La solidarité doit sous-tendre les relations entre États membres, y compris en matière de migration, mais la sécurisation des frontières externes de l'UE est la précondition à tout progrès sur cette question épineuse, a déclaré le Premier ministre Joseph Muscat, mercredi 11 janvier à La Valette, à l'issue de la réunion de lancement de la présidence maltaise du Conseil de l'UE entre son gouvernement et la Commission européenne.
« Nous sommes l'un des rares pays à avoir plaidé pour le partage du fardeau. Nous accueillons des réfugiés et des demandeurs d'asile alors que nous avons fait face à un fort afflux. La solidarité n'est pas un concept 'à la carte', elle doit exister en toute circonstance. Nous avons plaidé pour la solidarité quand nous en avions besoin et nous la pratiquons quand d'autres pays en ont besoin », a déclaré M. Muscat.
Au 6 décembre 2016, Malte avait relocalisé 46 réfugiés depuis l'Italie et 34 depuis la Grèce. L'Autriche, le Danemark, la Hongrie et la Pologne n'avaient accueilli aucun réfugié déjà présent dans l'UE, tandis que la Slovaquie avait relocalisé neuf réfugiés depuis la Grèce, d'après des données de la Commission.
M. Muscat a toutefois estimé justifiée la requête de ses homologues des pays de l'Est selon laquelle « la sécurisation des frontières est le préalable à un accord sur une responsabilité partagée » en matière de répartition des réfugiés déjà présents dans l'UE. Et, à ce stade, les frontières extérieures de l'UE ne sont pas toutes sûres, a-t-il noté.
Faisant état d'une forte convergence de vues entre la Commission et le gouvernement maltais, le président de l'institution européenne, Jean-Claude Juncker, a rappelé que le Corps de gardes-frontières et de gardes-côtes était opérationnel avec 800 personnes sur le terrain. Il convient de s'assurer que les États membres respectent leurs engagements en matière de ressources afin de « renforcer la présence de l'UE en Méditerranée », a-t-il estimé. D'après lui, le Bureau européen d'accueil en matière d'asile (EASO), basé à Malte, doit aussi être transformé en véritable agence européenne et il faut améliorer notre coopération avec les pays africains par le biais notamment du plan d'investissement externe.
Fixer un juste prix au 'Brexit'
Europhile convaincu, M. Muscat est d'avis que l'accord, qui sera négocié à partir de mars avec le Royaume-Uni pour sa sortie de l'Union européenne, devra être « équitable », mais aussi « inférieur » à une situation de membre à part entière. Rarement a-t-il vu les États membres aussi unis que sur la question du 'Brexit'. Et l'ancien eurodéputé social-démocrate de plaider pour une implication du Parlement européen dès le début des négociations afin d'éviter une situation où le PE rejetterait un accord ficelé sans lui peu avant les élections européennes de 2019.
Pour M. Juncker, « une erreur majeure consisterait à considérer le 'Brexit' comme le début de la fin » pour l'Union alors que, selon lui, des avancées sont possibles en matière d'intégration sans les Britanniques. Cela notamment sur la question du pilier social européen, un thème qui tient visiblement à cœur à l'ancien Premier ministre luxembourgeois et au Premier ministre maltais.
Plus tôt dans la journée, le vice-Premier ministre maltais, Louis Grech, avait considéré que le référendum britannique remporté par les partisans du 'Brexit' avait au moins permis de poser la question de l'avenir de l’UE. Avec les élections dans plusieurs États membres, « les douze prochains mois seront un moment déterminant pour l’Europe », avait-il expliqué. Le sommet européen à Vingt-sept, sans le Royaume-Uni, qui se tiendra vendredi 3 février à La Valette, sera l'occasion de poursuivre la concrétisation de la feuille de route de Bratislava et de préparer la célébration des 60 ans du traité de Rome en mars (EUROPE 11626).
Ces échéances devraient aussi favoriser un rapprochement entre les élites et des citoyens déboussolés et tentés par les discours extrémistes. « Il faut arrêter de critiquer ceux qui votent pour les partis extrémistes et se focaliser sur leurs inquiétudes », a estimé M. Muscat, pour qui l'une des causes du malaise actuel provient d'une redistribution insuffisante des richesses produites.
Selon un sondage d'Eurostat de novembre 2016, les Maltais font partie des Européens les plus europhiles : 52% de la population fait confiance aux institutions européennes, contre 36% en moyenne en Europe. (Mathieu Bion avec Camille-Cerise Gessant)