé que « le flou et l’ambiguïté » qui caractérisent toujours « les finalités » de celle-ci suscitent fatalement la méfiance citoyenne alors que « des petits pas fédéraux » sont requis « s’agissant de l’euro » ; Antoine Vauchez, directeur du Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS) qui s’est demandé « s’il ne faudrait pas un petit traité de démocratisation » ; Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, qui a entre autres observé que « la question de l’identité européenne n’a pas été prise en compte », avec pour conséquence que « cet espace laissé vacant est occupé depuis un certain nombre d’années par les partis populistes et/ou extrémistes » ; Jean-François Jamet, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, qui a plaidé pour l’émergence d’une « Europe régalienne », à savoir « une Europe qui renforce la souveraineté de la puissance publique, que celle-ci s’exerce au niveau national ou au niveau européen » ; le philosophe Etienne Balibar qui a notamment émis le vœu que l’avenir de l’Europe soit placé au cœurs des élections présidentielles en France et qu’il soit accepté que... « des citoyens d’autres pays européens qui partagent nos préoccupations aient droit à la parole chez nous pour formuler leurs propres attentes » ; Daniela Schwarzer, directrice de l’Institut allemand des relations internationales, qui a notamment estimé que, « en l’absence de réforme, le risque d’éclatement de la zone euro est élevé », Berlin ayant, selon elle, à entamer « une réflexion au sujet des méfaits de la politique nationale {allemande} sur l’économie européenne » ; enfin, Michel Theys en sa qualité d’éditorialiste de l’Agence Europe.
Toutes les idées émises au cours de ce cycle sont-elles pertinentes ? Sans doute pas, mais beaucoup d’entre-elles sont intéressantes et constructives, toutes ayant en tout cas le mérite précieux d’envisager l’avenir de l’Europe hors des cercles politiques et diplomatiques où le destin de celle-ci se joue en vase clos et sous la stricte contrainte de camisoles de force nationales. C’est donc un apport utile qui justifierait sans aucun doute que cette initiative parlementaire française soit imitée dans d’autres Etats membres de l’Union. D’ailleurs, pourquoi Danielle Auroi et ses pairs ouverts d’esprit ne joueraient-ils pas avec l’idée de ponctuer l’exercice par la réunion de l’ensemble des personnes consultées à l’échelle européenne en présence des élus compétents des parlements nationaux et européen ? Ne serait-ce pas, en l’occurrence, la préfiguration d’une assemblée, voire d’une Convention citoyenne ? Pierre Bouvier
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. The Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax : (+39-011) 4732843 – Courriel : info@federalist-debate.org – Internet : http://www.federalist-debate.org ). 2016, n° 3, 64 p.. Abonnement annuel : 15 € / Internet : 8 €.
Ce numéro d’une publication fédéraliste toujours fort riche contient cinq contributions consacrées au Brexit et à ses suites. La première d’entre elles est l’éditorial qui voit Lucio Levi l’appréhender à la lumière des risques de désintégration de l’Union qui pourraient en résulter. Ce grand nom du fédéralisme italien y fustige les gouvernements nationaux qui, coupables d’avoir été jusqu’à brader le concept d’union toujours plus étroite pour complaire à David Cameron avant le référendum, lui paraissent plus que jamais « vivre dans le passé » et, dès lors, donnent une actualité brûlante à cet avertissement des deux auteurs du Manifeste de Ventotene : « Si demain, la lutte devait rester confinée à l’intérieur des frontières nationales traditionnelles, il serait difficile d’éviter les anciennes contradictions » qui ont entraîné, le siècle dernier, deux Guerres mondiales. Spinelli et Rossi avaient alors averti que les forces réactionnaires trouveraient alors de bonnes raisons à combattre pour « la restauration de l’Etat-nation » en en appelant au « sentiment patriotique », toutes choses que les Le Pen, Orban, Farage et consorts font à l’heure actuelle. Dès lors, estime le directeur de la publication, il est urgentissime que l’Union européenne cesse de « se définir comme la première démocratie supranationale dans l’histoire si elle est incapable de répondre aux préoccupations de ses citoyens », qu’il s’agisse du chômage, de l’accueil des migrants ou du terrorisme. Pour sa part, Paolo Ponzano, ancien haut fonctionnaire de la Commission, envisage la manière dont l’Union, sans se précipiter dans une réforme des traités, pourrait réagir de manière positive au départ du vingt-huitième Etat membre, l’invitant notamment à se distancer de ses politiques d’austérité et, au contraire, à prendre le risque de déplaire à certaines capitales en œuvrant en faveur de l’adoption d’un paquet social convaincant. Les autres contributions portent sur les modalités de la mise en œuvre de l’article, au Royaume-Uni comme dans l’Union, sur la montée du nationalisme et sur l’éventuelle possibilité de recourir à une citoyenneté européenne découplée de la citoyenneté nationale pour venir en aide aux fonctionnaires européens de nationalité britannique. (MT)
*** JEAN-FRANCIS BILLION, JEAN-LUC PREVEL : Le Manifeste de Ventotene. Projet d’un Manifeste et autres textes (1941-1947). Presse fédéraliste (c/o Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet : http://www.pressefederaliste.eu ). Collection « Textes fédéralistes », n° 14. 2017, 343 p., 25 €. ISBN 978-2-9558710-2-7.
