À leur arrivée à leur réunion informelle, vendredi 2 septembre à Bratislava, les ministres des Affaires étrangères européens se sont montrés désunis concernant la poursuite des négociations d’adhésion avec la Turquie. Le ministre slovaque, Miroslav Lajcak, a espéré une discussion sur le sujet.
« Je ne suis pas en faveur d’interrompre ou de stopper les négociations d’adhésion, les négociations sont le meilleur levier que l’UE peut avoir lorsque nous voulons influencer la transformation (processing) dans un pays candidat », a expliqué M. Lajcak. Pour le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, il n’y a pas d’intérêt à interrompre les négociations d’adhésion. Il a expliqué que l’UE avait plus d’influence en maintenant le processus de négociations d’adhésion.
Mais leur homologue autrichien, Sebastian Kurz, a une nouvelle fois répété qu’il n’était pas en faveur d’une adhésion. L’UE et la Turquie peuvent rester en discussion et même coopérer sur l’économie et dans d’autres domaines, « mais je ne vois pas la Turquie comme un membre (de l’UE) », a-t-il expliqué.
Pour le commissaire aux Négociations d’adhésion, Johannes Hahn, la priorité ne porte pas sur les négociations d’adhésion. « La Turquie est confrontée à une situation interne difficile et, dans une telle situation, il est important de rester avec les voisins, de parler et de rester en contact. Actuellement, nous avons des sujets plus importants de discussion avec la Turquie que des négociations d'adhésion », a-t-il expliqué, estimant qu’il s’agissait « en partie d’une discussion artificielle ». Il a ainsi cité la question des réfugiés, la stabilisation du pays, les visas et la coopération économique. Selon M. Hahn, la « vaste majorité » des États membres n'est pas en faveur d'une interruption ou d'un arrêt des négociations d’adhésion.
Condamnation du coup d’État et appel au respect des droits de l’homme
Par ailleurs, plusieurs ministres, tout en condamnant la tentative de coup d’État, ont aussi rappelé l’importance de respecter les droits de l’homme. « Nous devons être clairs à la fois dans notre soutien aux autorités turques contre la tentative de coup d’État et dans notre demande à ces autorités de respecter l’État de droit et les droits de l’homme fondamentaux », a résumé l’Italien Paolo Gentiloni, partageant l'opinion du Néerlandais Bert Koenders.
Le 1er septembre, le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait, lui aussi, appelé au respect des droits de l’homme. Si « la tentative contre la démocratie (…) nécessite des mesures exceptionnelles pour protéger les institutions démocratiques », « le caractère exceptionnel des mesures et de l'état d'urgence ne doit pas échouer au test de la proportionnalité et de l’État de droit », avait-t-il déclaré dans un communiqué publié à l’issue de sa visite en Turquie, précisant que la démocratie était beaucoup plus que le fait de voter. « Le soutien du Parlement à la démocratie en Turquie restait sans équivoque », a-t-il ajouté. Il a aussi souhaité que les liens entre l’UE et la Turquie soient renforcés, car « tourner le dos à l’autre ne ferait que nuire aux citoyens des deux côtés ». (Camille-Cerise Gessant)