*** FEDERICO FABBRINI, ERNST HIRSCH BALLIN, HAN SOMSEN (sous la dir. de): What Form of Government for the European Union and the Eurozone? Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Modern Studies in European Law". 2015, 313 p., 60 £. ISBN 978-1-84946-810-7.
Prolongement d'une conférence organisée en juin de l'année dernière à l'École de droit de Tilburg, cet ouvrage nous entraîne au cœur du malaise profond - mais ne conviendrait-il pas plutôt de parler carrément de mal être ? - que suscite l'Union européenne, et plus encore la zone euro, depuis qu'une crise protéiforme les frappe ? Là où les dirigeants politiques européens ont imaginé jusqu'à présent mille et une astuces pour que la boîte de Pandore constitutionnelle reste hermétiquement close autant que faire se pourra, les spécialistes du monde académique réunis dans ces pages (p)osent les questions qu'il n'est plus possible de réfréner suite au chaos qui a présidé à la litanie des sauve-qui-peut au coup par coup et à l'inconfort démocratique grave qui en a découlé. Ainsi que l'écrivent les coordinateurs de l'ouvrage dans leur introduction, s'il est vrai qu'une société dotée d'une constitution doit assurer la protection des droits fondamentaux et la séparation des pouvoirs, il est plus qu'urgent de chercher à voir « quel genre de séparation des pouvoirs » prévaut au sein de l'Union et de l'Eurozone, si tant est qu'il en est bien une à l'œuvre. En clair, il importe de se préoccuper désormais, sans délai, de la manière dont la gouvernance fonctionne au sein des deux cercles européens et, bien plus important encore, de chercher à savoir "quel « genre de réforme institutionnelle peut rendre le système institutionnel de l'Union plus efficace et légitime pour faire face aux défis du XXIème siècle ».
Tel est précisément l'exercice auquel se sont adonné les auteurs des contributions, la richesse du livre résidant aussi dans la totale liberté de pensée qui leur a été laissée: les idées et réflexions exposées dans ces pages sont diverses, contradictoires parfois, ce qui offre au lecteur la possibilité d'opérer ses propres arbitrages, de se forger sa propre opinion. La seule conviction partagée par tous est toutefois que le temps de « réformes constitutionnelles courageuses » a sonné, tant il est vrai notamment, avancent les coordinateurs du livre ainsi que la parlementaire européenne Sylvie Goulard qui en signe l'avant-propos, que la gestion de la crise de la zone euro a notamment eu pour conséquence négative d'affecter en profondeur les relations entre les États membres. La libérale et démocrate française n'a pas tort lorsqu'elle avertit que « seules des institutions fortes, sauvegardant les droits des petits États membres, renforçant la confiance, sont durables ». Tel est, en effet, l'un des enseignements majeurs à tirer des soubresauts chaotiques de la gouvernance des dernières années. Il reste toutefois à voir quelles leçons pratiques à en tirer.
La palette des innovations possible se dessine au fil des cinq parties du livre. Dans la première, des auteurs examinent la manière dont la crise de l'euro a influencé la gouvernance de l'Union et de la zone euro. Le Conseil européen y est tout naturellement sous les feux de la rampe, lui qui s'est adjugé le rôle de secouriste en chef sans disposer, observe notamment Paul Craig (St John's College, Oxford), de la capacité de gérer les problèmes de manière aussi systématique que la Commission et la Banque centrale européenne auraient pu le faire. Le recours à l'intergouvernementalisme au détriment de la méthode communautaire laisse pour le moins circonspect trois autres auteurs, mais tout le monde ne suivra pas pour autant Christian Calliess (Université libre de Berlin) lorsqu'il retient l'idée - un peu éculée - de créer un « Euro-Parlement » composé de députés nationaux pour corriger le tir. La deuxième partie est focalisée, elle, sur les systèmes institutionnels qui ont émergé ces dernières années pour régir les politiques économiques, monétaires et bancaires, avant que d'autres auteurs ne s'attaquent, dans la suivante, aux problèmes démocratiques qui sont apparus à cette occasion. Il en ressort, en bref, que la démocratie représentative a sérieusement pâti de l'apparente irrésistible montée en puissance de l'exécutif, mais qu'elle pourrait bien profiter de ce revers pour affermir sa position à l'avenir, la démocratie participative semblant ne pouvoir actuellement jouer qu'un rôle subalterne dans cette affaire. Dans la quatrième partie, des auteurs reviennent sur la possible parlementarisation de la Commission. S'il ne sera pas possible de revenir sur le précédent qu'a été le choix du président Juncker, rien ne prouve que cette évolution serait in fine pleinement positive, deux auteurs développant d'ailleurs des jugements diamétralement opposés sur l'irruption des Spitzenkandidaten dans l'arène européenne. Enfin, dans la dernière partie, différentes leçons sont tirées, par exemple sur le rôle du Conseil européen et sur l'inter-parlementarisme qui accompagnerait, selon Valentin Kreilinger, l'intergouvernemlentalisme. Le mot de la fin revient au professeur de droit Federico Fabbrini pour qui, à l'évidence, seule une révision des Traités permettra de donner à l'Union européenne et à la zone euro un gouvernement fort et responsable.
