La commissaire européenne à la Politique régionale, Corina Creţu, a annoncé envisager la création d’un outil pour soutenir les régions sinistrées par la mondialisation, dans une carte blanche publiée, vendredi 24 mars, dans le quotidien belge Le Soir. Une nouvelle qui a étonné du côté du Parlement européen.
Énumérant les enjeux à relever relatifs à l’avenir de la politique de cohésion, la commissaire a insisté sur la nécessité d’introduire plus de flexibilité pour « s’adapter et réagir rapidement et efficacement » aux crises, notamment pour contrebalancer les conséquences de la mondialisation, dont les délocalisations. La commissaire note que la politique de cohésion ne prévoit pas d’aide financière dans ces cas précis.
Partant, Mme Creţu a annoncé étudier la possibilité de créer un outil pour soutenir les régions touchées de plein fouet par les « effets néfastes » de la mondialisation. Il s’agirait d’un outil comparable au Fonds de solidarité de l’UE (FSUE) pour les catastrophes naturelles, écrit-elle.
La proposition peut susciter quelques interrogations, à commencer par son articulation avec le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM), qui vise à soutenir les personnes ayant perdu leur emploi à la suite de changements structurels dus à la mondialisation, comme ce fut le cas pour Caterpillar (EUROPE 11619).
Des parlementaires dubitatifs. Contacté par EUROPE, Younous Omargee (GUE/NGL, français) a salué l’initiative, mais lance un avertissement : « la politique de cohésion ne pourra tempérer (les effets de la mondialisation) que dans dans une certaine limite ». « Plutôt que des soins palliatifs, c’est la réindustrialisation qu’il faut financer et la mondialisation qu’il faut changer », a-t-il poursuivi. Même son de cloche du côté de Marie Arena (S&D, belge) qui s’est demandée « pourquoi multiplier les fonds ? » sur le hub du Parlement européen, lui préférant également une véritable stratégie industrielle. Un conseiller d’un groupe politique du PE a confié à EUROPE être dubitatif quant aux modalités de financement d’un tel projet, à l’heure où la politique de cohésion s’apprête à entrer dans une période de vaches maigres sans précédent avec le retrait du Royaume-Uni (EUROPE 11747).
Juste une idée pour l'instant. Du côté de la Commission européenne, on a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une idée et non d’un projet réellement amorcé pour l’instant. « C’est une idée de la commissaire Creţu dans le contexte de la réflexion sur le cadre financier pluriannuel post-2020, qui contribue au même titre que d’autres commissaires », a souligné ainsi une source de l’institution, faisant certainement référence à la sortie remarquée de la commissaire à la Justice, Věra Jourová (EUROPE 11736).
La grogne monte du côté des États membres, dont certains réclament à cor et à cri une stratégie industrielle ambitieuse – qui reste pour l’instant lettre morte, la Commission européenne arguant que toutes ses politiques prenaient déjà en compte les industries européennes (EUROPE 11696).
La flexibilité des fonds européens est au centre des réflexions de la Commission européenne. L’institution a d’ailleurs récemment proposé une modification du règlement portant dispositions communes pour assouplir le FSUE (EUROPE 11750). (Pascal Hansens)