Fédéralistes français au long cours et à l’enthousiasme inaltérable, Jean-Francis Billion et Jean-Luc Prevel reprennent dans ces pages le Manifeste rédigé par Altiero Spinelli et Ernesto Rossi lorsqu’ils étaient, en 1941, relégués sur l’île de Ventotene par le régime fasciste italien. Il ne s’agit point, dans leur esprit, d’un acte de simple mémoire car ce texte, le plus connu de la Résistance, « illustre l’écart entre les valeurs politiques du libéralisme, du socialisme et de la démocratie et les choix stratégiques des classes politiques nationales ». En ce temps où refleurissent les postures nationalistes et les appels au retour à la souveraineté nationale, il est par conséquent d’une très grande actualité et donne de bonnes raisons de se dresser contre les vieux démons. A cet appel historique en faveur d’une « Europe libre et unie », les compilateurs ajoutent d’autres textes éclairants, comme la préface d’Eugenio Colorni à l’édition du Manifeste de 1944, une présentation d’Altiero Spinelli par Lucio Levi et différents textes écrits par Spinelli lui-même entre 1942 et 1947. (MT)
*** Dokumente / Documents. Zeitschrift für den deutsch-französischen Dialog / Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (1 j Birker Strasse, D-53797 Lohmar. Tél. : (49-2246) 9499220 – fax : 9499222 – Courriel : aboservice@dokumente-documents.info – Internet : http://www.dokumente-documents.info ). 2016, n° 4, 7 €. Abonnement : 18,90 €.
La revue bilingue lancée au sortir de la Seconde Guerre mondiale par le jésuite Jean du Riveau afin qu’Allemands et Français apprennent à mieux se connaître et à dialoguer en vue de nouer un partenariat utile pour les uns comme pour les autres contient, dans ce numéro, plusieurs contributions consacrées au Brexit et aux conséquences potentielles du choix des citoyens britanniques de se retire sur leur île. Landry Charrier, maître de conférences à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, en tire par exemple la conclusion qu’il faut d’urgence « réveiller l’esprit de Ventotene » et, partant, parvenir à dépasser les cadres politiques nationaux, ainsi qu’y incitaient Spinelli et Rossi. Pour sa part, le Pr. Heinz Kleger (Université de Potsdam) juge que le moment est plus que jamais venu non point de protéger l’Union européenne de ses citoyens, mais bien de convaincre ceux-ci de la pertinence « de l’idée européenne dans le cadre d’une démocratie directe ». D’autres contributions portent notamment sur les possibilités qu’a l’Union pour réagir, sur les perspectives d’une Europe de la défense, sur certains aspects spécifiques des relations nouées par la France et l’Allemagne avec la Grande-Bretagne, l’ancien secrétaire général du Parti populaire européen Thomas Jansen livrant enfin une réflexion sur l’hypothèse d’un rapprochement entre l’Union et la Russie. Parmi les autres sujets abordés dans ce numéro très riche et éclectique, mentionnons le dossier consacré à la vitalité des langues allemande et française, ainsi que la référence au débat de société initié en Allemagne par un film posant la question de savoir si, oui ou non, un avion détourné avec 164 passagers à bord peut être abattu parce que les terroristes veulent le veulent le faire écraser sur un stade où 70.000 personnes assistent à un match de football. (MT)
*** LOUKAS TSOUKALIS : Défendre l'Europe. Le projet européen peut-il être sauvé et, si oui, sous quelle forme ? Editions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi, Grèce. Tél. : (30-210) 2846074-5 – fax : 2817127 – Courriel : info@epbooks.gr – Internet : http://www.epbooks.gr ). 2016, 336 p., 16,99 €. ΙSBN 978-960-569-641-2.