Sans doute se trouvera-t-il encore certains « sages » pour juger que l'état d'esprit actuel des Européens prédispose à un attentisme prudent. Ils ont tort. D'abord parce que, comme le souligne fort justement Sylvie Goulard, « les citoyens accusent fréquemment l'Europe de ne pas faire ce qu'elle n'est en réalité pas autorisée à faire », entendez ce que les gouvernements nationaux - certains plus que d'autres… - lui interdisent de faire. Alors, plutôt que de laisser enfler le désenchantement européen par leur inaction constitutionnelle, les capitales ne seraient-elles pas beaucoup mieux inspirées - n'en déplaise à Londres… - d'admettre, comme les y invite l'élue française, qu'une « Europe optimale, développée avec une grande rigueur intellectuelle, a plus de chance de convaincre l'opinion publique qu'une Europe minimale qui est toujours frustrante, ainsi que l'a montré l'expérience » ? Poser cette question, c'est y répondre, non ?
Michel Theys
*** GEORGE VASSALOS, LEONIDAS VATIKIOTIS (sous la dir. de): Qui a besoin de l'Union européenne ? Éditions Kapsimi (55-57 rue Zoodochou Pigis, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3813838 - fax: 3839713 - Courriel: info@kapsimi.gr - Internet: http://www.kapsimi.gr ). 2015, 304 p., 15 €. ISBN 978-618-5156-01-5.
Ce travail collectif se veut une étude et une analyse critiques de l'Union européenne et du processus d'intégration capitaliste dont celle-ci serait le fer de lance à tous les niveaux en Europe. Ces textes de chercheurs, de journalistes, de politologues, d'économistes et de syndicalistes mettent en lumière les manœuvres réactionnaires qui y sont en cours dans le contexte de la crise capitaliste et dénoncent les politiques anti-démocratiques de l'Europe-forteresse, les changements réactionnaires introduits dans le monde du travail et la société qui conduisent à l'appauvrissement des peuples au profit des multinationales puissantes, celles-ci étant souvent européennes. Les rôles de la Banque centrale européenne, de la Commission, du Parlement européen, de l'euro et de ses mécanismes sont analysés dans le même esprit. Avec George Vassalos, chercheur à l'Observatoire de l'Europe multinationale, et Leonidas Vatikiotis, professeur d'économie politique à l'Université de Varna (Chypre) et membre d'un centre de recherche sur la monnaie et les finances à l'Université de Londres, les différents auteurs s'emploient en clair à montrer que l'objectif poursuivi par ceux qui ont créé l'Union européenne et ceux qui ont voulu que leur pays en devienne membre a été d'asseoir la domination économique et politique du capitalisme européen, de faire en sorte que leurs intérêts prévalent sur ceux des peuples et de la majorité sociale présente en Europe. Voilà pourquoi, selon eux, l'Union n'est pas progressivement « réformée » et ne peut devenir « l'Europe du peuple ». Morale sans surprise de cette démonstration idéologique: au nom de la lutte contre le capitalisme, il convient de rompre avec l'Union européenne de toute urgence. (AKa)
*** KATERINA CHATZITHEODOROU: La victoire de la démocratie et une nouvelle Constitution. Et une interprétation hérétique de la crise mondiale. Éditions Govosti (73 rue Zoodochou Pigis, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3822251 - fax: 3816661 - Courriel cotsos@govostis.gr - Internet: http://www.govostis.gr. 2014, 304 p., 12,80 €. ISBN 978-960-446-228-5.
Comment fonctionne le Système mondial et le sous-système européen en Grèce ? Comment réussissent-ils à imposer en permanence leurs volontés ? Quelles sont leurs caractéristiques, leurs structures, leurs méthodologies, leurs « autorités » ? Pourquoi le peuple grec échoue-t-il presque chaque fois à faire entendre ses revendications ? Qu'est-ce que signifie l'autonomie politique ? Est-il possible à un sujet politique collectif, le peuple grec, d'affirmer son autonomie politique et, dans l'affirmative, cela peut-il conduire à la libéralisation économique ? Comment devrait se lire une Constitution qui le garantirait ? Que peut-il être fait à cette fin immédiatement, de manière à préparer un avenir meilleur ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont abordées dans ces pages, celles-ci étant très critiques et dénonçant un totalitarisme rampant voulu par l'oligarchie mondiale. Son auteur y développe une interprétation « hérétique » allant à contre-courant des idées qui sont généralement acceptées, le point de départ étant sa conviction que la crise mondiale a été voulue et planifiée par le « Système » pour des raisons qui sont indiquées et interprétées. Ingénieur civil, Katerina Chatzitheodorou s'emploie aussi à voir pourquoi le peuple grec n'est jamais entendu, seule une nouvelle Constitution pouvant lui permettre de prendre sa revanche. Des propositions quant à la manière dont cette Constitution devrait être structurée sont avancées en vue de consacrer la libre volonté politique de chaque citoyen. La protection de la planète, l'internationalisme de gauche, l'immigration, le cas « Aube dorée » sont d'autres thèmes abordés dans ces pages qui visent à la victoire de la démocratie et à la libération politique des Grecs. (AKa)
*** TAKIS FOTOPOULOS: La chronique d'une catastrophe 2010-2015. Des mémorandums des partis politiques systémiques Pasok / Nouvelle Démocratie au mémorandum de "gauche" de Syriza. Éditions Gordios (5 rue Manis, GR-10433 Athènes. Tél.: (30-210) 8252279 - fax 8210506 - Courriel: gordios@otenet.gr). 2015, 472 p., 26,50 €. ISBN 978-960-6826-66-5.
