login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11752
REPÈRES / RepÈres

L’anniversaire qui risquait « de devenir un enterrement »...

 

Ce samedi à Rome, le soixantième anniversaire des Traités de Rome sera ‘fêté’ au Capitole par les chefs d’État ou de gouvernement des pays membres de l’Union européenne – et décidés, semble-t-il, à le rester. Sans doute leur reviendra-t-il alors à l’esprit ce lointain souvenir scolaire : « Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne ». L’Histoire est porteuse sinon d’enseignements, en tout cas de messages symboliques. Il serait sot de les occulter pour ne pas regarder la vérité en face : l’Europe qui se construit depuis 70 ans – tant il est vrai qu’il faut sans cesse rappeler que les Traités de Rome n’ont pas été l’acte fondateur, mais seulement le début d’un deuxième épisode qui en a connu bien d’autres depuis... – est aujourd’hui menacée de mise à mort par ceux-là mêmes qui sont censés veiller à son épanouissement.

En réalité, il n’y a rien de bien neuf sous le soleil qui baigne notre petite péninsule d’Asie. Ayant eu l’excellente idée de remonter dans ses archives, l’Agence Europe a notamment exhumé un propos tenu par l’un des signataires des Traités de Rome à l’occasion de leur dixième anniversaire : « la relance risque de devenir un enterrement ». Ministre italien des Affaires étrangères en mars 1967, Gaetano Martino indiquait de la sorte combien la construction européenne est un combat constant à mener contre les conservatismes nationaux. Ce qui progresse ne nécessite pas de « relance ». Aujourd’hui, alors que l’absence de progrès cède insidieusement la place à la stagnation, voire à la régression, ce n’est plus une relance qui est requise, mais bien, carrément, une... révolution !

Les bons esprits feront bien entendu valoir que le tableau ainsi brossé est trop noir, que des progrès nombreux sont encore enregistrés. Sans doute. La diminution des frais d’itinérance téléphonique ou le soutien apporté à quelques milliers d’étudiants désireux d’européaniser leur parcours universitaire témoignent, entre autres, que tout n’est pas négatif, bien entendu. Mais voilà, est-ce bien là l’essentiel aujourd’hui, alors que les forces nationalo-populistes ne cessent de gagner du terrain un peu partout en Europe ? Ne nous leurrons pas, la victoire de l’écologiste Alexander Van der Bellen en Autriche et le semi-échec de Geert Wilders aux Pays-Bas ne sont que deux arbres qui cachent la forêt du mécontentement citoyen ne cessant d’enfler partout en Europe. Et il serait audacieux de prétendre que l’Union européenne n’y est pour rien !

Le chef de cabinet de la chancelière Merkel, a jugé bon de tweeter, une fois connus les résultats du scrutin néerlandais : « Pour le populisme et l’extrémisme, les arbres n’atteindront pas le ciel » (Handelsblatt Global, 16 mars). Peter Altmaier a même cru utile d’ajouter avec assurance : « La démocratie et la raison sont plus fortes que la démagogie ». Qu’il serait réconfortant de pouvoir le croire ! Malheureusement, il faut plutôt se résigner à admettre que, dans beaucoup de pays de l’Union, les Pays-Bas et la France en particulier, le national-populisme des forces extrémistes est en passe de gagner la bataille des idées. Après tout, comme l’a relevé le politologue de l’Université de Twente Henk van der Kolk, le Premier ministre sortant, Mark Rutte, a, à l’évidence, « adopté des éléments de langage » du parti de Geert Wilders pour emporter une victoire en forme de trompe-l’œil. Le ver est donc bel et bien dans le fruit européen...

La vraie bonne nouvelle venue des Pays-Bas réside dans la digue qui a été élevée face au national-populisme par les partis les plus europhiles – ou, du moins, les partis partisans d’une Europe moins chagrine, plus porteuse d’espoirs. Selon Kees Aarts qui enseigne les institutions politiques à l’Université de Groningen, la claire victoire des partis pro-européens – les Démocrates-chrétiens, les Libéraux démocrates de D66 et les Verts de gauche – est « une forte expression de la confiance néerlandaise dans l’Union européenne ». Voilà le rayon de soleil qui était attendu ! Il démontre que, enfin, des citoyens européens se mobilisent pour, comme l’a écrit notre consœur Nathalie Steiwer depuis Berlin, « ne pas laisser la rue aux anti-européens » (La Libre Belgique, 13 mars). Il est tentant et plaisant de penser que les participants aux manifestations organisées par le mouvement ‘Pulse of Europe’ et les rebelles électoraux néerlandais sont l’avant-garde d’une « majorité silencieuse (...) dégoûtée par le populisme antieuropéen de Geert Wilders, Marine Le Pen ou l’Alternative für Deutschland », ainsi que l’a écrit notre confrère Jeroen De Preter dans le magazine Knack.

Faut-il voir dans ces citoyens européens les estafettes d’une révolution qui s’annonce ? Peut-être. À tout le moins, ils sont là pour rappeler à leurs devoirs ceux qui, demain, célébreront en grande pompe, au nom des citoyens européens, le 60ème anniversaire des Traités de Rome (EUROPE 11743). Ils sont là pour rappeler à ceux-ci que les citoyens européens ne s’effacent pas derrière les citoyens de chacun des pays d’Europe, que leurs rêves ne s’arrêtent pas aux frontières de ceux-ci. Ils sont là pour leur rappeler ce que la parlementaire européenne Sylvie Goulard écrivait voici dix ans exactement, lors du 50ème anniversaire : « L’Europe n’est pas en crise pour la simple raison que, ces dernières années, l’Europe, au sens d’une communauté d’hommes solidaires, n’a pas été faite. L’Union européenne, telle qu’elle se construit, n’est pas ‘l’Europe’. C’est au mieux une étape intermédiaire, un entre-deux, au pis un ersatz ». Dix ans plus tard, ce jugement demeure pleinement valable, hélas. Plus que jamais, l’Europe reste un combat qui promet davantage l’enterrement que la victoire. Mais, cette fois, des forces nouvelles se lèvent, qui raniment l’espoir...

Michel Theys

Sommaire

LES TRAITÉS DE ROME ONT 60 ANS
REPÈRES
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
SOCIAL
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES
CORRIGENDUM