Confrontée ces dernières années à des crises multiples (zone euro, réfugiés, Brexit), l’Union européenne tente avec énormément de difficultés, et un succès limité, de préserver sa fragile unité. Si l’expérience révolutionnaire qu’a constitué l'intégration européenne n’a cessé voir ses membres et ses compétences et ses responsabilités augmenter, son centre de décision est resté faible, ainsi que sa légitimité politique alors que les écarts économiques grandissaient entre les Etats membres et en leur sein. Partant du constat que l'Union reste une entité collective, politique et économique, extrêmement complexe, le Pr. Tsoukalis (Université d'Athènes), président de la Fondation grecque pour la politique européenne et étrangère, établit dans ces pages un bilan de l’unification européenne en analysant les défis auxquels l’Union est aujourd’hui confrontée et en esquissant des pistes de solutions. Dans un style vif et avec un langage accessible au plus grand nombre, celui qui enseigne aussi au Collège d’Europe décrypte aussi la place occupée par la Grèce dans cette aventure, son introduction le voyant enfin établir un parallèle instructif entre les résultats du référendum britannique et ceux du dernier scrutin présidentiel aux États-Unis. (AKa)
*** COSTAS SIMITIS : Y a-t-il une solution ? Une discussion avec Yannis Pretenderis. Editions Polis (33 Eolou, GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 – Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed.gr ). 2016, 288 p., 14 €. ISBN 978-960-435-539-6.
Avec le déluge d’informations que ne cessent pas de déverser les médias, le citoyen grec se sent le plus souvent se noyer dans un flot d’énigmes qui l’empêchent de comprendre où le pays est conduit et, surtout, le sort qui lui sera personnellement réservé. Pour régler le problème de la dette comme le promet le gouvernement Tsipras et comme l’exigent les partenaires européens pour 2018, à quelle sauce sera-t-il mangé ? De nouvelles taxes lui sont-ils promises ? De nouveaux régimes de retraite ? Des nouvelles réductions du revenu ? Et qui croire, ceux qui lui assurent que les améliorations de la situation sont proches ou ceux qui croient au contraire que l'avenir sera sombre pour un temps indéfini, long en tout cas ? C’est aux causes de cette confusion et de ces incertitudes que l’ex-Premier ministre Costas Simitis (1996-2004) s’intéresse dans ce livre d’entretiens avec l’économiste Yannis Pretenderis, journaliste très reconnu en Grèce. Pour ce dignitaire du Pasok, il est normal que le peuple ne comprenne pas les termes du jeu dont il est la victime, tant il est vrai que ceux qui sont aux affaires n’ont guère plus d’assurances et de certitudes. En mai dernier, l’Eurogroupe n’avait-il pas lui-même... reconnu que « le degré considérable d'incertitude quant aux développements macroéconomiques en Grèce » ne lui permettait « pas de se prononcer sur ce qui se passera dans l'avenir » ? Comment, dès lors, le peuple le pourrait-il ? Dans ce contexte, une solution est-elle envisageable ? C’est à le vérifier que s’emploient les deux hommes en cherchant, par un dialogue vif et sérieux mais accessible au plus grand nombre, à ce les problèmes grecs actuels soient mieux compris. Leur conviction profonde est, en effet, que ces problèmes ne pourront être résolus que si les citoyens, correctement informés, pourront se forger une opinion et un jugement justes. (AKa)
*** PIERMARIO MATTERA : Dialogues avec mon Père. Edilivre (175 Bld Anatole France, F-93200 Saint Denis. Tél. : (33-1) 41621440 – fax : 41621450 – Courriel : client@edilivre.com – Internet : http://www.edilivre.com ). 2017, 52 p., 8,50 €. ISBN 978-2-414-04070-4.
Alfonso Mattera a été un haut fonctionnaire de la Commission européenne reconnu et respecté. Cet artisan du Marché unique européen – qu’il enseignait notamment au Collège européen de Parme et au Collège d’Europe de Bruges, qu’il décryptait et analysait depuis 1991 la Revue du Marché unique européen devenue la Revue du Droit de l’Union européenne – est brutalement décédé l’été dernier. Dans ce court journal poétique, écrin d’états d’âme déchirants, désespérés, son fils Piermario exprime sa peine pour cette perte, comme dans cet écrit du 12 octobre dernier : « Et brusquement, dans l’invraisemblance de la mort, j’ai su qu’il n’y avait ni Paradis, ni Enfer, ni Purgatoire. Mais seulement ce qui a été et ce qui ne sera plus »... (MT)