L'objectif principal de cet ouvrage est de montrer les méthodes frauduleuses qui ont été utilisées par l'élite étrangère et locale au cours de la période de destruction qui a frappé la Grèce entre 2010 et 2015. Des médias contrôlés par de grands groupes de presse et des journaux, y compris des médias sociaux prétendument supposément "alternatifs", ont ainsi contribué à tromper à plusieurs reprises les classes les moins nanties, surtout victimes de la mondialisation. D'après le professeur d'économie Fotopoulos, éditorialiste dans des journaux grecs et directeur des revues "Democracy and Nature" et "The International Journal of Inclusive Democracy" basées à Londres, le but était de susciter soit l'apathie, soit l'adhésion à des mouvements d'opinion trompeurs afin de favoriser l'établissement du « Nouvel Ordre Mondial », à savoir la mondialisation néolibérale. L'auteur examine la chronologie des événements des années de destruction, la tromperie systématique du peuple grec quant aux causes réelles de la catastrophe, le rôle des medias à cette fin, le rôle de la corruption dans la gauche, les errements aussi de la gauche anti-systémique, l'actuel gouvernement étant même accusé de « fiasco criminel » pour son action depuis le référendum de juillet dernier jusqu'aux dernières élections de septembre. D'où cette question qui ponctue l'ouvrage: que faire maintenant ? (AKa)
*** YANNIS MILIOS: De la crise au gouvernement de la gauche. La stratégie des besoins. Éditions Pedio (10 rue Davaki, GR-11526 Athènes. Tél.: (30-210) 3390204 - fax: 3390209 - Courriel: info@pediobooks.gr - Internet: http://www.pediobooks.gr ). Collection « Théorie Économique et Politique ». 2015, 240 p.. ISBN 978-960-546207-9.
Professeur d'économie politique à l'École Polytechnique d'Athènes et député de la gauche radicale Syriza depuis janvier de l'année dernière, Yannis Milios livre dans ce livre sa vision de l'histoire du conflit social et politique qui fait rage en Grèce et en Europe depuis plus de cinq ans. Les causes de la crise sont ainsi affichées et analysées en termes marxistes, l'auteur s'employant notamment à démontrer que la politique menée via les mémorandums est viciée à la base par une contradiction entre les objectifs proclamés et les buts réellement visés par les dirigeants politiques. Il explique aussi que le conflit entre le gouvernement de Tsipras et les intérêts - nationaux et étrangers - qui soutiennent les mémorandums se cristallise sur les politiques d'austérité et la volonté de maintenir la richesse et le pouvoir des classes dominantes. Se voulant porteur d'une proposition alternative de gauche, Yannis Milios analyse la crise du néolibéralisme et développe une perspective marxiste à partir de la crise de la dette en stigmatisant au passage la manière dont les gouvernements européens sapent l'avenir, celle-ci faisant le succès de la gauche en Grèce. Au fil des pages, il dénonce encore l'émergence du concept d'employé "chinois-blanc" (salaires minimums, conditions de travail atroces…) et explique tout à la fois comment fonctionne l'Eurogroupe, pourquoi la concurrence est partout dans le monde et comment elle fonctionne, la manière dont se structure le nouveau monde du capital… Une vaste bibliographie ponctue le livre. (AKa)
*** KATHARINA GNAT, JORG HAAS: A Fiscal Union for Europe - Building Block and Not a Magic Bullet. Bertelsmann Stiftung (256 Carl Bertelsmann Straße, D-33311 Gütersloh. Internet: http://www.bertelsmann-stiftung.de/spotlight ). Collection « Spotlight Europe », n° 2015/04, 7 p..
Dans ce « Spotlight Europe » disponible sur Internet, les chercheurs Katharina Gnath (Bertelsmann Stiftung) et Jörg Haas (Institut Jacques Delors de Berlin) rappellent qu'une union budgétaire ne peut créer de la stabilité que si elle inclut à la fois des règles budgétaires crédibles et une sorte de partage des risques. Il ne s'agit donc point d'une panacée universelle, mais bien d'une évolution qui pourrait contribuer à stabiliser la zone euro pourvu qu'un processus structuré parvienne à ficeler un paquet de réformes comprises de la même manière par tous les partenaires. (PBo)