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Bulletin Quotidien Europe N° 11418
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) tunisie

Lancement des négociations commerciales avec l'UE dans un climat exacerbé

Bruxelles, 26/10/2015 (Agence Europe) - Le lancement officiel des pourparlers, à Tunis le 13 octobre, par la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, en vue de la conclusion d'un accord de libre-échange complet et approfondi entre l'UE et laTunisie (ALECA) a été suivi tout au long de la semaine dernière de négociations techniques.

Officiellement, c'est le silence, juste l'indication de déclarations à Tunis de Sofia Munoz qui dirige la délégation de négociateurs européens, pour qui - selon les médias locaux- « il est trop tôt pour parler de négociations » et ces discussions « vont durer un certain temps », sans plus de précisions. À ce stade, selon elle, la partie européenne s'est bornée à prendre acte de la position tunisienne et à procéder à un examen des « spécificités de certains secteurs et mieux cerner les besoins ». La Tunisie est « appelée à fixer les priorités et à définir le rythme de déroulement des prochaines négociations. Notre objectif est d'aboutir à un accord » par « une démarche progressive, asymétrique et ambitieuse », a-t-elle affirmé.

Une précision, cependant, sur les pages web de la DG Commerce: « L'ALECA comprendra des dispositions sur une gamme complète de domaines de réglementation d'intérêt commun, tels que la facilitation du commerce, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires, la protection des investissements, les marchés publics et la politique de concurrence ». La libéralisation du commerce des services, le droit d'établissement et le commerce agricole seront également couverts.

Le silence prudent observé aussi bien à Bruxelles qu'à Tunis est sans doute motivé par la grande sensibilité acquise par ce dossier. La société civile fait le forcing pour y être associée. Des gestes ont été accomplis pour calmer ses appréhensions contre cet accord perçu comme un « bradage » de l'économie du pays. L'ensemble de la société civile dans toutes ses composantes, y compris celles subventionnées par l'UE comme le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme a produit, le 13 octobre, une déclaration hostile. Ainsi, le dossier ALECA est-il devenu un enjeu national agitant aussi bien le monde associatif que politique et universitaire. Des analyses « catastrophistes » sont étalées sur les réseaux sociaux qui citent abondamment ce sujet. Un économiste, publié dans un des principaux journaux électroniques du pays (Kapitalis), affirme que « après avoir poussé la Tunisie sous le poids du surendettement extérieur, Bruxelles revient à la charge et s'ingénie à exercer toutes formes de pression et de harcèlement pour la faire souscrire inconditionnellement à l'ALECA. Les observateurs considèrent que toute démarche irrationnelle des autorités tunisiennes risque de liquider ce qui reste de sa souveraineté et de la priver des quelques degrés de liberté en matière de partenariat international. » Les associations agricoles tirent la sonnette d'alarme.

Face à une telle agitation, l'affaire déborde sur le Parlement européen.

Le groupe GUE/NGL annonce qu'il unit ses « forces contre le nouvel accord commercial bilatéral » avec l'opposition de gauche tunisienne. « La GUE/NGL et le Front populaire craignent que l'ALECA, comme d'autres accords de libre-échange, n'accélère la privatisation des services publics, sape les droits démocratiques du gouvernement et des citoyens tunisiens et facilite la poursuite de la destruction de l'environnement. (…) Ce projet est une très grave menace pour la survie de nombreuses entreprises tunisiennes, pour l'agriculture paysanne, pour le développement du secteur des services et pour la sauvegarde et le développement des services publics ». La présidente du groupe GUE/NGL, Gabi Zimmer, a affirmé: « Cet accord de libre-échange ne tient pas compte de la grande asymétrie entre nos économies et ne respecte pas le type de développement que le peuple tunisien envisage pour lui-même ». (Fathi B'Chir)

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