En annonçant la tenue d'élections législatives jeudi 8 juin, le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, souhaite consolider la majoritaire parlementaire des conservateurs britanniques au parlement de Westminster afin de réussir les négociations menant à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.
Bien qu'elle ait refusé auparavant d'envisager des élections législatives avant 2020, Madame May a surpris tous les observateurs politiques lorsqu'elle a annoncé, mardi 18 avril, le souhait du gouvernement conservateur britannique que de nouvelles élections législatives aient lieu.
« Il devrait y avoir l'unité ; il y a au contraire de la division au sein de Westminster », a déclaré Madame May sur le perron du 10 Downing Street. Citant les critiques émanant du parti libéral et du parti écossais indépendantiste, elle a considéré que l'opposition sous-estimait la détermination du gouvernement à accomplir sa mission, à savoir mener à bien le 'Brexit'. « Nous avons besoin d'élections législatives et nous en avons besoin maintenant », a-t-elle déclaré, précisant qu'elle agissait à contrecœur. Sinon, selon elle, le petit jeu politique continuera et culminera au moment des élections prévues jusqu'à présent en 2020.
Ashley Fox, le leader des conservateurs britanniques au Parlement européen, a estimé qu'« une victoire claire des Tories aux élections législatives octroierait un mandat fort au gouvernement pour sécuriser le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni et mettre en place une nouvelle relation approfondie et positive avec les partenaires européens ».
Parmi les rivaux politiques des conservateurs, le travailliste Richard Corbett a, au contraire, raillé la peur du gouvernement britannique que les députés rejettent au final l'accord de retrait de l'UE que sont appelés à sceller le Royaume-Uni et les Vingt-sept. « Espérons que son pari échoue », a-t-il réagi via son compte Twitter.
Selon les sondages, l'avance du parti conservateur sur ses concurrents est confortable. Les Tories obtiendraient entre 38% et 45% des voix, tandis que les travaillistes sont crédités de 25% à 29% des voix, les libéraux et le parti UKip autour de 10% voix, ainsi que les Verts et le parti nationaliste écossais autour de 5% des voix.
Paul Nuttall, le leader du parti UKip, a estimé que l'initiative de Mme May s'expliquait surtout par la faiblesse du parti travailliste. M. Corbyn a estimé que les travaillistes seront en mesure d'offrir une alternative efficace à un gouvernement responsable d'une baisse du pouvoir d'achat des Britanniques et de coupes dans l'éducation et la santé. Au nom du parti SNP qui souhaite organiser un référendum sur l'indépendance de l'Écosse à l'issue des négociations menant au 'Brexit', Mme Sturgeon a critiqué la volonté des Tories de forcer une sortie pure et simple de l'UE ('hard Brexit').
Pour que les élections législatives aient lieu début juin, le Parlement britannique devra adopter une motion en ce sens qui obtienne une majorité des deux tiers des députés.
Les Vingt-sept maintiennent le calendrier prévu
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait savoir qu'il s'est entretenu au téléphone avec Mme May qu'il avait rencontrée début avril (EUROPE 11763). « C'est Hitchcock qui a tourné le film 'Brexit' : d'abord un tremblement de terre et puis la tension qui monte », a-t-il ironisé via son compte Twitter.
Dans son entourage, on indique que l'annonce de ces élections ne change pas le calendrier des Vingt-sept. « Nous nous attendons à ce que les lignes directrices relatives au 'Brexit' soient adoptées par le Conseil européen du 29 avril et, ensuite, que les orientations de négociations soient prêtes le 22 mai. Cela permettra aux Vingt-sept de lancer les négociations », a déclaré un conseiller.
Présenté fin mars, le projet de lignes directrices des vingt-sept États membres, qui a déclenché une polémique liée à la situation spécifique de Gibraltar, est en cours de discussion (EUROPE 11766).
La Commission européenne s'est contentée de louer, via son porte-parole, la vigueur de la démocratie au Royaume-Uni. Les élections, c'est « bon en général » pour la démocratie, a indiqué Margaritis Schinas.
Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, sera reçu par Mme May à Londres jeudi 20 avril. (Mathieu Bion)