Les dirigeants européens adopteront, samedi 25 mars à Rome, en l'absence de leur homologue britannique Theresa May, la Déclaration de Rome qui soulignera l'indispensable « unité » des Vingt-sept pour faire progresser le projet européen « dans la même direction », tout en soulignant la possibilité, pour les pays désireux de s'intégrer plus vite, de créer des avant-gardes dans certains domaines.
Vendredi 23 mars, les dirigeants polonais et grec ont fait savoir qu'ils acceptaient de signer la déclaration qui leur sera soumise. Le Premier ministre polonais, Mme Beata Szydło, qui refusait la notion d'Europe à deux vitesses, a été rassurée par un langage qui met l'unité au cœur du projet européen et moins revendicateur sur les questions sociales.
Quant à son homologue grec, Alexis Tsipras, il aurait, au contraire, souhaité plus d'emphase sur la dimension sociale du projet européen, alors que son gouvernement de gauche radicale négocie actuellement avec les créanciers institutionnels d'Athènes l'ampleur des réformes à appliquer pour bénéficier d'une nouvelle tranche d'aide financière (EUROPE 11749). Vendredi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a d'ailleurs insisté sur le fait que, d'après lui, l'acquis communautaire sur les questions sociales s'applique partout dans l'UE et, donc, aussi à la Grèce. Athènes souhaite notamment rétablir le fonctionnement des conventions collectives, mises à mal par les précédents plans de sauvetage appliqués en Grèce depuis 2010.
Par rapport à la première version qu'EUROPE avait révélée mercredi 8 mars (EUROPE 11741), le dernier projet de la Déclaration de Rome n'a pas véritablement évolué sur le fond.
À Rome, les leaders rappelleront tout le chemin parcouru depuis l'époque où, peu après la Seconde Guerre mondiale ayant ravagé le continent européen, « le rêve » d'Europe de quelques-uns avait pris forme pour bâtir en soixante ans une Union à la fois « puissance économique majeure dotée de niveaux inégalés de protection sociale » et reposant sur « des valeurs fortes telles que la paix, la liberté, la démocratie, les droits de l'homme et l'État de droit ».
Néanmoins, pour répondre aux défis « sans précédent » tels que « les conflits régionaux, le terrorisme, les pressions migratoires croissantes, le protectionnisme et les inégalités économiques et sociales », les Vingt-sept réitéreront leur appel à l'unité, qui est « à la fois une nécessité et un libre choix ». Ce langage a été quelque peu adouci par rapport à la première version du texte, selon laquelle l'unité ne pouvait pas être une option. Alors qu'un État serait, à lui seul, mis sur la touche, l'union est la meilleure attitude pour peser sur les grands défis internationaux, indique aussi l'ultime projet de déclaration.
La voie est libre pour une Europe des avant-gardes
Désireux de rendre l'Europe sûre, prospère, durable, sociale et plus forte sur la scène internationale, les Vingt-sept évoqueront, à Rome, la possibilité qu'offrent les traités actuels à certains pays d'aller de l'avant sans attendre les pays les plus lents. « Nous agirons ensemble, à différents rythmes et différentes intensités si nécessaire, tout en allant dans la même direction, comme nous l'avons fait dans le passé, conformément aux Traités et en laissant la porte ouverte à ceux qui veulent se joindre plus tard », souligne le projet de déclaration.
Alors que les États-Unis demandent aux Européens de prendre en charge leur propre sécurité, le secteur de la défense est régulièrement cité pour expérimenter la création d'avant-gardes de pays. Sur ce point, les Vingt-sept s'engageront à promouvoir la stabilité et la prospérité dans le voisinage immédiat de l'Union et à renforcer leurs moyens de défense et de sécurité « en coopération et en complémentarité avec l'OTAN ».
Les initiatives destinées à « répondre aux inquiétudes de nos concitoyens » seront prises au niveau le plus approprié, conformément au principe de subsidiarité, et elles seront décidées en impliquant les parlements nationaux. « Nous voulons que l'Union soit fortement impliquée sur les grands enjeux, mais qu'elle le soit peu sur les petits enjeux », souligneront les Vingt-sept. De tels rappels ne figuraient pas dans la première version du document.
Voir le projet de déclaration (EN): http://bit.ly/2nkZYWB (Mathieu Bion)