Bruxelles, 04/04/2016 (Agence Europe) - L'accord entre l'UE et la Turquie est officiellement entré en vigueur lundi 4 avril, a annoncé la Commission européenne, précisant que parallèlement à de premiers retours vers la Turquie de migrants arrivés en Grèce après le 20 mars, de premières réinstallations de réfugiés vers l'UE avaient également pris place le même jour.
Ficelé entre l'UE et la Turquie le 18 mars dernier, l'accord conclu prévoit que la Turquie reprenne, d'une part, tous les migrants irréguliers arrivés en Grèce ne pouvant prétendre à la protection internationale ou tous ceux ne demandant pas l'asile et, d'autre part, les demandeurs d'asile, notamment syriens, qui pourraient obtenir une protection en Turquie. Lundi, la Commission européenne ne pouvait préciser si les retours de migrants vers la Turquie avaient concerné des demandeurs d'asile, les médias évoquant des migrants pakistanais ou du Bangladesh considérés eux comme des migrants économiques.
Plusieurs centaines de migrants originaires de ces deux pays devaient ainsi être renvoyés lundi vers la Turquie, au titre, cette fois, de l'accord bilatéral de réadmission entre la Grèce et la Turquie. Le commissaire européen à la Migration, Dimitris Avramopoulos, était en déplacement à Ankara ce lundi 4 avril pour évoquer les détails de cet accord et devait rencontrer notamment le président, Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, ainsi que les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur.
De leur côté, plusieurs États membres de l'UE ont indiqué avoir accepté de réinstaller des réfugiés syriens, la Finlande ayant, par exemple, accueilli 11 Syriens le 4 avril. L'Allemagne devait en accueillir 32 le même jour et un autre groupe de réfugiés syriens devrait être réinstallé le 5 avril aux Pays-Bas, a expliqué la Commission. Ces réinstallations se font dans le cadre de l'offre de 72 000 places avancée par les États membres le 18 mars, offre qui regroupe les 18 000 places restantes d'un premier programme de réinstallation et une réserve supplémentaire de 54 000 places découlant du programme de relocalisation de réfugiés.
Lundi 4 avril, la Commission a également voulu insister sur les garanties apportées à la fois par la Grèce et la Turquie quant aux aspects légaux de l'accord. Le Parlement grec a adopté, vendredi soir, les changements législatifs requis et la Turquie a annoncé que tous les réfugiés syriens renvoyés en Turquie verraient leur protection renouvelée, a indiqué la Commission. La Turquie a aussi assuré que toutes les personnes renvoyées de Grèce et en besoin de protection auraient accès aux procédures d'asile. Elle procédera aux ajustements législatifs nécessaires en ce sens, a encore tenu à assurer la Commission.
Depuis le 18 mars, la Grèce a, pour sa part, renvoyé 147 personnes ne pouvant prétendre à la protection internationale, ces personnes étant toutefois arrivées avant le 20 mars, et déployé 1 500 experts dans les îles grecques pour appliquer le nouvel accord avec la Turquie.
Toujours au niveau opérationnel, la Commission a indiqué, lundi 4 avril, que les renvois de migrants 'économiques' ou en besoin de protection internationale se faisaient par ferry, Frontex ayant affrété à ce jour 3 ferries et 256 officiers pour faire ce travail. À ce jour, Frontex a déployé 206 experts au cours du week-end pour mettre en oeuvre cet accord et l'EASO, 32 experts et 5 experts permanents, a dit la Commission.
Frontex a reçu à ce jour de la part de 21 États membres des offres pour 44 officiers affectés à la 'réadmission' et 702 agents aidant au retour vers la Turquie (les demandes initiales étaient respectivement de 50 et de 1 500, explique encore un communiqué de la Commission).
En ce qui concerne la relocalisation de réfugiés arrivés avant le 20 mars, la Commission a indiqué dans un tableau que 1 100 personnes avaient à ce jour été réparties entre les États membres, dont 519 de Grèce et 581 d'Italie, cela sur un total de 106 000 personnes à relocaliser sur deux ans.
Ces derniers jours, des centaines de personnes ont continué à arriver en Grèce en dépit de cet accord dissuasif pour les migrants, mais à des niveaux beaucoup moins importants qu'au début 2016. Ainsi, 200 personnes sont arrivées le 3 avril, mais 766 le 29 mars. Elles étaient 500 à être arrivées le 2 avril et 566 le 1er avril, selon des chiffres donnés par la Commission. (Solenn Paulic)